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Marine Le Pen veut créer un groupe politique au Parlement européen

Marine Le Pen, entourée du Néerlandais Geert Wilders... (PHOTO GEERT VANDEN WIJNGAERT, AP)

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Marine Le Pen, entourée du Néerlandais Geert Wilders (droite), de l'Autrichien Harald Vilimsky (au centre) et de l'Italien Matteo Salvini (à gauche), au Parlement européen, à Bruxelles, le 28 mai.

PHOTO GEERT VANDEN WIJNGAERT, AP

Alain JEAN-ROBERT
Agence France-Presse
BRUXELLES

Après son triomphe aux européennes en France, la présidente du Front national (FN), Marine Le Pen souhaite concrétiser son succès à Bruxelles en prenant la tête de ceux qui rêvent d'en finir avec l'UE, mais la tâche s'annonce ardue tant le jeu des alliances s'apparente à un casse-tête.

La dirigeante du parti d'extrême droite qui se revendique «premier parti de France» a l'ambition de créer un groupe politique au Parlement européen, synonyme d'influence et de gains financiers conséquents.

Un tel groupe permettrait au FN et ses alliés de pouvoir s'exprimer sur tout sujet abordé en séance plénière et d'accéder à la présidence de quelques-unes des 20 commissions et deux sous-commissions du Parlement. Son président serait associé à l'élaboration de l'ordre du jour des séances plénières, avec un droit de réponse direct en séance plénière aux présidents de la Commission européenne et du Conseil.

Un groupe donne aussi l'assurance de disposer d'un secrétariat, avec bureaux et assistants, dont le budget est pris en charge par le Parlement. En 2013, les sept groupes sortants se sont partagé une dotation de 57 millions d'euros (environ 84 millions de dollars).

Cette manne viendrait s'ajouter à l'argent versé par le Parlement européen aux partis paneuropéens. Actuellement, l'Alliance européenne pour la liberté (EAF), un mouvement basé à Malte et qui rassemble notamment le FN, le Vlaams Belang (VB) belge, le Parti pour la liberté (PVV) des Pays-Bas et le Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ), reçoit ainsi près de 400 000 euros (592 000 $) de subventions par an.

Avec la constitution d'un groupe, la dotation pourrait atteindre, selon le nombre d'élus, entre un et trois millions d'euros par an.

«L'alliance des partis d'extrême droite est davantage un mariage d'intérêts qu'un mariage d'amour», a résumé un responsable du Parlement sous couvert de l'anonymat.

Incapables de s'entendre

Mais s'ils s'entendent sur quelques «valeurs» communes, les partis d'extrême droite européens sont traversés par de nombreuses divergences idéologiques.

Former un groupe impose de disposer d'au moins 25 députés issus d'au moins sept États. Si le FN est assuré de trouver le nombre d'élus nécessaires (à lui seul il en compte 24), il risque de lui manquer deux nationalités.

Actuellement, Marine Le Pen peut compter sur ses alliés du PVV (4 élus), du FPÖ (4) et du VB (1). Elle a reçu le soutien du parti autonomiste et xénophobe italien de la Ligue du Nord (5 députés).

Dans le Parlement sortant, les europhobes étaient rassemblés dans le groupe «Europe libertés démocratie» (EFD) du Britannique Nigel Farage, le leader de l'UKIP, arrivé en tête aux européennes en Grande-Bretagne avec 24 députés.

M. Farage entend rester le leader des europhobes et a récusé toute alliance avec Mme Le Pen accusant le FN d'avoir «l'antisémitisme dans son ADN». Mais au nom du rejet partagé de l'UE, il n'exclut pas de constituer «des fronts communs» avec le FN et ses alliés.

M. Farage semble pouvoir compter sur le soutien des partis europhobes scandinaves comme les Vrais Finlandais (2 élus), les démocrates suédois (2) ou le Parti populaire danois (4). Il pourrait également attirer le parti anti-euro allemand AfD (7 élus) et les Grecs indépendants (1) voire les 17 élus italiens de Beppe Grillo.

En revanche, le jeu reste ouvert entre Mme Le Pen et M. Farage pour rallier à eux le Parti lituanien Ordre et Justice qui compte deux députés. Le parti europhobe polonais KNP (4 élus) pourrait pencher dans un camp ou un autre.

Ni Mme Le Pen, ni M. Farage ne comptent s'allier avec les trois élus grecs d'Aube dorée, les trois élus du Jobbik hongrois ou l'élu allemand du NPD, qui représentent l'extrême droite radicale.

«Il n'y aura sans doute pas de place pour deux groupes europhobes», estime un responsable du Parlement. D'autant qu'il existe déjà un groupe d'eurosceptiques, ECR, emmenés par les conservateurs britanniques et le parti Droit et Justice polonais qui lutte aussi pour sa survie.

Au bout du compte, la percée des partis europhobes, incapables de s'entendre entre eux, pourrait s'apparenter à un feu de paille et leur influence rester minime dans un Parlement où les quatre groupes pro-européens (centre droit, socialistes, libéraux et verts) se partagent 70 % des sièges.




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