(Londres) Dans un Royaume-Uni frappé de plein fouet par la vague du nouveau coronavirus avec près de 15 000 morts, le gouvernement a annoncé vendredi accélérer les efforts pour développer et produire en masse un futur vaccin dès que possible.

Agence France-Presse

Accusé d’avoir tardé à agir contre la propagation du virus, l’exécutif britannique a mis sur pied une force d'intervention pour « coordonner les efforts » du gouvernement, de la recherche et de l’industrie, a expliqué le ministre des Entreprises Alok Sharma lors d’une conférence de presse.

Le gouvernement veut accélérer la construction d’un site pour produire en masse un vaccin « dès qu’il sera prêt », a-t-il ajouté, expliquant qu’il est impossible de donner une échéance.

Parmi la centaine d’équipes dans le monde lancées dans la course à un tel vaccin se trouvent l’Imperial College de Londres et l’institut Jenner de l’Université d’Oxford.

Ce dernier espère pouvoir mener rapidement de premiers essais cliniques et projette de produire un million de doses disponibles d’ici au mois de septembre, pour une disponibilité pour le public à l’automne. La professeure Sarah Gilbert, qui mène ces recherches, estime à 80 % les chances de succès.

Le Royaume-Uni a dénombré vendredi 847 morts supplémentaires à l’hôpital de patients atteints par le nouveau coronavirus, un bilan proche de celui de la veille (+861 morts), qui porte à 14 576 le nombre total de victimes de la COVID-19.

Le nombre de personnes testées positives a atteint au total 108 692, en augmentation de 5599 par rapport à la veille, selon le ministère de la Santé.

Les chiffres publiés quotidiennement par les autorités sanitaires britanniques ne comprennent que les décès à l’hôpital de patients testés positifs. Cette méthode est critiquée car elle ne comprend notamment pas les décès dans les maisons de retraite et atténue ainsi le réel impact de la pandémie.

Selon le conseiller scientifique du gouvernement Patrick Vallance, l’épidémie est à un « plateau » au Royaume-Uni, une décrue du nombre d’hospitalisations étant même observée à Londres, l’épicentre dans le pays, a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse.

Pas assez de blouses

En attendant une décrue, le gouvernement britannique a décidé jeudi de prolonger d’au moins trois semaines le confinement instauré depuis le 23 mars pour ralentir l’épidémie.

À l’heure où certains pays européens commencent à préparer la fin du confinement, le gouvernement britannique reste presque muet sur sa stratégie à cet égard.

Jeudi, le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab, qui supplée le premier ministre Boris Johnson en convalescence après avoir été infecté, a jugé qu’il serait « irresponsable » de se prononcer sur un calendrier de sortie de confinement. Il a simplement évoqué la possibilité d’un « assouplissement » du dispositif dans certaines zones et d’un « renforcement » dans d’autres.

Vendredi, devant une commission parlementaire par vidéoconférence, le ministre de la Santé Matt Hancock, qui a lui-même été infecté, a annoncé l’extension des tests de dépistage, qui pour l’instant concernent essentiellement les personnels de santé, aux policiers, pompiers et personnels de la justice.

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Le ministre britannique de la Santé, Matt Hancock

Critiqué pour le peu de tests menés, le gouvernement a promis d’arriver à 100 000 dépistages quotidiens d’ici à la fin du mois. Mais selon les derniers chiffres publiés vendredi, un peu plus de 21 000 tests ont été menés jeudi.

Le ministre de la Santé a reconnu un problème d’approvisionnement en blouses de protection pour les soignants, expliquant que 55 000 de ces équipements doivent être livrés au Royaume-Uni vendredi.

Un spécialiste des questions de santé internationales, Anthony Costello, a quant à lui averti que de « nouvelles vagues » du virus vont déferler sur le Royaume-Uni, qui pourrait selon lui atteindre 40 000 morts.

Selon ce professeur à l’Institut de santé de l’University College de Londres, le gouvernement britannique a été « trop lent » à réagir.