(Paris) Le scandale international impliquant Jeffrey Epstein, accusé d’exploitation sexuelle sur mineures aux États-Unis, rebondit en France : l’agent de mannequins Jean-Luc Brunel, proche du milliardaire américain mort en 2019 en prison, a été incarcéré après sa mise en examen à Paris, notamment pour « viols ».

Benjamin LEGENDRE
Agence France-Presse

Le septuagénaire, soupçonné d’avoir joué le rabatteur pour son ami et lui-même accusé de viols par plusieurs anciens mannequins, était visé par une enquête du parquet de Paris ouverte en août 2019 en parallèle des investigations américaines.

Mais le fondateur des agences Karin Models et MC2 Model Management n’avait encore jamais été entendu par les enquêteurs, jusqu’à son interpellation mercredi à l’aéroport Charles-de-Gaulle, révélée par l’AFP, alors qu’il s’apprêtait à s’envoler pour Dakar.

À l’issue de sa garde à vue, M. Brunel a été présenté à un juge d’instruction qui l’a mis en examen vendredi soir pour « viols sur mineur de plus de 15 ans » et « harcèlement sexuel », a annoncé samedi le procureur de Paris Rémy Heitz.

M. Brunel est également « soupçonné d’avoir […] organisé le transport et l’hébergement de jeunes filles ou jeunes femmes pour le compte de Jeffrey Epstein », a précisé le procureur dans un communiqué

PHOTO REGISTRE DES DÉLINQUANTS SEXUELS DE L'ÉTAT DE NEW YORK VIA ARCHIVES AP

Le milliardaire Jeffrey Epstein est mort en prison en 2019.

Pour ces faits, qualifiés de « traite des êtres humains aggravée au préjudice de victimes mineures aux fins d’exploitation sexuelle », les juges d’instruction ont toutefois décidé de le placer pour l’instant sous le statut moins incriminant de témoin assisté.

Faits prescrits

« Cette mise en examen matérialise la parole des victimes », c’est ce qu’elles « attendaient pour certaines depuis plus de 30 ans », a réagi Me Anne-Claire Lejeune, avocate de plusieurs plaignantes.

Disparu des radars depuis des années — à l’exception d’une apparition dans une soirée huppée à Levallois-Perret en juillet 2019, M. Brunel a été accusé d’avoir, dès les années 80, joué le rabatteur pour Jeffrey Epstein, en faisant miroiter une carrière dans le mannequinat à de jeunes filles de milieux modestes.

Figure de la jet set internationale et ami des puissants, M. Epstein avait été inculpé en juillet 2019 aux États-Unis pour l’organisation, entre 2002 à 2005 au moins, d’un réseau de jeunes filles exploitées sexuellement. Il s’est suicidé dans sa prison new-yorkaise début août 2019.

Alerté sur l’existence potentielle de victimes françaises de Jeffrey Epstein, propriétaire d’un appartement avenue Foch, le parquet de Paris avait lancé des investigations.

Avec le retentissement du scandale, plusieurs anciens mannequins sont alors sortis du silence pour accuser aussi directement M. Brunel de viols.

« C’est une immense nouvelle. J’en pleure de joie », avait réagi jeudi l’une d’elles, la Néerlandaise Thysia Huisman, en apprenant l’arrestation. « Onze femmes ont témoigné contre lui à ma suite, mais tous ces faits sont prescrits. J’espère que la police a d’autres dossiers avec des victimes plus récentes », avait-elle déclaré à l’AFP.

PHOTO PETER DEJONG, ASSOCIATED PRESS

L'ancienne mannequin Thysia Huisman

Une plainte a en effet été déposée en octobre 2019 contre M. Brunel pour des faits de « harcèlement sexuel » non prescrits. Par la voix de son avocate, Jean-Luc Brunel avait réagi en contestant les accusations, se disant « à la disposition de la justice ».

« 2x8 ans »

Le nom de M. Brunel apparait depuis le mitan des années 2000 dans les dossiers concernant M. Epstein.

Des messages troublants ont été retrouvés par la police de Floride, dont celui-ci, en 2005 après un coup de fil de « Jean-Luc » : « Il a une prof pour vous, pour vous apprendre à parler russe. Elle a 2x8 ans, pas blonde ».

Virginia Giuffre, une des principales plaignantes de l’affaire Epstein, a par ailleurs affirmé avoir été forcée à des rapports sexuels avec M. Brunel.

En 2015, alors en froid avec Epstein, M. Brunel avait annoncé des actions en France et aux États-Unis pour dénoncer ces « allégations » mais aucune de ces procédures n’a prospéré.

L’enquête en France, confiée à l’Office central de répression des violences à la personne, a donné lieu à un appel à témoins et à plusieurs centaines d’auditions, mais nombre des faits sont prescrits, selon des sources concordantes.