Boris Johnson, qui souhaite succéder à Theresa May comme premier ministre du Royaume-Uni, a confiance qu’il pourra obtenir des concessions additionnelles de ses homologues européens afin de prévenir une sortie désordonnée de l’Union européenne (UE) à la fin du mois d’octobre.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Il prévient qu’il n’hésitera pas, dans le cas contraire, à formaliser le retrait sans accord de son pays de l’ensemble européen malgré les risques économiques pouvant découler d’une telle démarche.

L’ex-ministre des Affaires étrangères a précisé lors d’une entrevue accordée à la BBC qu’il ne souhaitait pas qu’un tel scénario survienne et qu’il le jugeait improbable.

Il est cependant resté évasif sur la manière dont il entendait arracher des concessions aux autorités européennes, qui semblent peu disposées à se montrer plus flexibles après de longues et laborieuses négociations avec le gouvernement de Mme May.

La politicienne a annoncé sa démission en mai après que le Parlement eut de nouveau rejeté l’accord négocié sous sa direction, précipitant une course à la direction au sein du Parti conservateur.

Le vainqueur, qui sera choisi en juillet par les membres du parti, deviendra premier ministre et héritera de la difficile responsabilité de piloter la sortie de l’UE à la tête d’une formation – et d’un pays – profondément divisée sur la question.

Boris Johnson, l’une des figures de proue du mouvement pro-Brexit durant la campagne référendaire de 2016, est favori face au seul autre candidat toujours en lice, l’ex-ministre Jeremy Hunt.

Aucun capital de sympathie

Le directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM), Frédéric Mérand, pense que le meneur de la course aura fort à faire, s’il remporte le vote, pour convaincre Bruxelles de se montrer plus conciliant avec les demandes britanniques.

Le controversé politicien, note l’analyste, ne dispose « d’aucun capital de sympathie » outre-Manche puisqu’il a pratiquement réussi « à insulter tous les gouvernements d’Europe continentale » par ses déclarations passées.

Boris Johnson avait notamment fait des vagues avant le référendum en relevant que les efforts de l’Union européenne pour unifier le continent rappelaient les tentatives passées de Napoléon et d’Adolf Hitler et étaient vouées à l’échec.

Une attitude conciliante de la part de Bruxelles paraît d’autant moins probable que tous les candidats en lice pour prendre la tête de la Commission européenne sont des tenants de la ligne dure face à Londres.

À défaut de pouvoir obtenir des concessions majeures, il n’est pas impossible, relève M. Mérand, que Boris Johnson réussisse à vendre un accord modifié superficiellement en cherchant à le faire passer pour une « victoire » auprès de ses partisans.

Le professeur trace un parallèle avec le président américain Donald Trump, qui a fait grand cas, dit-il, de la renégociation du traité de libre-échange nord-américain même si l’exercice n’a pas mené à une réécriture en profondeur de ses dispositions.

Exercice à haut risque

John Curtice, analyste politique rattaché à l’Université Strathclyde, en Écosse, pense que Boris Johnson aura plus de chances de vendre un éventuel accord aux partisans du Brexit que Theresa May en raison de son engagement passé en faveur du retrait du Royaume-Uni.

La recherche d’un accord bonifié risque cependant de s’avérer un exercice à haut risque, prévient M. Curtice en entrevue.

S’il semble se montrer trop conciliant, le futur premier ministre risque de s’aliéner les tenants d’un Brexit dur. Une trop grande rigidité risque à l’inverse d’aliéner le camp des modérés, compromettant l’approbation de l’accord par le Parlement.

C’est comme sauter hors de la poêle à frire pour tomber dans les flammes.

John Curtice, analyste politique rattaché à l’Université Strathclyde

Frédéric Mérand prévient qu’il est possible qu’un gouvernement mené par Boris Johnson tombe à l’issue d’un vote de confiance lié au Brexit avant la date butoir du 31 octobre.

Dans un tel scénario, les autorités européennes pourraient décider d’accorder un autre délai au Royaume-Uni pour finaliser un accord de retrait afin de voir qui émergera en tête.

Un tel scrutin serait risqué pour le Parti conservateur et les travaillistes de Jeremy Corbyn qui ont enregistré un important recul aux élections européennes face aux troupes du parti pro-Brexit de Nigel Farage.

M. Mérand pense que ce dernier demeurera sans doute à l’écart en cas d’élection nationale si Boris Johnson devait maintenir le cap sur un Brexit dur, lui permettant de renflouer l’appui du Parti conservateur. Rien ne l’empêchera cependant de se lancer dans la mêlée si le futur premier ministre va trop loin dans l’autre sens.

« Les partis qui n’ont pas une logique radicale ont beaucoup de difficultés dans le contexte politique actuel », relève-t-il.

Une querelle conjugale sous la loupe

Boris Johnson a dû faire face à un barrage de questions sur sa vie privée au cours de la fin de semaine après que le quotidien The Guardian eut révélé qu’une virulente prise de bec était survenue vendredi entre le candidat et sa conjointe. La police a été appelée sur place par un voisin inquiet, mais n’a procédé à aucune arrestation. Plusieurs analystes ont évoqué l’épisode pour remettre en question l’aptitude du politicien à diriger le pays. L’ex-maire de Londres a refusé de répondre aux questions à ce sujet, arguant que la population souhaitait l’entendre sur le Brexit et non sur ses tribulations amoureuses.