(Paris) « Ça fait si longtemps » : 5000 spectateurs ont dansé samedi sur les tubes du groupe français Indochine, avec masque mais serrés dans l’arène parisienne de Bercy, lors d’un concert doublé d’une étude scientifique très attendu par un secteur durement éprouvé par la COVID-19.

Andréa BAMBINO Agence France-Presse

« Nous on veut vivre… encore plus fort ». Samedi soir, les paroles de la chanson « Marilyn » avaient une résonance particulière pour la foule, privée de live depuis des mois, à qui le chanteur Nicola Sirkis a demandé de « faire du bruit » pour les soignants, les chercheurs. Et pour rendre hommage « à tous les morts de la COVID-19 ».

Lors de ce concert pour l’instant exceptionnel, car il s’agit d’une expérimentation scientifique, le groupe vétéran, formé en 1981, a déroulé ses classiques, enchaînant les chansons qui ont traversé les générations : 3e sexe, J’ai demandé à la lune, Tes yeux noirs … Une nuée de bras levés a répondu à Trois nuits par semaine, puis la clameur a envahi Bercy quand ont surgi les premières notes de L’aventurier.

Tests

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« Ça fait des mois qu’on n’a pas de concert. Revoir la foule, ça fait du bien, on reprend goût à la vie », a témoigné Loïs, une technicienne de laboratoire de 30 ans, postée au plus près de la scène.

« Ça fait si longtemps qu’on attend […] Donc là, retrouver un concert, en plus Indochine, c’est assez formidable », s’est aussi enthousiasmée Camille, 26 ans, une fan qui habite la région parisienne.

Avant d’entrer dans l’arène, la jeune femme a dû remettre l’enveloppe contenant un test salivaire effectué samedi, après un premier test antigénique réalisé ces trois derniers jours et qui s’est avéré négatif au virus de la COVID-19, l’une des conditions pour participer à l’étude.

Cette expérimentation, déjà réalisée ailleurs en Europe, est devenue un serpent de mer en France, où elle a été reportée plusieurs fois. Elle a finalement lieu sur fond de nette amélioration de la situation sanitaire, à deux jours de l’ouverture de la vaccination pour tous les adultes.

Mais l’enjeu reste important pour le secteur du spectacle, qui voit la reprise en pointillés, malgré la reprise des concerts assis avec distanciation.

L’attente des festivals

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Pour l’instant, les festivals debout ont été autorisés cet été, mais avec une limite d’une personne tous les 4 m2. Rien à voir avec la promiscuité qui régnait samedi à Bercy.

Nombre de festivals ont déjà jeté l’éponge (Solidays, Eurockéennes), seuls de rares évènements se tenant, le plus souvent en format assis et avec jauge (Francofolies, Printemps de Bourges, Vieilles Charrues).

Un festivalier pour 4 m2, « pour un secteur qui vit de la billetterie, c’est intenable », juge Malika Séguineau, la directrice générale du Syndicat du spectacle musical et de variété (Prodiss), qui porte le projet avec l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris pour le volet scientifique et avec le soutien du gouvernement.

Plusieurs politiques avaient fait le déplacement, dont les ministres de la Santé et de la Culture Olivier Véran et Roselyne Bachelot.

L’étude doit démontrer que s’ils sont testés négatifs à la COVID-19 en amont, les spectateurs ne courent pas plus de risque de se contaminer au concert qu’en temps normal.

L’expérimentation, dont de premiers résultats sont attendus fin juin, n’est ouverte qu’aux 18-45 ans qui ne présentent pas de risques de formes graves en cas de contamination.  

Sur 20 000 volontaires, un groupe de 7500 a été sélectionné après un premier test antigénique négatif entre mercredi et vendredi.

Parmi eux, 5000 personnes ont pu danser à Bercy, tandis que 2500 devaient rester chez elles. Tous les participants étaient invités à se soumettre à un test salivaire samedi, puis un autre sept jours plus tard. « Quel parcours du combattant ! », les a remerciés le chanteur d’Indochine.

Le nombre de cas positifs sera comparé dans les deux groupes.

Les expériences similaires, en Espagne ou au Royaume-Uni, n’ont pas montré de risque élevé de contamination.