(Paris) C’est un des postes les plus prestigieux de France. Et ils sont plus d’une dizaine à le convoiter. Qui sera la prochaine ou le prochain maire de Paris ? Les paris sont ouverts. Candidats et enjeux.

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

La scène se passe quelques jours avant Noël, près de la place de la Bastille.

Un jeune homme à lunettes distribue des tracts pour Benjamin Griveaux, qui se présente dans la course à la mairie de Paris.

Griveaux est le candidat officiel de La République en Marche (LREM), le parti d’Emmanuel Macron. Mais vu le contexte social et politique, on ne peut pas dire que cela soit un atout. Alors que la France est en pleine mobilisation contre la réforme des retraites, plusieurs rejettent d’emblée tout ce qui est associé au jeune président, dont la cote peine à remonter.

Ce jeune homme, donc, est en train de distribuer ses tracts lorsqu’un type, surgi de nulle part, lui fout une torgnole monumentale ou, si vous préférez, une baffe de première catégorie.

« Tu ne vois pas qu’on est en grève ?! C’est contre des connards comme vous qu’on se bat ! »

Le pauvre militant en laisserait presque échapper son paquet de feuilles. Ses lunettes sont toutes croches. Ébranlé, il riposte par un timide « pas la peine d’être aussi violent ! » tandis que son assaillant est déjà loin.

Une maire contestée

Si cet instant, digne d’un très mauvais film français, doit donner le ton à la campagne des municipales qui vient d’être lancée en France, on ne s’ennuiera pas.

Les élections sont prévues les 15 et 22 mars, mais on sent déjà beaucoup d’exaspération dans l’air. C’est particulièrement vrai à Paris, où la socialiste Anne Hidalgo, qui brigue un second mandat, après six ans au pouvoir, semble encore plus détestée que Griveaux, le candidat macroniste.

Pour les « bobos » parisiens, adeptes de l’écologie, des nouvelles mobilités et des commerces de proximité, le bilan de la maire sortante serait plutôt positif.

Hidalgo a non seulement poursuivi, mais encore intensifié la politique de verdissement entamée par son prédécesseur Bertrand Delanoë, maire socialiste de 2001 à 2014.

Mais ses mesures destinées à réduire la place de la voiture dans la ville lui ont aussi valu une hostilité sans bornes, à la fois dans Paris et ses banlieues. Parmi les griefs : sa décision de fermer les berges de la Seine au profit des piétons et les interminables travaux d’aménagement dans les rues de la capitale.

« Elle suscite une haine viscérale. Il y a des gens qui la détestent vraiment », souligne Bertrand Gréco, spécialiste de la politique municipale au Journal du dimanche.

C’est le cas de David, auteur de la page Facebook Mouvement contre Anne Hidalgo, qui regroupe environ 3000 membres. Pour cet habitant du 15e arrondissement, qui travaille dans l’immobilier, c’est l’évidence : Anne Hidalgo a accentué les problèmes au lieu de les régler.

« Les automobilistes n’en peuvent plus. Elle a fermé les bords de Seine à la circulation automobile, mais elle n’a réussi qu’à créer plus d’embouteillages et donc plus de pollution. Sans parler des chantiers qui durent depuis des mois, du fiasco du Velib’ et d’Autolib’ [voiture électrique]. Si au moins les transports publics s’étaient améliorés. Mais non ! » lance-t-il, écœuré.

Des adversaires divisés

La logique voudrait que cette « haine viscérale » favorise les adversaires de Mme Hidalgo, en premier lieu La République en Marche, qui a fait de bons scores à Paris lors des élections européennes (2019) et législatives (2017).

Mais la crise sociale qui dure en France depuis plus d’un an – des gilets jaunes aux grèves contre la réforme des retraites – pourrait nuire au parti d’Emmanuel Macron. Qui aurait pourtant bien besoin de Paris, de son prestige et de son poids symbolique, pour asseoir son pouvoir.

Il risque de pâtir de la grosse boule de colère générale.

Bertrand Gréco

Rien pour aider : sa formation se présente divisée, avec deux candidats au lieu d’un seul : l’un « officiel » (Griveaux) et l’autre « dissident » (Cédric Villani). Un éparpillement des forces qui n’augure rien de bon pour La République en Marche.

Selon un récent sondage du Journal du dimanche, les deux représentants de LREM traînent d’ailleurs de la patte dans les intentions de vote avec respectivement 17 % et 13 %, loin derrière Hidalgo (25 %) et la conservatrice Rachita Dati (19 %), du parti Les Républicains, pour ne nommer que les plus connus, dans cette course à une dizaine de candidats.

Les enjeux ? Multiples, bien sûr, quoique quelques thèmes dominent déjà la campagne. Parmi ceux-ci : la qualité de l’air (en lien avec l’automobile), l’accessibilité du logement (il en coûte désormais 10 000 euros le mètre carré pour acheter dans la capitale) et la propreté, qui s’impose actuellement comme le sujet de l’heure.

Des enjeux qui ne datent toutefois pas d’hier, conclut Bertrand Gréco.

« Ceux qui reprochent à Anne Hidalgo d’avoir congestionné Paris oublient qu’il y a toujours eu des bouchons, ironise le journaliste. Pour ce qui est de la malpropreté, qu’on lui reproche aussi, c’est un problème récurrent. Rappelez-vous Jacques Chirac, avec ses motocrottes ! » Ce système de ramassage des déjections canines à deux roues a été abandonné en 2004.

Le poids de Paris

Un rayonnement international. Un poids symbolique et médiatique incomparable. Son prestige est tel que certains voient la mairie de Paris comme un possible tremplin vers l’Élysée. D’où son importance et les convoitises qu’elle suscite. Intéressant : il n’y a pas eu de maire à Paris pendant plus de 100 ans. Le poste a été ressuscité par Jacques Chirac en 1977, qui y restera pendant 18 ans… avant de devenir président de la République.

Les principaux candidats à la mairie de Paris

Anne Hidalgo

PHOTO STÉPHANE DE SAKUTIN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Anne Hidalgo

Un bilan contrasté. Sa politique sociale et ses mesures anti-voitures ont fait beaucoup de mécontents. Mais maintenant que le gros des travaux de verdissement est terminé, les Parisiens semblent plus enclins à reconnaître ses accomplissements.

Benjamin Griveaux

PHOTO LUDOVIC MARTIN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Benjamin Griveaux

L’homme de Macron. Sa victoire aurait pu être une formalité, vu l’impopularité d’Anne Hidalgo. Mais l’hostilité envers son chef et sa personnalité antipathique font que sa campagne ne lève pas comme prévu. Ses thèmes fétiches ? Propreté, familles, éducation, sécurité.

Cédric Villani

PHOTO FRANÇOIS GUILLET, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Cédric Villani

Malgré les ordres venus d’en haut, cet excentrique mathématicien et député vedette de La République en Marche a décidé de tenter sa chance. Il se présente comme le « premier candidat vraiment écolo de Paris ». Il séduit l’électorat instruit, mais est sans doute trop atypique pour espérer l’emporter.

David Belliard

PHOTO TIRÉE DU SITE DE LA MAIRIE DU 11E ARRONDISSEMENT DE PARIS

David Belliard

Depuis leur performance aux élections européennes, les Verts (EELV) ont le vent en poupe. Mais la concurrence est forte à Paris sur le terrain de l’environnement. « L’électorat écolo voudra peut-être voter directement pour Anne Hidalgo, qui a plus de poids et un bon bilan environnemental », résume le politologue Bruno Cautrès.

Rachida Dati

PHOTO GEOFFROY VAN DER HASSELT, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Rachida Dati

Ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, cette bête politique se démarque des autres candidats avec un programme résolument à droite, pro-voitures et axé sur la sécurité. « Elle est la seule à occuper ce créneau », note Bertrand Gréco. Ce qui jusqu’ici semble la servir.