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Turquie: la tension reste vive au sixième jour des manifestations

La brutalité de la répression, largement évoquée sur... (PHOTO UMIT BEKTAS, ARCHIVES REUTERS)

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La brutalité de la répression, largement évoquée sur les réseaux sociaux turcs, a suscité de nombreuses critiques dans les pays occidentaux.

PHOTO UMIT BEKTAS, ARCHIVES REUTERS

Philippe ALFROY
Agence France-Presse
Istanbul, Turquie

La tension restait vive en Turquie mercredi matin au sixième jour des manifestations contre le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan qui ont vu de nouveau des milliers de personnes descendre dans les rues d'Istanbul et d'Ankara.

Malgré les «excuses» du gouvernement aux victimes de brutalités policières des jours précédents, des milliers de manifestants ont envahi à la nuit tombée la place Taksim d'Istanbul, où ils ont scandé des slogans réclamant le départ du Premier ministre. Plusieurs milliers de personnes se sont également réunies en soirée à Ankara.

La Confédération des syndicats du secteur public (KESK), qui a appelé mardi à un arrêt de travail de deux jours par solidarité avec les manifestants, devrait être rejointe mercredi par la Confédération syndicale des ouvriers révolutionnaires (DISK), qui revendique 420 000 membres.

Dans la nuit de mardi à mercredi, la police a utilisé   des canons à eau pour tenter de disperser des centaines de manifestants antigouvernementaux, ont rapporté des médias locaux.

Les contestataires ont tenté de se diriger vers les bureaux du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan dans ces deux villes.

Des heurts ont également eu lieu dans la ville de Hatay à la frontière syrienne où un jeune homme de 22 ans était décédé la veille après avoir été blessé lors d'une manifestation. Selon la chaîne de télévision privée NTV, deux policiers et trois manifestants ont été blessés mercredi à Hatay.

Tôt mercredi matin, au moins 25 personnes ont été appréhendées à Izmir pour avoir répandu sur le réseau social Twitter des «informations trompeuses et diffamatoires», a rapporté l'agence Anatolia. Ali Engin, un responsable local du principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), a déclaré à Anatolia que les suspects étaient détenus pour avoir «appelé les gens à manifester».

Mardi, au lendemain d'une nouvelle nuit de violences marquée par la mort d'un deuxième contestataire, le vice-Premier ministre Bülent Arinç avait tenté d'enrayer le mouvement en qualifiant de «légitimes» les revendications des écologistes à l'origine des troubles et invité les mécontents à rester chez eux.

A l'opposé du ton ferme du chef du gouvernement, en tournée au Maghreb jusqu'à jeudi, M. Arinç avait dispensé un discours plus conciliant.

Au sortir d'une réunion avec le président Abdullah Gül, il a d'abord présenté ses excuses aux très nombreux blessés civils, à l'exception toutefois de «ceux qui ont causé des dégâts dans les rues et tenté d'entraver les libertés des gens».

Sur un plan plus politique, M. Arinç a assuré que son gouvernement respectait «les différents modes de vie» des Turcs.

Depuis le début de la contestation vendredi, les manifestants accusent M. Erdogan de dérives autoritaires et de vouloir «islamiser» la Turquie laïque.

«Nous n'avons pas le droit ou le luxe d'ignorer le peuple, les démocraties ne peuvent pas exister sans opposition», a également souligné M. Arinç, promettant que son gouvernement avait «retenu la leçon» de ces événements.

Ce discours a tranché avec l'intransigeance de M. Erdogan qui, sûr de son poids politique, a balayé les critiques et renvoyé ses détracteurs aux élections locales de 2014. «A mon retour de cette visite, les problèmes seront réglés», a-t-il lancé, provocant, lundi à Rabat.

Les excuses du vice-Premier ministre ont été saluées par les États-Unis, qui s'étaient inquiétés de l'usage «excessif» de la force. «Nous saluons les efforts du président Gül et d'autres pour calmer les choses», a réagi la porte-parole du département d'État, Jennifer Psaki.

«Ils sont coincés»

«S'ils font marche arrière, s'ils changent quelque chose en Turquie, le conservatisme et tout ce qu'ils ont fait, alors peut-être la foule pourra-t-elle rentrer chez elle», a dit à l'AFP Didem Kul. «Mais nous ne pouvons pas rentrer chez nous sans en avoir la preuve», a ajouté cette étudiante de 24 ans qui «occupe» Taksim.

«Ces excuses, c'est pour limiter la casse et parce qu'ils sont coincés», a renchéri Baki Cinar, le porte-parole de la KESK.

Après la mort dimanche d'un jeune homme percuté par une voiture pendant une  manifestation à Istanbul, un deuxième contestataire, âgé de 22 ans, a été tué lundi soir dans un rassemblement à Hatay de plusieurs «coups de feu tirés par une personne non identifiée», a annoncé le gouverneur de la ville, Celalettin Lekesiz.

Le premier rapport d'autopsie rendu public par le procureur a toutefois jeté le doute sur les circonstances de sa mort, assurant n'avoir pas identifié de traces de balles.

De violents affrontements avaient encore opposé dans la nuit de lundi à mardi la police aux manifestants à Istanbul, Ankara ou Izmir, faisant de nombreux blessés.

Hormis les deux personnes décédées dimanche et lundi, les violences des quatre derniers jours ont fait plus de 1500 blessés à Istanbul et au moins 700 à Ankara, selon les organisations de défense des droits de l'Homme et les syndicats de médecins.

Ces chiffres n'ont pas été confirmés par les autorités. Le porte-parole du gouvernement a évalué mardi à seulement 64 manifestants et 244 policiers le nombre des blessés.

La brutalité de la répression, largement évoquée sur les réseaux sociaux turcs, a suscité de nombreuses critiques dans les pays occidentaux.

Une porte-parole du Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme, Mme Navy Pillay, a demandé à la Turquie de mener une enquête «rapide, complète, indépendante et impartiale»  sur «les policiers qui auraient violé la loi et les normes  internationales des droits de l'Homme».




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