(Moscou) Vladimir Poutine a publié lundi ses amendements à la Constitution, accélérant encore le rythme d’une réforme surprise annoncée la semaine passée qui nourrit les conjectures quant à son avenir politique après la fin de son mandat.

Thibaut MARCHAND
Agence France-Presse

Ce projet de loi, publié sur le site internet de la chambre basse du Parlement russe, la Douma, détaille une série de mesures, notamment l’une renforçant le rôle du Parlement dans la nomination du premier ministre et une autre limitant les mandats présidentiels à deux, au lieu de deux successifs.

Création d'un Conseil d'État... où Poutine pourrait siéger

Une autre de ces mesures est la création d’un Conseil d’État qui sera chargé, selon le texte de loi, de « déterminer les principales orientations de la politique intérieure et extérieure » et les « domaines prioritaires de développement économique et social » du pays.

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Le président Vladimir Poutine et son nouveau premier ministre Mikhaïl Michoustine, lundi, lors d'une réunion du conseil de sécurité de Russie à Novo-Ogaryovo, la résidence officielle du président russe en banlieue de Moscou.

Vladimir Poutine avait créé la surprise la semaine dernière lors de son adresse au Parlement en annonçant ces révisions constitutionnelles, qui ont provoqué la démission du premier ministre Dmitri Medvedev et de son gouvernement.

Il avait justifié ces annonces par le fait qu’une « demande de changement a clairement émergé au sein de la société » russe, nommant rapidement un nouveau premier ministre, un haut fonctionnaire réputé mais inconnu du grand public, Mikhaïl Michoustine.

Le plan de Poutine pour « refonder le système » politique russe

Mais cette réforme annoncée a surtout relancé les conjectures sur l’avenir politique de Vladimir Poutine après la fin de son mandat en 2024, au terme duquel il n’a théoriquement pas le droit de se représenter.

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Des opposants politiques du président Vladimir Poutine brandissant la constitution russe lors d'une manifestation le 13 octobre dernier protestant contre la condamnation à quatre ans de prison infligée à l'opposant au régime Konstantin Kotov. Le président Poutine veut faire amender la constitution.

En déposant lundi les amendements à la Constitution qu’il propose, le président russe a une nouvelle fois pris tout le monde de court alors qu’un groupe de travail devant plancher sur le sujet avait été formé la semaine dernière.  

Viatcheslav Volodine, le président de la Douma, a indiqué que le comité parlementaire chargé d’étudier ces changements constitutionnels se réunirait dès mardi. Il a aussi évacué les critiques accusant ses collègues d’avancer trop vite : « Le président a livré son adresse à la Nation, tout était énoncé clairement et nous avons reçu aujourd’hui les initiatives légales. Que devrions-nous faire, l’enterrer ? », a-t-il déclaré aux journalistes.

L’un de ses adjoints, Ivan Melnikov, a indiqué que les propositions du chef de l’État seront examinées en plénière dès jeudi, selon l’agence Ria Novosti.

Interdire les hautes fonctions aux Russes ayant vécu à l'étranger

Parmi les changements apportés par le texte, tout candidat à l’élection présidentielle devra désormais avoir vécu en Russie lors de ses 25 dernières années, sans avoir obtenu de titre de séjour à l’étranger. Les membres du gouvernement, juges ou élus ne pourront eux plus posséder deux nationalités ou avoir vécu une longue période à l’étranger.  

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Un garde d'honneur portant la constitution de la Fédération de Russie, avant l'assermentation du président Vladimir Poutine le 7 mai 2018. M. Poutine entreprenait alors son quatrième mandat, ce qui ne serait plus possible selon les modifications qu'il propose.

Le texte proposé lundi semble aussi exclure tout retour au Kremlin après une parenthèse dans d’autres fonctions, comme Vladimir Poutine l’avait fait en occupant les fonctions de premier ministre de 2008 à 2012, après deux mandats présidentiels successifs.

Si Vladimir Poutine n’a jamais évoqué directement son avenir au-delà de 2024 ni adoubé de successeur, les observateurs de la vie politique russe s’accordent pour dire qu’il cherchera à garder son influence.

« Poutine veut tout avoir sous son contrôle et vite », juge l’analyste Gleb Pavlovsky, « il veut tout régler en 2020, car soit il renfonce le système du pouvoir soit il doit partir ».

Conserver son influence après sa présidence

Beaucoup d’analystes voient dans ce futur Conseil d’État aux pouvoirs renforcés le moyen privilégié par le président russe pour garder son influence après 2024. Cet organe existe déjà, mais ne joue pas de rôle majeur dans la politique russe.

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Le président Vladimir Poutine, lundi, lors d'une réunion du conseil de sécurité de Russie à Novo-Ogaryovo, la résidence officielle du président russe en banlieue de Moscou.

Certains l’imaginent donc en arbitre suprême, au-dessus de la mêlée politique avec un poste sur-mesure, comme l’a fait Noursoultan Nazarbaïev au Kazakhstan en devenant en 2019 une sorte de père de la Nation, laissant la présidence à un fidèle obéissant.

« Poutine veut être le dirigeant à vie du pays », a accusé lundi Alexeï Navalny son principal opposant sur les réseaux sociaux, avant les nouvelles avancées de Poutine.  

« Usurpation du pouvoir », dénonce un opposant

« C’est une usurpation du pouvoir, voilà ce qui se passe et il faut la combattre », a-t-il ajouté.

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Alexeï Navalny, durant un discours à Moscou le 29 septembre 2019.

Un autre opposant, Ilia Iachine a de son côté annoncé que l’opposition a l’intention d’organiser une manifestation le 29 février contre les propositions du président.  

« Ce sera peut-être la plus importante manifestation de ces dernières années », a-t-il écrit sur Facebook.

Moscou a déjà été pendant l’été 2019 le théâtre, malgré une vive répression policière, du plus grand mouvement de contestation russe depuis celui qui avait marqué le retour de Poutine en 2012 au Kremlin.