(Madrid) Avancer dans le travail de mémoire et sortir des fosses communes les milliers de victimes de la dictature franquiste : le gouvernement espagnol a présenté mardi la version finale d’un projet de loi visant à régler « une dette historique avec (le) passé ».

Agence France-Presse

Ce projet de loi de « Mémoire démocratique » doit désormais être adopté par le Parlement.

100 000 corps dans des fosses communes

Plus de 100 000 victimes de la Guerre civile (1936-1939), remportée par Franco, qui a ensuite dirigé l’Espagne d’une main de fer jusqu’à sa mort en 1975, se trouvent dans des fosses communes, selon les estimations d’historiens et de descendants des victimes.

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Francisco Franco inspectant avec Adolf Hitler une garde d'honneur allemande à la gare de Hendaye, en France occupée, le 23 octobre 1940.

« Aujourd’hui, l’Espagne solde une dette historique avec son passé », a déclaré le premier ministre espagnol Pedro Sanchez sur Twitter en saluant un projet de « loi plus que nécessaire qui nous fait grandir comme pays ».

Il prévoit des fonds publics pour rechercher les disparus, l’établissement d’une carte de toutes les fosses communes ou la création d’une banque d’ADN des victimes afin de faciliter leur identification.

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Vingt-six républicains ont été assassinés par les nationalistes franquistes au début de la guerre civile espagnole, entre août et septembre 1936. Ce charnier est situé dans la petite ville d'Estépar, dans la province de Burgos. Les fouilles ont eu lieu en juillet-août 2014.

Les condamnations des républicains espagnols par la justice du régime franquiste seront aussi annulées, selon ce texte qui prévoit la création d’un tribunal voué aux enquêtes sur les violations des droits de l’Homme durant la guerre civile et la dictature, empêchées jusqu’ici par une loi d’Amnistie votée en 1977 au nom de la transition vers la démocratie.

Un pays marqué par la dictature

Le pays, qui avait déjà adopté en 2007 une loi de « Mémoire historique », voulait aller plus loin pour se mettre en conformité « avec le reste des pays européens ayant connu une dictature », a souligné mardi le ministre de la Mémoire démocratique.

« Cette loi […] fera de notre pays un pays plus digne qui prend en compte ses victimes » ayant « perdu la vie en combattant une dictature », a dit Félix Bolaños lors d’une conférence de presse.

Diverses associations jugeaient insuffisant le travail de mémoire engagé par l’Espagne, tout comme le conseil des droits de l’Homme de l’ONU qui, en 2014, avait épinglé des « lacunes » dans la politique de l’État espagnol en la matière.

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Cette photo prise le 24 octobre 2019 montre un manifestant tenant une banderole à l’effigie du dictateur fasciste espagnol, le général Francisco Franco, lors d’un rassemblement au cimetière de Mingorrubio où Franco repose désormais, en périphérie de Madrid.

Dans un rapport, il critiquait notamment le fait que la recherche des disparus était « déléguée aux victimes et aux associations », alimentant « l’indifférence des institutions étatiques ».

Le gouvernement espagnol avait exhumé en octobre 2019 la dépouille de Franco de son mausolée du Valle de los Caidos, près de Madrid pour la transférer dans un cimetière du nord de la capitale.

Plus de 45 ans après le décès de Franco, les plaies de la dictature sont encore ouvertes en Espagne, où la droite accuse la gauche de vouloir raviver les blessures du passé. Elle a d’ailleurs promis d’abroger cette loi si elle revenait au pouvoir.