L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic a «pris en main le nettoyage ethnique de la Bosnie» au début des années 1990, a affirmé l'accusation à l'ouverture du procès de l'ex-général à La Haye, dix-sept ans après le massacre de Srebrenica.

Nicolas Delaunay AGENCE FRANCE-PRESSE

Ratko Mladic, 70 ans, «a pris en main le nettoyage ethnique de la Bosnie», a affirmé Dermot Groome, représentant du bureau du procureur, devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) : «il a pleinement participé à une entreprise criminelle qui était en marche».

Cartes démographiques à l'appui, l'une datant d'avant la guerre de Bosnie (1992-1995), l'autre d'après la guerre, M. Groome a décrit comment de nombreuses municipalités ethniquement mixtes ou à majorité musulmane étaient devenues serbes à la suite d'une campagne de «nettoyage ethnique» dont il a décrit les «objectifs stratégiques».

«Le premier objectif était de séparer les Serbes des deux autres communautés nationales», les musulmans et les Croates, a-t-il dit avant de raconter comment des groupes de non-Serbes avaient été exécutés, d'autres obligés de se jeter d'un pont par des soldats sous les ordres de Ratko Mladic et d'autres encore contraints à quitter leurs terres.

Assis derrière son avocat, l'accusé, en costume gris foncé et chemise claire, a adressé un geste «provocateur» aux mères et veuves de Srebrenica ayant fait le déplacement pour l'occasion et assises dans la galerie du public, a assuré l'une d'elles à l'AFP.

«Il a alors fait un geste de la main au niveau du cou, signifiant trancher la gorge», a dit Munira Subasic, présidente de l'association des Mères des enclaves de Srebrenica et de Zepa (est de la Bosnie).

Un journaliste de la télévision publique bosnienne FTV qui était sur place et un autre participant à l'audience, ont confirmé l'incident, la porte-parole du TPIY Nerma Jelacic se limitant à dire qu'«il y a eu une communication entre le prévenu et des personnes dans la galerie».

Le juge président Alphons Orie a rappelé l'ancien général à l'ordre, lui enjoignant de ne pas interagir avec les personnes présentes dans la galerie du public.

L'ancien général n'a pas pris la parole. Il a brièvement applaudi l'entrée des juges dans la salle d'audience vers 09H00 (07H00).

L'ancien militaire, qui a subi trois attaques cérébrales en 1996, 2008 et février 2011, est hémiplégique (paralysé du côté droit en ce qui le concerne), selon son avocat Branko Lukic. M. Mladic s'est plaint à plusieurs reprises de problèmes de santé depuis sa comparution initiale en juin 2011.

Arrêté le 26 mai 2011 en Serbie après avoir échappé pendant seize ans à la justice internationale, Ratko Mladic est accusé de génocides, crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis par ses troupes pendant la guerre de Bosnie, qui avait fait 100.000 morts et 2,2 millions de déplacés entre 1992 et 1995.

«L'accusation doit raconter l'histoire et cette histoire n'est pas belle», a déclaré l'avocat de l'accusé à des journalistes après l'audience : «notre tâche est de montrer que ce qu'ils disent n'est pas vrai».

La déclaration liminaire de l'accusation se poursuivra jeudi à 09H00 (07H00 GMT). Le procès, qui pourrait durer trois ans selon l'accusation, doit ensuite reprendre le 29 mai avec l'audition du premier témoin du bureau du procureur.

L'accusation a toutefois indiqué dans un document publié mercredi, en réponse à une demande d'ajournement du procès par la défense au prétexte qu'elle n'est pas prête, ne pas être opposée à un report de la présentation des éléments de preuve à charge.

L'ancien général est poursuivi pour les mêmes crimes que son alter ego politique Radovan Karadzic, 66 ans, jugé à La Haye depuis octobre 2009.

Ratko Mladic, qui plaide non coupable et encourt la prison à vie, doit notamment répondre du massacre de Srebrenica en juillet 1995, au cours duquel près de 8.000 hommes et adolescents musulmans avaient été tués par les forces serbes de Bosnie, le pire massacre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Il est également poursuivi pour son rôle dans le siège de Sarajevo, au cours duquel 10.000 civils avaient été tués, et de la prise en otage de 200 soldats et observateurs de l'ONU en 1995.

«La ville est restée dans la paume de la main de Mladic» pendant les 44 mois du siège, a assuré M. Groome en montrant aux juges la photographie d'un petit garçon touché par un tir de sniper posté sur les hauteurs de la ville, étendu au sol, la tête baignant dans une mare de sang.