(Londres) Dîner au chaud à l’intérieur d’un restaurant, aller voir un match de foot au stade et partir en vacances à l’étranger : les Anglais retrouvent un semblant de normalité lundi malgré l’inquiétude face à la progression du variant indien, qui menace de repousser la levée des dernières restrictions liées à la pandémie de COVID-19.

Martine PAUWELS Agence France-Presse

Pays le plus meurtri d’Europe avec près de 128 000 morts, le Royaume-Uni a vu sa situation sanitaire nettement s’améliorer après un long et strict confinement hivernal et une campagne de vaccination menée tambour battant.

Mais des poussées récentes du variant indien, dans le nord-ouest de l’Angleterre et dans certains quartiers de Londres, assombrissent le tableau et pourraient remettre en question la levée de presque toutes les restrictions en Angleterre, prévue le 21 juin.

Tout en incitant à la prudence, le premier ministre Boris Johnson a estimé qu’il n’y avait à ce stade aucune raison de repousser l’assouplissement de lundi, avec la réouverture des pubs et restaurants à l’intérieur, hôtels, musées, salles de spectacles et stades avec jusqu’à 10 000 spectateurs.

Interdites depuis de longs mois, les retrouvailles à la maison sont de nouveau autorisées - mais limitées à six personnes ou deux foyers maximum - de même que les vacances à l’étranger, même si seules quelques rares destinations sont exemptées de quarantaine au retour.

En Angleterre, comme au Pays de Galles et dans la plupart de l’Écosse, il est désormais possible de boire une pinte à l’intérieur d’un pub et de manger dans un restaurant, un soulagement vu la météo peu clémente de ces dernières semaines.

« C’est drôlement agréable de pouvoir s’asseoir à l’intérieur et de ne pas être trempé par la pluie dehors, oui c’est super d’être de retour au restaurant », s’esclaffe Emio Werner, un étudiant de 19 ans interrogé par l’AFP au Montagu Pyke, dans le centre de Londres.

« Grande dose de précaution »

Boris Johnson a appelé à profiter de ces nouvelles libertés avec « une grande dose de précaution ».  Dans une vidéo publiée lundi sur Twitter, il a prévenu que pour que le déconfinement soit « irréversible, nous devons suivre les règles et nous faire vacciner quand c’est notre tour ».  

La vaccination est particulièrement encouragée dans les zones touchées par la propagation du variant indien, très surveillée.  

Le nombre de cas attribués au variant B1.617.2 au Royaume-Uni a fortement augmenté, s’établissant à 2323 cas, a annoncé au Parlement le ministre de la Santé Matt Hancock. Dans l’une des localités touchées, la plupart des patients hospitalisés à cause de la COVID-19 étaient « éligibles » pour être vaccinés.

Pour enrayer sa progression, le dépistage a été renforcé dans les zones affectées et l’intervalle entre les deux doses de vaccin été réduit à huit semaines (jusqu’à trois mois actuellement) pour les plus de 50 ans.

Ce variant est plus contagieux, mais « nous ne savons pas dans quelle mesure », a poursuivi Matt Hancock, ajoutant que les premières données indiquaient que les vaccins restaient efficaces contre lui.  

Depuis le début de la campagne de vaccination début décembre, plus de 36 millions de personnes ont reçu une première dose, et plus de 20 millions ont été totalement vaccinées, soit près de 40 % de la population adulte.

Le maire de Londres, Sadiq Khan, a demandé au gouvernement de la « flexibilité » dans sa campagne de vaccination, ouverte dès mardi aux plus de 37 ans, afin de vacciner les plus jeunes habitant des zones touchées par le variant indien.

« Lundi de la liberté »

La nouvelle étape du déconfinement, rebaptisé « lundi de la liberté » par le tabloïd The Sun, a laissé le comité scientifique conseillant le gouvernement (Sage) circonspect.

Il a estimé qu’il existait une « réelle possibilité » que le variant soit jusqu’à 50 % plus contagieux que celui apparu fin 2020 en Angleterre. Dès lors, a-t-il prévenu, la levée des restrictions pourrait « conduire à une recrudescence substantielle des hospitalisations, similaire ou plus importante que les pics précédents », quand les services de santé étaient au bord de la saturation.  

Déjà critiqué pour n’avoir pas immédiatement pris la mesure de l’ampleur de la crise sanitaire au début de la pandémie, le gouvernement s’est défendu d’avoir tardé à agir face à l’émergence du nouveau variant en mettant du temps à durcir les restrictions imposées aux voyageurs venant d’Inde.