(Kiev) Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a indiqué samedi qu’il s’attendait à la tenue dimanche d’un échange de prisonniers entre Kiev et les séparatistes de l’Est de l’Ukraine, une nouvelle étape, si elle se confirme, d’une désescalade dans ce conflit armé.

Antoine LAMBROSCHINI
Agence France-Presse

« L’échange (de prisonniers) doit avoir lieu demain. Nous attendons cela. Pour l’instant, l’identification de toutes les personnes n’est pas terminée », a indiqué M. Zelensky, cité dans un communiqué de la présidence ukrainienne.  

Plus tôt dans la journée, Daria Morozova, la médiatrice du gouvernement de la république autoproclamée du Donetsk, a annoncé que Kiev et les séparatistes avait trouvé un accord sur un échange de prisonniers ce dimanche.

Selon elle, les deux territoires séparatistes de Donetsk et Lougansk se verront remettre 87 personnes, tandis que 55 seront remises à Kiev. La responsable n’a donné aucune indication sur l’identité de ces prisonniers.  

Des médias russes affirment que l’opération doit avoir lieu à un poste-frontière sur la ligne de front.  

Selon des informations des médias ukrainiens, non confirmées par les autorités, les séparatistes pourraient libérer principalement des prisonniers de guerre ukrainiens, mais également des activistes ou journalistes pro-Kiev emprisonnés.

Côté ukrainien, un tribunal de la ville de Kharkiv a pour sa part relâché samedi trois hommes condamnés à la prison à vie pour avoir préparé un attentat en février 2015.  

Cité par l’agence Interfax, le procureur ukrainien Vladimir Lymar a soutenu pendant l’audience que les trois suspects avaient été libérés car ils doivent faire partie de l’échange.  

D’autres médias ukrainiens rapportent que l’opération pourrait inclure d’anciens policiers anti-émeute détenus en Ukraine pour leur implication présumée dans la répression sanglante des manifestations de la place Maïdan, en 2014, suivies du départ du président prorusse Viktor Ianoukovitch.  

Cette dernière possibilité a suscité l’indignation de familles des victimes, qui ont appelé le nouveau président ukrainien Volodymyr Zelensky à y renoncer.

Début de détente

Le principe de cet échange avant la fin de l’année avait cependant été acté et réclamé par M. Zelensky le 9 décembre à Paris où se tenait le premier sommet de paix sur l’Ukraine depuis 2016.  

Il y rencontrait le président russe Vladimir Poutine pour la première fois, sous chaperonnage franco-allemand, une avancée même si la réunion n’a au final débouché que sur peu de décisions concrètes.

Depuis l’élection de M. Zelensky, un ancien acteur et comédien, une certaine détente se fait toutefois sentir avec la Russie.

En septembre, Kiev et Moscou avaient échangé 70 détenus, notamment le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, relâché par le Kremlin.

Les belligérants des deux camps ont ensuite reculé dans trois petits secteurs de la ligne de front, et le sommet de Paris a décidé que d’ici fin mars d’autres retraits de troupes de ce type devaient avoir lieu. La Russie a aussi rendu à Kiev des navires de guerre qu’elle avait saisis.

La guerre entre Kiev et des séparatistes prorusses a fait plus de 13 000 morts depuis son éclatement en 2014, quelques semaines après l’annexion de la péninsule de Crimée par la Russie qui avait elle même suivi le soulèvement pro-européen de Maïdan.

L’Occident et l’Ukraine accusent Moscou de financer et d’armer les rebelles, ce que la Russie nie, affirmant jouer un rôle politico-humanitaire pour protéger les populations locales dans ces régions russophones.

Règlement politique en suspens

La signature des accords de paix de Minsk en 2014 et 2015 a mis fin aux combats les plus violents, mais le cessez-le-feu prévu n’a jamais été mis en œuvre, les accrochages restant quasi-quotidiens.  

Les négociations à Paris avec MM. Poutine, Zelensky, Emmanuel Macron et Angela Merkel, un format baptisé « Normandie », n’ont d’ailleurs pas débouché sur des avancées, qu’il s’agisse du retrait des armes lourdes, la restauration du contrôle de Kiev sur sa frontière avec la Russie, l’autonomie accrue pour les territoires sous contrôle séparatiste ou l’organisation d’élections locales dans ces régions.

Et les différents camps semblent avoir certaines positions irréconciliables.  

Volodymyr Zelensky a ainsi exclu tout scrutin et toute autonomie tant que des groupes armés étaient « illégalement » en territoire ukrainien.

Vladimir Poutine a, lui, apporté un soutien fort aux rebelles le 10 décembre, excluant tout retour du contrôle de la frontière à Kiev. « J’imagine très bien ce qui pourrait se passer sinon. Sebrenica ! », a-t-il lancé, en référence au massacre en 1995 de 8000 personnes par les Serbes de Bosnie.