(Paris) Avec une précision et une énergie sans limites, une équipe de charpentiers a utilisé des techniques médiévales pour soulever — à la main — une charpente en chêne de trois tonnes, samedi, devant la cathédrale Notre-Dame de Paris, une réplique des structures en bois qui ont été consumées dans l’incendie dévastateur du monument en avril 2019, qui avait aussi renversé sa flèche.

Elaine Ganley
Associated Press

La présentation à l’occasion des Journées européennes du patrimoine a permis à des centaines de personnes de découvrir de près les méthodes rustiques utilisées il y a 800 ans pour construire les cadres triangulaires de la nef de Notre-Dame de Paris.

Cela également démontré que la décision de reproduire la cathédrale dans sa forme originale était la bonne, a déclaré le général Jean-Louis Georgelin, qui dirige la reconstruction de la cathédrale.

« Cela montre […] tout d’abord que nous avons fait le bon choix en choisissant de reconstruire la menuiserie identique, en chêne de France », a indiqué le général Georgelin en entrevue.

« Deuxièmement, cela nous montre la […] méthode par laquelle nous reconstruirons la charpente, pièce après pièce. »

Un débat sur la question de savoir si la nouvelle flèche devrait avoir une conception futuriste ou si les pièces de charpente devraient être en ciment ignifuge comme dans la cathédrale de Nantes — qui avait été détruite dans un incendie en 1972 — s’est terminé par la décision en juillet de respecter la conception originale de Notre-Dame et de ses matériaux.

Au total, 25 pièces de charpente doivent être installées à une date inconnue dans la nef de la cathédrale. Philippe Gourmain, un expert forestier travaillant sur le projet de la cathédrale, a avancé que la phase de menuiserie n’arriverait pas avant 2022.

« Le problème de Notre-Dame n’est pas un problème de menuiserie. Nous avons le bois. Nous savons comment le faire, a expliqué M. Gourmain. Le gros problème concerne la pierre. »

Certaines pierres — qui soutiennent la menuiserie — ont été endommagées par le feu et « ce n’est pas si facile maintenant » de trouver des pierres similaires, a-t-il dit.

Le président français Emmanuel Macron souhaite la réouverture de la cathédrale en 2024, à temps pour les Jeux olympiques de Paris, une échéance que de nombreux experts ont qualifiée d’irréaliste.

Pour le moment, la délicate tâche de démantèlement des échafaudages fondus, initialement érigés pour remettre à neuf la flèche désormais renversée, se poursuit. Ce travail, commencé au début de juin, s’achèvera en octobre.

Les voûtes de la cathédrale sont également en train d’être débarrassées des débris par 35 spécialistes sur cordes. L’orgue, avec ses 8000 tuyaux, a été retiré pour réparation début août.

On ne sait pas encore quelle technique sera utilisée pour créer et installer les pièces de charpente en bois.

Le treillis monté pour l’exposition de la fin de semaine est une réplique du treillis numéro 7, plus avancé que les six premiers treillis, qui étaient « plus primitifs », a déclaré Florian Carpentier, chef de chantier de l’équipe de Charpentiers sans frontières, qui a abattu les arbres et utilisé des haches pour couper les bûches pour le cadre en bois. Avec des câbles de corde et un système de poulies rustique, les charpentiers ont lentement tiré la pièce qu’ils ont construite en juillet du sol, où elle était aménagée.

« C’est quelque chose à voir, des techniques ancestrales qui durent. Il y a le présent et le passé et cela nous relie à nos racines, a souligné Romain Greif, un architecte venu avec sa famille assister à l’exposition. C’est un évènement. »

Pour finir, une fois que la réplique du treillis numéro 7 a été élevée en hauteur, un charpentier a verni les poutres en bois — sous les applaudissements — et a attaché une branche de chêne au sommet de la structure triangulaire, symbole de prospérité et de salut aux travailleurs, une tradition toujours honorée dans de nombreux pays européens.