Le président déchu du Kirghizistan, Kourmanbek Bakiev, réfugié au Bélarus, a affirmé mercredi être toujours le chef de l'État de ce pays stratégique d'Asie centrale.

Tatiana Kalinovskaïa AGENCE FRANCE-PRESSE

Le gouvernement kirghiz intérimaire réclame pour sa part l'extradition de ce «criminel» et de ce «sadique».

Arrivé sous bonne escorte au siège de la Communauté des États indépendants (CEI, ex-URSS moins les États baltes et la Géorgie) à Minsk, sa terre d'exil, Kourmanbek Bakiev a lu un communiqué dans lequel il s'est posé en dirigeant de son pays.

«Moi, Kourmanbek Bakiev, je suis le président élu du Kirghizistan et reconnu par la communauté internationale», a-t-il déclaré.

«Je ne reconnais pas ma démission. J'ai été élu président (...) et aucun pouvoir ne peut m'arrêter. Seule la mort peut m'arrêter», a ajouté M. Bakiev.

Le président déchu du Kirghizistan a été renversé au début du mois par un  soulèvement populaire sanglant à Bichkek, la capitale, à l'issue duquel l'opposition s'est emparée du pouvoir.

Il s'était envolé le 15 avril du Kirghizistan pour le Kazakhstan voisin, remettant sa démission après des négociations coordonnées par la Russie et les États-Unis, les deux puissances qui jouissent de bases militaires sur le sol kirghiz.

Sa destination n'avait pas été révélée dans un premier temps, mais mardi, le président du Bélarus, Alexandre Loukachenko, a reconnu l'avoir accueilli.

M. Bakiev n'a par ailleurs pas mâché ses mots à l'égard du gouvernement intérimaire, formé par ses détracteurs à la suite des affrontements sanglants du 7 avril entre manifestants d'opposition et policiers qui ont fait 85 morts.

«Tout le monde doit savoir que les bandits qui tentent de s'emparer du pouvoir sont les exécutants d'une force extérieure et n'ont aucune légitimité», a-t-il lancé, sans pour autant préciser ses accusations sur l'identité de la puissance étrangère.

Certains analystes estiment que la Russie soutenait en sous-main l'opposition à M. Bakiev, ce dernier étant revenu sur une promesse de fermer la base aérienne américaine, près de Bichkek, qui est essentielle au déploiement des troupes en Afghanistan.

Moscou s'est d'ailleurs empressé d'établir des relations avec le gouvernement provisoire, débloquant une aide financière de 50 millions de dollars, sous forme de crédit et de don, à cette ex-république soviétique au bord de la ruine.

Les autorités kirghizes, qui accusent M. Bakiev d'avoir vidé les caisses de l'État, de corruption, de népotisme, et d'avoir approuvé l'usage des armes contre les manifestants d'opposition, ont pour leur part prévenu qu'elles allaient demander l'extradition du président déchu.

La chef du gouvernement provisoire, Rosa Otounbaïeva, a ainsi employé un lexique pour le moins irrévérencieux vis-à-vis de l'ex-chef de l'État.

«Tous ceux qui ont souffert pensent qu'il ne peut y avoir de refuge nulle part au monde pour ce sadique. Ce criminel doit être extradé vers notre pays», a-t-elle lancé mardi à des journalistes.

«La population du Kirghizistan ne peut réagir favorablement à l'arrivée au Bélarus d'un tel personnage qui a beaucoup de morts sur la conscience», a-t-elle dit.

Kourmanbek Bakiev, qui se dit victime d'un coup d'État, était arrivé au pouvoir en mars 2005 à l'issue d'une révolution émaillée de violences. L'essentiel de ses compagnons de route ont ensuite rejoint l'opposition, accusant le président de dérive autoritaire et de corruption.