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MH17: Moscou doit s'assurer que justice soit rendue, dit Washington

CHARLOTTE VAN OUWERKERK
Agence France-Presse
Washington

Les États-Unis ont exhorté mercredi la Russie à faire en sorte que « justice » soit rendue après l'annonce que trois Russes et un Ukrainien allaient être jugés pour meurtre en mars 2020 pour l'écrasement du vol MH17, abattu en 2014 au-dessus de l'est séparatiste de l'Ukraine par un missile russe.

Accusés d'avoir provoqué l'écrasement, les Russes Sergueï Doubinski, Igor Guirkine et Oleg Poulatov, ainsi que l'Ukrainien Leonid Khartchenko, quatre hauts gradés des séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine, seront les premiers à être traduits en justice dans cette affaire, a annoncé l'équipe internationale enquêtant sur cette catastrophe qui avait fait 298 morts.

Le plus connu d'entre eux, Igor Guirkine, surnommé « Strelkov » (« Tireur »), était l'un des principaux commandants des séparatistes du début du conflit avec l'armée ukrainienne il y a cinq ans, et probablement leur représentant le plus médiatique à l'époque.

Il est cependant probable que les quatre suspects soient jugés par contumace, la Russie et l'Ukraine n'extradant pas leurs ressortissants poursuivis à l'étranger. Mais l'annonce du procès des quatre hommes, qui s'ouvrira le 9 mars 2020 au tribunal de Schiphol en banlieue d'Amsterdam, est un message clair envers la Russie, qui a toujours nié toute implication.  

Des mandats d'arrêt internationaux ont été délivrés à l'encontre des suspects, dont les noms ont été placés sur les listes nationales et internationales des personnes recherchées, a précisé le chef de la police néerlandaise, Wilbert Paulissen.

« Coopérer »

« Nous n'émettrons pas de demande d'extradition puisque les Constitutions russe et ukrainienne interdisent l'extradition de leurs ressortissants. Mais nous demandons encore une fois à la Russie de coopérer. Plusieurs de nos questions restent sans réponse », a annoncé le procureur néerlandais Fred Westerbeke.

La Russie a réagi en dénonçant des « accusations gratuites » : « une fois de plus, des accusations tout à fait gratuites sont avancées contre la partie russe et visent à discréditer la Fédération de Russie devant la communauté internationale », a dénoncé le ministère des Affaires étrangères.

L'Ukraine a en revanche appelé Moscou à « reconnaître sa responsabilité » et à « commencer à coopérer avec l'enquête ».

Washington, par la voix de son chef de la diplomatie Mike Pompeo, a exhorté Moscou à permettre que les suspects « actuellement » en Russie soient traduits en justice.

« C'est un pas important dans la recherche de la vérité », a également salué M. Pompeo en allusion à l'annonce.    

Les quatre suspects sont accusés d'avoir convoyé dans l'est de l'Ukraine le système de missiles antiaériens BUK, utilisé selon les enquêteurs pour tirer le missile ayant abattu le 17 juillet 2014 le Boeing de la Malaysia Airlines au-dessus de la zone de conflit armé dans l'est séparatiste prorusse de l'Ukraine. Les 283 passagers,  dont 196 Néerlandais, et les 15 membres de l'équipage avaient péri.

À l'annonce du procès, Piet Ploeg, président d'une association des familles qui a perdu trois proches lors de l'écrasement, a loué le « courage » du parquet néerlandais, qui n'a « épargné personne pour des raisons politiques ».

Silene Fredriksz, dont le fils et la belle-fille avaient péri dans la tragédie, s'est dite « heureuse que le procès puisse enfin débuter ». Quand on lui a demandé qui était responsable de l'écrasement, elle a répondu : le président russe Vladimir « Poutine, parce qu'il a rendu cela possible. Il est le principal responsable ».

« Découvrir la vérité » 

Igor Guirkine, ancien ministre de la Défense de la République autoproclamée de Donestk, démis de ses fonctions en août 2014 dans des conditions mystérieuses, a démenti mercredi toute implication des séparatistes ukrainiens prorusses : « tout ce que je peux dire, c'est que le Boeing n'a pas été abattu par les rebelles ». Il a aussi annoncé qu'il n'entendait pas coopérer avec la justice.

L'équipe internationale d'enquêteurs (Joint Investigation Team, JIT), conduite par les Pays-Bas et composée d'enquêteurs d'Australie, de Belgique, de Malaisie, des Pays-Bas et d'Ukraine, avait annoncé en mai 2018 que le missile ayant abattu l'avion provenait de la 53e brigade antiaérienne russe basée à Koursk (ouest de la Russie).

Les Pays-Bas et l'Australie, dont 38 ressortissants figuraient parmi les victimes, avaient alors accusé la Russie. Pour la première fois, la responsabilité de cette catastrophe était ouvertement imputée à Moscou, qui a toujours nié avec véhémence et rejeté la faute sur Kiev.




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