Le message peint au sol au pied de l'imposante église orthodoxe du quartier d'Agios Panteleimon, dans le centre d'Athènes, ne laisse guère de place à l'interprétation.

Marc Thibodeau, envoyé spécial LA PRESSE

«Les étrangers hors de Grèce. La Grèce appartient aux Grecs», ont indiqué en grosses lettres ses auteurs en utilisant le bleu et le blanc du drapeau national.

«Ça fait trois ou quatre fois qu'ils viennent le repeindre après que la municipalité l'ait enlevé», confie, un peu embarrassé, Thanos Ploumpis, un homme de 51 ans qui réside depuis plusieurs années dans ce quartier mal en point marqué par une forte présence immigrante.

Les auteurs du message, explique-t-il, sont des militants du parti d'extrême droite Aube dorée (Chryssi Avghi), qui a causé la surprise le 6 mai dernier en remportant 7% des voix lors des élections législatives grecques.

La formation n'a pas attendu ce bon résultat pour tenter de s'implanter dans les zones sensibles de la ville et d'imposer son agenda xénophobe.

Régulièrement, note M. Ploumpis, des personnes âgées vivant à Agios Panteleimonos qui craignent pour leur sécurité se font accompagner par des militants d'Aube dorée pour aller faire leurs courses ou retirer de l'argent à la banque.

«Il est arrivé que des immigrants commettent des vols, mais l'importance de la criminalité est largement exagérée», indique cet ancien fonctionnaire.

Maria, femme de 71 ans, affirme que de jeunes hommes liés à Aube dorée n'hésitent pas à s'en prendre physiquement avec violence aux immigrants qu'ils croisent pendant leurs sorties en groupe.

Récemment, dit-elle, plusieurs jeunes miliciens se sont attaqués à des voisins d'origine étrangère qui habitent au premier étage de son immeuble. «Je leur ai balancé de l'eau pour qu'ils les laissent tranquilles et s'en aillent et ils ont commencé à me lancer des oranges... Ils me font peur», souligne la vieille dame.

»Une honte»

Edmond Kyria, homme de 33 ans d'origine albanaise, affirme que les actions armées d'Aube dorée sont «une honte». Il souligne du même souffle qu'il faut «traiter avec une main ferme» les immigrants d'origine pakistanaise parce qu'ils sont «sales» et tentent de squatter les espaces publics.

Des agents municipaux qui patrouillent dans le secteur ont confirmé hier la présence régulière des militants d'Aube dorée, qui disposeraient de nombreux sympathisants dans la police. «Les gens en ont assez. Ils ont besoin d'être défendus», a souligné l'un d'eux alors que l'autre a évoqué les lois «laxistes» existantes en matière d'immigration pour justifier leur action.

Javed Aslam, un militant d'origine pakistanaise qui dirige une association de travailleurs immigrés à Athènes, affirme que le parti d'extrême droite et ses membres sont actifs depuis des années dans la ville et au-delà.

«La vaste majorité des personnes qui sont victimes d'agressions de leur part ne portent pas plainte, car elles n'ont plus aucune confiance dans la police», indique M. Aslam, qui accuse les autorités d'avoir trop longtemps toléré les actions des extrémistes sans sourciller.

«Les partis se disaient qu'ils n'avaient pas besoin de s'occuper du problème puisque ça ne touchait que des immigrants... Mais là, la situation a changé avec leur score aux élections et les médias commencent à faire leur travail», dit M. Aslam.

Les Grecs qui ont voté pour le parti le 6 mai ignoraient souvent quelle était sa véritable nature, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui, souligne-t-il.

Hier encore, les médias grecs ont rapporté qu'un homme d'origine égyptienne a été attaqué dans sa résidence à l'extérieur d'Athènes et sévèrement battu par des hommes liés, au dire des autorités, à Aube dorée.

Vote de protestation?

Les plus récents sondages relativement aux élections législatives de dimanche prévoient un recul de la formation, qui avait réussi à marquer des points en s'érigeant contre les mesures d'austérité imposées au pays. L'incapacité des partis gagnants à former un gouvernement après le scrutin du mois dernier avait forcé sa reprise.

«Je pense que le vote pour Aube dorée est d'abord un vote de protestation contre les grands partis traditionnels du pays», juge Thanos Ploumpis.

L'émergence de l'extrême droite a néanmoins ramené une partie de l'attention sur les questions d'immigration. Le chef conservateur de Nouvelle Démocratie, Antonis Samaras, qui espère récupérer une partie des voix d'Aube dorée, a annoncé mardi un nouveau plan d'action pour lutter contre l'immigration illégale et la criminalité en liant les deux sujets.

«Il ne peut y avoir de sécurité si la ville ne peut protéger ses citoyens de la peur», a-t-il déclaré en évoquant notamment la situation dans le quartier d'Agios Panteleimon.

VIOLENCE SUR UN PLATEAU DE TÉLÉ

Les Grecs qui ignoraient les méthodes musclées préconisées par Aube dorée en ont appris l'existence avec stupéfaction la semaine dernière. Un porte-parole du parti s'en est alors violemment pris à deux députées sur un plateau télévisé. Ilias Kasidiaris a lancé un verre d'eau à une élue qui lui rappelait ses ennuis avec la justice dans une affaire de vol à main armée avant de s'en prendre à une élue communiste qu'il a giflée à deux reprises et frappée du poing.

Le trentenaire s'est échappé du studio avant l'arrivée des policiers, frappant plusieurs autres personnes au passage. Il est demeuré caché pendant 48 heures pour échapper à un mandat d'arrêt d'une durée limitée qui avait été lancé en lien avec cette affaire. Il a ensuite porté plainte pour «détention illégale» contre la chaîne de télévision, disant avoir été retenu contre son gré par des employés.

Plusieurs milliers de personnes ont exprimé leur admiration pour son geste sur Facebook et la direction d'Aube dorée a refusé de dénoncer son comportement. Le gouvernement de transition a décrié pour sa part l'agression contre les deux députées comme une «attaque contre la démocratie».