(Moscou) La Russie a annoncé mardi effectuer des « exercices militaires » près des frontières ukrainiennes, en réaction à des activités « menaçantes » de l’OTAN, alors que Kiev accuse Moscou de masser des troupes dans son voisinage.

Agence France-Presse

« En trois semaines, deux armées et trois divisions de troupes aéroportées ont été transférées avec succès aux frontières ouest de la Russie pour des exercices », a dit le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou.

« Réagissant aux activités militaires menaçantes de l’Alliance (atlantique, NDLR), nous avons pris les mesures appropriées », a-t-il ajouté, au cours d’une conférence de presse à Severomorsk, la principale base de la flotte russe du Nord.

Le ministre n’a pas précisé le lieu exact de déploiement de ces troupes ni leurs effectifs, mais a estimé que ces forces avaient montré « leur préparation et leur capacité à assurer la sécurité militaire du pays ».  

Contactés par l’AFP, deux experts militaires russes, Vassili Kachine et Alexandre Goltz, ont estimé que ces unités représentaient théoriquement au moins 100 000 militaires.

Un tiers de toute l’armée russe

« Cela serait plus d’un tiers de toutes les forces terrestres russes et constituerait un déplacement de troupes gigantesque », a commenté M. Goltz, évoquant la possibilité qu’il ne n’agisse que d’un déplacement partiel de ces forces.  

Il est clair que le commandement militaire veut augmenter la taille de ses préparations militaires, et faire peur au maximum.

L’expert militaire russe Alexandre Goltz

Pour sa part, Vassili Kachine estime qu’il s’agit d’une « situation normale dans une relation d’hostilité ouverte » avec l’Occident, Moscou se sentant face à « un danger réel » d’attaque de l’armée ukrainienne dans le Donbass, région de l’est de l’Ukraine où Kiev combat des séparatistes prorusses.

Ces déclarations interviennent après que l’OTAN a envoyé mardi des signaux de fermeté à Moscou, pour tenter de désamorcer un nouveau conflit en Ukraine.  

Dénonçant le renforcement militaire « considérable » et « injustifié » de la Russie, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a notamment reçu à Bruxelles le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba.

Le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, a quant à lui annoncé l’envoi de 500 militaires supplémentaires en Allemagne.

Pour sa part, le ministre russe de la Défense a dénoncé le « redéploiement de troupes américaines d’Amérique du Nord vers l’Europe ».

« Un déploiement des troupes en Europe vers les frontières de la Russie est en cours. Les forces se concentrent principalement dans les régions de la mer Noire et de la mer Baltique », a ajouté M. Choïgou.  

Dizaines de milliers de soldats

Selon lui, « 40 000 militaires et 15 000 pièces d’armement et véhicules, dont des avions stratégiques » vont être déployés au total près de la Russie.  

L’Ukraine, qui craint que le Kremlin ne cherche un prétexte pour l’attaquer, a accusé la Russie d’avoir massé plus de 80 000 soldats près de sa frontière orientale et en Crimée, annexée par Moscou en 2014 après l’arrivée de pro-occidentaux au pouvoir à Kiev.  

En parallèle, les combats sur le front contre les séparatistes prorusses de l’est du territoire ukrainien, qui étaient quasiment à l’arrêt depuis une trêve conclue à l’été 2020, ont repris avec intensité ces dernières semaines.

Regain de tensions entre la Russie et l’Ukraine depuis janvier

Les tensions entre l’Ukraine et la Russie, accusée de masser des troupes à la frontière entre les deux pays et dans la péninsule de Crimée annexée en 2014, se sont intensifiées depuis le début de l’année.

Les incidents meurtriers entre les forces de Kiev et les séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine sont désormais fréquents, après une trêve record de plusieurs mois.

Moscou accusée d’obstruction

Le 14 janvier 2021, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) juge « partiellement recevable » la requête déposée par l’Ukraine contre la Russie après l’annexion de la Crimée en 2014, une décision sur le fond devant intervenir « à une date ultérieure ».

Le 11 février, à l’ONU, la Russie est accusée d’obstruction à une solution du conflit.

Le 26, le nouveau président américain Joe Biden affirme que les États-Unis n’accepteront « jamais » l’annexion de la Crimée.

Le 2 mars, le président du Conseil européen Charles Michel, en visite sur la ligne de front, annonce le maintien des sanctions européennes contre Moscou pour son soutien aux séparatistes prorusses.

Flambée de violences

Le 5 mars, l’Ukraine dénonce une flambée de violence dans l’est du pays, appelant ses alliés occidentaux à intervenir alors que Moscou dit craindre une « guerre totale » dans cette zone.

Le 9, Kiev appelle à la tenue d’un sommet de format « Normandie » avec la France, l’Allemagne (co-parrains du processus de paix), et la Russie.

Le 26 mars, quatre soldats ukrainiens sont tués dans un bombardement à une trentaine de km au nord de Donetsk (est), le bilan quotidien le plus lourd depuis 2019 dans la région.

Le 30, Moscou et Kiev s’accusent mutuellement de l’« escalade » des violences.

Soldats russes massés aux frontières

Le 31 mars, Ukrainiens et Américains font état de mouvements de troupes russes en Crimée et à la frontière russo-ukrainienne, près des territoires contrôlés par les séparatistes.

Le 1er avril, le président ukrainien Volodymyr Zelensky accuse la Russie de masser des dizaines de milliers de militaires aux frontières de son pays et en Crimée. Le Kremlin appelle Kiev et les Occidentaux à ne pas « s’inquiéter », soulignant que la Russie « déplace ses forces armées sur son territoire comme elle l’entend ».

Washington met en garde Moscou contre toute tentative d’« intimidation » visant l’Ukraine.

Le lendemain, la Russie se défend de chercher un conflit armé avec Kiev tout en appelant l’Ukraine à cesser les « provocations ». Elle met en garde les Occidentaux contre toute ingérence militaire.

Soutien occidental

Le 2 avril, le président américain promet son « soutien indéfectible » à son homologue ukrainien.

Le 3 avril, Berlin et Paris appellent à la « désescalade immédiate ». Le lendemain, l’Union européenne exprime sa « grande inquiétude ».

Le 6, le Kremlin prévient qu’une entrée de l’Ukraine dans l’OTAN « empirera » le conflit, après que le président ukrainien eut appelé à une adhésion accélérée de son pays à l’Alliance atlantique.

Le 8, Berlin demande au Kremlin de réduire sa présence militaire aux frontières de l’Ukraine.

L’OTAN et ses alliés montent le ton

Le 9 avril, Kiev rejette des allégations de Moscou sur la préparation d’une offensive militaire contre les rebelles, accusant la Russie de chercher un prétexte pour l’attaquer.

La Turquie indique que les États-Unis vont envoyer deux navires de guerre en mer Noire via le détroit du Bosphore.

Le 11, le Kremlin écarte l’éventualité d’une guerre avec l’Ukraine, tandis que le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken prévient qu’« il y aura des conséquences » en cas d’« agression » russe.

Le 12, les ministres des Affaires étrangères du G7 et le chef de la diplomatie de l’UE appellent la Russie à cesser ses « provocations » et à engager une « désescalade ».

Le 13, Moscou dénonce le « redéploiement de troupes américaines […] vers l’Europe », au lendemain de la décision de Washington d’envoyer 500 militaires supplémentaires en Allemagne.

Le 13, l’OTAN juge le renforcement militaire russe « considérable » et « injustifié », lors d’une rencontre avec le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba.

Accusant les États-Unis et l’OTAN de transformer l’Ukraine en « poudrière » et face aux activités « menaçantes » de l’Alliance atlantique, Moscou annonce mener « des exercices militaires » près des frontières ukrainiennes.