Les autorités allemandes, après une longue enquête, ont interdit mardi une organisation d'extrême droite pour qui les Juifs et les étrangers sont une menace pour la «nation allemande».

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Avec l'interdiction d'aujourd'hui, nous mettons un terme aux activités révoltantes de la Heimattreue Deutsche Jugend (Association de jeunesse fidèle à la patrie)», a expliqué le ministre de l'Intérieur Wolfgang Schäuble dans un communiqué. «Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger nos enfants et nos jeunes de ces enjôleurs», a-t-il poursuivi.

«Le HDJ, dans le cadre de réunions en apparence non-politiques, propageait une vision nationale-socialiste du monde auprès des enfants et des adolescents», a détaillé son ministère.

Les buts de l'organisation étaient de former une «élite» néo-nazie. «On y exhortait les enfants à maintenir "la pureté du sang" et à perpétuer "la nation allemande" tout en présentant les "étrangers" et les "Juifs" comme un danger pour "la nation allemande"», selon le communiqué du ministère.

Plusieurs perquisitions ont eu lieu mardi à l'aube dans quatre Länder (Etats régionaux) aux domiciles de dirigeants de la HDJ, qui se présentait aussi comme une association de défense de l'environnement et faisait l'objet d'une enquête de longue date.

«C'est une décision tardive mais totalement justifiée», a estimé auprès de l'AFP Hajo Funke, professeur spécialiste de l'extrême droite à l'Université Libre de Berlin. «La HDJ est une véritable organisation nationale-socialiste avec beaucoup d'influence. Beaucoup d'anciens membres de la Wiking Jugend (Jeunesse Viking) en font partie». Cette ancienne organisation de jeunesse d'extrême droite avait été interdite en 1994.

Une nouvelle organisation pourrait certes renaître sous un autre nom, mais probablement pas avant «des années», juge Hajo Funke. «Tout dépend de comment l'interdiction sera appliquée dans les Länder», estime-t-il.

L'organisation HDJ, fondée en 1990, compte environ 400 membres dans le pays, selon les estimations des services de renseignement intérieur allemands.

Elle est connue pour ses camps de vacances où enfants et adolescents, tous habillés en t-shirts blancs et pantalons noirs, sont soumis à une discipline militaire et à l'idéologie néo-nazie.

L'association reprenait des thématiques nazies : sur des photos d'un des camps du groupe prises en 2006, figurait à l'entrée du camp l'inscription «Der Heimat und der Volke treue» («Fidèle à la patrie et au peuple»), tandis que la tente des responsables portait le nom de «Führerbunker».

En août 2008, la police du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (nord-est) avait procédé à des contrôles dans un camp de vacances de la HDJ. Les policiers avaient découvert de nombreux objets ornés d'une croix gammée. Les 39 garçons et filles, âgés de 8 à 14 ans, et originaires de tout le pays, avaient été renvoyés dans leurs familles.

Eu égard à son passé nazi, l'Allemagne est particulièrement vigilante face à la mouvance néo-nazie, active en particulier dans l'ex-RDA déshéritée où les attaques racistes sont récurrentes, et s'interroge régulièrement sur l'opportunité d'interdire le parti néo-nazi NPD, ouvertement raciste, xénophobe et antisémite.

En février, quelque 6.000 neo-nazis avaient défilé à Dresde (est) pour célébrer l'anniversaire du bombardement de la ville par les forces Alliées en 1945, une des plus grandes manifestation de ce type depuis la Réunification allemande de 1990.

Les responsables de la HDJ ont un mois pour faire appel de la décision devant le tribunal administratif fédéral. S'ils ne respectent pas la dissolution, ils s'exposent à des amendes et une peine d'un an de prison.