Tombera? Tombera pas? Berlusconi en sursis joue son va-tout. À la veille d'un vote de confiance décisif, le chef du gouvernement italien a tenté de rassembler une majorité de députés autour de lui pour éviter une chute du gouvernement. Réussira-t-il son pari? Les députés trancheront ce matin.

Publié le 14 déc. 2010
Judith Lachapelle LA PRESSE

Q: Qu'est-ce qui attend Silvio Berlusconi aujourd'hui?

R: Le président du Conseil italien et chef du gouvernement fera face ce matin à un vote de confiance du Parlement italien. Si les membres du Sénat, la Chambre haute, lui sont majoritairement favorable, la Chambre des députés (Camera dei deputati), qui compte 630 députés, est divisée. L'ex-allié de M. Berlusconi et président de la Chambre des députés, Gianfranco Fini, a fondé un nouveau parti avec 35 députés, le Futur et Liberté pour l'Italie (FLI). Il se joint aux centristes du parti UDC, de Pier Ferdinando Casini, à l'origine du vote de confiance d'aujourd'hui.

Q: L'opposition est-elle assez importante pour faire tomber le gouvernement?

R: Personne, hier, ne pouvait s'avancer à faire des pronostics. «Mais j'ai l'impression que Berlusconi a de bonnes chances de gagner ce vote de confiance», a estimé hier au bout du fil Alfio Mastropaolo, professeur à l'Université de Turin. Les rumeurs de corruption de députés circulent. «Berlusconi est très riche, il a des moyens, il est chef du gouvernement, il peut promettre des postes à des députés. J'ai l'impression qu'il obtiendra une faible majorité, mais que son gouvernement sera très faible», dit le professeur. «S'il gagne le vote, ce sera une lente agonie politique. Et ce qui va se passer ensuite, personne ne peut le prévoir.»

Q: Qu'arrivera-t-il si Silvio Berlusconi est défait?

R: Si les députés retirent leur confiance à Silvio Berlusconi, il devra démissionner. Le président de la République, Giorgio Napolitano, qui n'exerce pas le pouvoir, devra soit former un nouveau gouvernement, soit dissoudre le Parlement et convoquer de nouvelles élections législatives. Le mandat de Berlusconi se termine normalement en 2013.

Q: Comment Berlusconi a-t-il tenté de convaincre la Chambre de voter en sa faveur?

R: Face à la coalition Fini-Casini, il a offert d'élargir sa majorité à tous les centristes et «modérés». «À partir de demain, nous travaillerons pour recomposer l'alliance des modérés et renforcer l'équipe de gouvernement», a-t-il lancé devant la Chambre des députés. Il a repris plusieurs revendications de ses opposants: réforme de la loi électorale, privatisations, mesures pour relancer la croissance comme le demandent à la fois patronat et syndicats. «Tout est possible à part trahir le mandat des électeurs», a-t-il clamé. Et face à la situation économique difficile en Europe, «le pays a besoin de stabilité pour mener les réformes nécessaires».

Q: Berlusconi a-t-il le soutien de la population?

R: Difficile à dire, puisque le Cavaliere n'a pas d'opposition sérieuse. Hier, Berlusconi s'en est pris aux auteurs de la motion de censure, les mettant au défi de «retourner devant les urnes en présentant un programme pour se faire réélire». Le problème, note Alfio Mastropaolo, c'est que l'opposition ne veut pas d'élections immédiatement, même si une nouvelle majorité de Silvio Berlusconi n'est pas acquise. «J'ai l'impression qu'il n'est pas persuadé lui-même de gagner ses élections. C'est un grand combattant, avec une grande capacité médiatique et de leadership. Ça fait 20 ans qu'il est sur scène et que les conditions de la société italienne ne sont pas bonnes. Jusqu'ici, il a pris avantage des divisions de ses adversaires», dit M. Mastropaolo. «Berlusconi est un grand enchanteur de foules, un leader populiste. Les Italiens n'ont pas encore bien compris ce qu'il a fait contre eux.»

Avec AFP