La pandémie de COVID-19 s’accélère aux États-Unis et menace de submerger les réseaux hospitaliers de plusieurs régions durement touchées, alors que les tensions politiques à Washington compliquent les efforts en cours pour renverser la tendance.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

« Tous les chiffres sont à la hausse en même temps et il n’y a aucun plafonnement en vue. Il faut comprendre que nous sommes aux prises avec une crise chronique qui est maintenant devenue une urgence aiguë », commente Alexis Madrigal, l’un des cofondateurs du COVID Tracking Project, qui surveille de près l’évolution statistique de la situation au sud de la frontière.

Le nombre de nouveaux cas quotidiens de contamination a doublé entre le 7 octobre et le 4 novembre, passant de 50 000 à 100 000, et il a de nouveau augmenté de moitié en huit jours, pour atteindre le cap des 150 000, un sommet sans précédent depuis le début de la crise, relève-t-il.

De manière préoccupante, le nombre d’hospitalisations est aussi en forte hausse et excède désormais, avec près de 67 000 cas, le niveau atteint alors que la première vague était à son comble, au printemps.

Les décès augmentent dans la foulée et pourraient dépasser le cap des 2000 morts par jour prochainement, portant à plus de 400 000 le nombre de décès totaux au pays à la fin du mois de février, selon une projection de l’Institute for Health Metrics and Evaluation de l’Université de Washington.

M. Madrigal note que l’augmentation des hospitalisations démontre que la flambée du nombre des cas ne peut être strictement imputée à l’intensification des tests de dépistage, comme l’a suggéré à maintes reprises la Maison-Blanche.

Les États-Unis, dit-il, n’ont jamais réussi depuis le début de la pandémie à ramener les indicateurs sanitaires à un niveau « normal » et font actuellement face à une nouvelle vague particulièrement menaçante.

Une vague qui frappe tout le pays

« Alors que la première vague était surtout concentrée dans le nord-est du pays, là, c’est l’ensemble des régions du pays qui sont touchées. On ne peut pas déplacer de personnel médical d’une région à l’autre comme on l’avait fait pour la première vague, parce que ses services sont requis là où il est », relève M. Madrigal.

Les États du Midwest ont été cette fois les premiers à observer une recrudescence du nombre de cas qui se traduit notamment, au Dakota du Sud, par un taux d’hospitalisation de 686 cas par million d’habitants, soit plus de trois fois la moyenne nationale de 203 cas par million d’habitants, elle-même trois fois plus élevée que le taux québécois.

Le Washington Post rapportait cette semaine que des hôpitaux régionaux de cet État peinent à trouver des places pour transférer des patients ayant besoin de soins intensifs.

PHOTO MIKE MCCLEARY, ASSOCIATED PRESS

Doug Burgum, le gouverneur du Dakota du Nord

Au Dakota du Nord, le gouverneur Doug Burgum a annoncé que les autorités permettraient au personnel de la santé ayant contracté le virus sans développer de symptômes de continuer à travailler auprès de patients infectés parce que les hôpitaux sont bondés et ne peuvent se permettre de perdre des employés.

Bien qu’il rechigne à imposer le port du masque, le politicien républicain a suggéré à ses concitoyens de l’utiliser, le débordement des établissements de santé dans l’État étant « très réel ».

M. Madrigal note que des États plus populeux de la région comme l’Illinois et le Michigan enregistrent maintenant un nombre record de cas et risquent à leur tour d’être confrontés à un manque de ressources.

Une action vigoureuse attendue

L’analyste relève que l’annonce par Pfizer cette semaine de l’efficacité d’un vaccin en développement contre la COVID-19 est porteuse d’espoir, mais il ajoute qu’il faudra plusieurs mois avant que la donne ne change sur le terrain.

Une action vigoureuse des autorités fédérales est plus que jamais nécessaire d’ici là pour tenter d’endiguer la propagation du virus. Elle nécessite, dit M. Madrigal, un « leadership fort » qui fait actuellement défaut.

PHOTO MANDEL NGAN, AGENCE FRANCE-PRESSE

Donald Trump a pris parole vendredi après-midi à la Maison-Blanche.

Le président sortant, Donald Trump, n’est pratiquement pas intervenu à ce sujet depuis l’élection, concentrant ses énergies sur la contestation de la victoire annoncée de son adversaire démocrate Joe Biden.

Lors d’une rare sortie publique, il s’est félicité vendredi du rôle de son administration dans le développement du vaccin de Pfizer et a assuré que celui-ci permettrait de mettre rapidement fin à la crise sanitaire.

Donald Trump a réaffirmé que la hausse des cas enregistrés au pays était due au nombre de tests pratiqués et non à une aggravation dramatique de la situation et il a écarté le recours au confinement comme une approche efficace.

Les élus démocrates ont déploré cette semaine que la Maison-Blanche refuse de permettre au président désigné et à son équipe d’interagir avec les agences fédérales engagées dans la lutte contre la COVID-19.

M. Biden, qui exhorte ses concitoyens à porter le masque, a souligné que la situation ne l’empêcherait pas d’agir rapidement après son investiture, prévue le 20 janvier à Washington.

Le DAshish Jha, spécialiste de santé publique rattaché à l’Université Brown, au Rhode Island, a prévenu dans une tribune diffusée cette semaine par NBC que des dizaines de milliers d’Américains risquaient de mourir inutilement si de « mesquines chamailleries partisanes » font perdre trois mois au pays.

« Il n’y a pas une minute à perdre », a-t-il plaidé.