(Londres) Le Royaume-Uni a prévenu mercredi qu’il pourrait maintenir des mesures de distanciation sociales durant l’année à venir en l’absence d’un vaccin permettant d’éradiquer la pandémie de nouveau coronavirus, dont le bilan ne cesse d’empirer dans le pays avec plus de 18 000 morts.

Martine PAUWELS
Agence France-Presse

« À long terme, on s’en sortira […] idéalement avec un vaccin très efficace […] ou des médicaments très efficaces qui permettront aux gens de ne plus mourir de cette maladie, même s’ils l’attrapent », a expliqué le chef des services sanitaires, Chris Whitty, lors d’une conférence de presse.

« Jusqu’à ce que nous ayons ceux-ci – et la probabilité de les avoir dans l’année qui vient est incroyablement faible, et je pense que nous devons être réalistes à ce sujet – nous devrons compter sur d’autres mesures, sociales, qui sont bien sûr très perturbatrices », a-t-il ajouté.  

Il n’a pas précisé les mesures qui resteraient en place, soulignant seulement qu’il devrait s’agir d’une « combinaison optimale » de celles-ci.  

Le Royaume-Uni est un des pays européens les plus touchés pour la pandémie de nouveau coronavirus, avec 759 nouveaux décès à l’hôpital portant le bilan à 18 100 morts, selon des chiffres publiés mercredi par le ministère de la Santé.  

Au total, 133 495 personnes ont été déclarées positives dans le pays, qui fait face actuellement au « pic » de l’épidémie, a déclaré avant la publication des chiffres le ministre de la Santé, Matt Hancock.

« Mais nous ne sommes pas encore au bout de nos peines », a prévenu mercredi le chef de la diplomatie Dominic Raab, qui assure l’intérim à la tête du gouvernement en l’absence du premier ministre Boris Johnson, convalescent de la maladie.  

Confinement maintenu

C’est pourquoi, malgré la pression montante pour suivre l’exemple d’autres pays européens, il a exclu pour l’heure un assouplissement du confinement instauré le 23 mars et prolongé au moins jusqu’au 7 mai.  

« Le plus grand risque que nous courons maintenant, si nous relâchons nos règles de distanciation sociale trop tôt, est une recrudescence du virus […] et donc le risque d’un second confinement », a-t-il détaillé.  

Pour le chef des services sanitaires Chris Whitty, l’espoir de pouvoir revenir à une vie totalement normale après la fin du confinement est « totalement irréaliste » : « nous allons devoir faire un certain nombre de choses durant assez longtemps. La question est de savoir quelle est la meilleure combinaison » de mesures, a-t-il détaillé.  

« Nous ne devrions pas nous attendre à une chute soudaine » du nombre de décès, même si les hospitalisations sont en recul dans la capitale Londres, zone la plus touchée du pays, et ont atteint un plateau dans les autres régions, a-t-il ajouté.

L’impact réel de la maladie au Royaume-Uni est plus lourd que ne le suggèrent les chiffres officiels, qui ne prennent pas en compte les décès dans les maisons de retraite où, selon des représentants du secteur, plusieurs milliers de personnes âgées sont mortes.

« Je suis sûr que nous allons malheureusement observer un taux de mortalité élevé dans nos maisons de retraite, parce que c’est un groupe très, très vulnérable », a concédé Chris Whitty.  

Au Parlement mercredi, le nouveau chef de l’opposition travailliste, Keir Starmer, a reproché au gouvernement sa « lenteur » dans la gestion de la pandémie.

« Il y a un décalage entre les promesses et leur mise en œuvre », a-t-il critiqué. « Nous voyons une tendance se dessiner : nous avons été lents à ordonner le confinement, lents sur le dépistage et maintenant nous sommes lents à accepter les propositions des entreprises britanniques » pour fabriquer du matériel médical.

Le pouvoir se voit reprocher les retards pris dans le dépistage et le manque d’équipements de protection pour les soignants.  

Le gouvernement assure travailler d’arrache-pied pour fournir le matériel requis et invoque notamment une « pénurie mondiale ».