(Moscou) Pas de neige, pas de ski et déjà les fleurs du printemps : la capitale russe traverse un hiver étrangement doux, qui inquiète dans un pays particulièrement exposé au changement climatique.

Romain COLAS
Agence France-Presse

Lors des deux dernières semaines, les températures moscovites ont facilement dépassé les quatre degrés. Lundi, la métropole attend 7 °C, quand en temps normal, la moyenne du mois de décembre est de — 6 °C, ce qui est généralement synonyme d’une épaisse couche de neige, pour l’instant désespérément absente.

Rhododendron, perce-neige, crocus et autres hellébores, au jardin botanique de l’Université de Moscou, des plantes annonçant l’arrivée du printemps sont déjà en fleurs, trois mois, si ce n’est plus, avant la période habituelle.

« Un grand nombre de fleurs ont éclos au même moment. Je n’ai jamais vu ça », raconte Anton Doubeniouk, jardinier en chef de ce lieu rassemblant des centaines d’espèces dans le centre de la capitale.

PHOTO YURI KADOBNOV, AGENCE FRANCE-PRESSE

En temps normal, la moyenne du mois de décembre est de — 6 °C.

L’annonce des floraisons précoces, causées par cette vague de chaleur, a attiré des visiteurs plutôt partagés sur les bienfaits de cet avant-goût du printemps.

« J’aime ce temps, car c’est un hiver européen normal. Et quand les fleurs éclosent, cela fait du bien au moral », se réjouit Svetlana Zolotoukhina, une retraitée de passage.

« Moi je veux de la neige car elle protège les plantes en hiver », affirme de son côté Svetlana Gribkova, une autre visiteuse, botaniste de formation, qui regrette une situation « anormale ».

10 °C de plus

Selon Rosguidromet, l’agence météo russe, la mégapole de 12 millions d’habitants devrait connaître son année la plus chaude depuis le début des relevés, il y a 150 ans.

« Seul le mois de juillet a été légèrement en dessous des normales de saison », affirme Anatoli Tsygankov, météorologue à Rosguidromet.

Il évoque un mois de décembre « très chaud », pratiquement dix degrés au-dessus des températures moyennes.

D’après l’expert, le phénomène s’explique à la fois par des cyclones passagers venus de l’Atlantique et le changement climatique auquel, selon lui, il est difficile de donner une explication.

PHOTO DIMITAR DILKOFF, AGENCE FRANCE-PRESSE

Selon Rosguidromet, l’agence météo russe, la mégapole de 12 millions d’habitants devrait connaître son année la plus chaude depuis le début des relevés, il y a 150 ans.

Des propos qui font écho à ceux de Vladimir Poutine. Lors de sa conférence de presse annuelle, le président russe a soutenu jeudi que « personne » ne connaissait les causes du changement climatique mondial, semblant vouloir minimiser le rôle humain via l’émission de gaz à effets de serre. Son pays est un grand producteurs d’hydrocarbures.

Mais le président russe a aussi relevé que son pays se réchauffait, et que les conséquences pourraient être catastrophiques.

« C’est un processus très sérieux pour nous […]. Des villes entières sont bâties sur le permafrost, imaginez les conséquences » en cas de fonte massive, s’est inquiété le chef de l’État.

Cet été, la Sibérie a par ailleurs été frappé par des incendies de forêt exceptionnels que des experts lient directement aux effets du changement climatique.

À Moscou, le directeur de technique de la station de ski de Nagornaïa, offrant une vue imprenable sur la capitale russe, reste lui souriant. La veille, Andreï Kharkhota a pourtant dû fermer ses 20 pistes, car il fait trop chaud pour la neige artificielle.

« Je ne m’inquiète pas, car ici l’hiver arrive toujours », relève-t-il.