Plusieurs centaines de personnes ont manifesté samedi à Collepardo, dans le centre de l'Italie, contre la transformation annoncée d'une ancienne chartreuse en une « Académie de l'occident judéo-chrétien » proche de Steve Bannon.

Mis à jour le 29 déc. 2018
AGENCE FRANCE-PRESSE

Fondée en 1204 dans un écrin de verdure sur les contreforts des Abruzzes, à une centaine de kilomètres à l'est de Rome, la chartreuse de Trisulti avait été reprise en 1947 par l'ordre des cisterciens, mais faute de vocations, la communauté n'a plus les moyens d'entretenir ce monument classé.

À l'issue d'un appel d'offres, le ministère de la Culture en a confié la concession pour 19 ans et 100 000 euros par an à l'institut catholique Dignitatis Humanae (DHI), un centre d'études lié au cardinal américain ultra-conservateur Leo Burke, l'un des principaux contradicteurs du pape François, et à M. Bannon, ancien conseiller de Donald Trump qui cherche désormais à promouvoir ses idées en Europe.

Le fondateur de DHI, Benjamin Harnwell, un Britannique de 43 ans, est en train d'essayer de fonder une université dans les murs séculaires de la chartreuse.

« L'objectif est de transmettre la pensée de Steve Bannon aux prochaines générations » et de former les Matteo Salvini et Viktor Orban de demain, a-t-il expliqué samedi dans La Stampa, assurant recevoir « tous les jours » des courriels de jeunes intéressés.

Le projet est financé par « de nombreux bienfaiteurs qui veulent que leurs enfants grandissent dans un pays sûr et identitaire », a-t-il ajouté, en ne citant que le nom de M. Bannon parmi les donateurs.

À l'appel d'un réseau d'associations et de militants locaux, plusieurs centaines de personnes ont cependant manifesté samedi à Collepardo derrière des banderoles proclamant « Stop Bannon, Europe libre » ou « Trisulti terre d'Europe ».

« La chartreuse de Trisulti est un avant-poste de l'Europe, une étape dans le chemin tracé par Saint Benoît », patron de l'Europe, ont fait valoir les organisateurs, qui veulent en faire « un symbole des idées qui ne se ferment pas au monde, mais continuent à respirer ».

À l'issue de la marche, une réunion publique s'est tenue à Collepardo, en présence de M. Harnwell.  

Ce dernier réfute toute idée de fermeture : « Notre pensée est partagée par la majorité des Italiens », a-t-il fait valoir à La Stampa. Et « les chartreux n'étaient certainement pas les libéraux de leur époque comme on veut le faire croire. C'était des extrémistes de la foi ».

Selon lui, l'académie sera associée à une université romaine et devrait ouvrir à Rome l'an prochain, avant d'emménager dans la chartreuse, qui nécessite auparavant d'importants travaux.