(Atlanta) Gantés et masqués, ils scrutent les enveloppes sous le regard d’observateurs méfiants : les agents publics chargés de dépouiller les bulletins de vote de l’élection présidentielle américaine tentaient jeudi de rester concentrés malgré l’énorme pression.   

Gianrigo MARLETTA et Sébastien VUAGNAT à Las Vegas
Agence France-Presse

Il ne reste que quelques centaines de milliers de suffrages à dépouiller dans tout le pays, mais ils décideront de ce scrutin déjà entré dans l’histoire.

Le travail des agents électoraux est scruté par les équipes de campagne de Donald Trump et de son adversaire Joe Biden, ainsi que par des journalistes venus du monde entier. Le président sortant et ses avocats dénoncent, sans preuve concrète, des risques de fraude massive pour faire élire le candidat démocrate.   

Les fonctionnaires reçoivent des caisses d’enveloppes contenant les bulletins de vote envoyés par courrier. Ils vérifient leur validité-la date limite d’envoi était mardi dans la plupart des États-puis entrent le bulletin dans une machine de comptage.  

Un nombre record d’électeurs a voté par correspondance cette année, en raison de la pandémie de COVID-19. Et depuis plusieurs semaines, les autorités locales ont averti — à raison — que le résultat final pourrait ne pas être connu mardi soir.

À l’extérieur de certains centres de dépouillement, comme à Philadelphie, en Pennsylvanie, des dizaines de partisans et d’opposants à Donald Trump se faisaient face jeudi, échangeant insultes et invectives.

« En sécurité »

La pression est forte aussi dans l’État de Géorgie, un fief républicain où l’avance de Donald Trump était de moins de 10 000 voix jeudi. Si Joe Biden inversait la tendance et remportait les 16 grands électeurs en jeu, il ferait un pas énorme vers la présidence.

Mais à l’intérieur de la State Farm Arena d’Atlanta, qui accueille habituellement l’équipe locale de NBA, l’ambiance est sereine.

Gabriel Sterling, le secrétaire d’État de Géorgie, chargé de l’organisation du scrutin, est « conscient » de l’écart infime entre les candidats.

« Les responsables des élections ressentent cette pression, ils le comprennent et travaillent dur », dit-il.

« Je leur tire mon chapeau de vivre ce processus en étant à ce niveau de surveillance », ajoute-t-il, soulignant de façon ferme que ses agents n’étaient « pas impliqués dans la fraude électorale » ou « dans la soustraction des votes ».

De l’autre côté du pays, les opérations se poursuivaient aussi à Las Vegas, dans le Nevada. Dans la capitale du jeu, les fonctionnaires ne veulent rien laisser à la chance alors que Joe Biden mène de 11 000 voix dans la course aux six grands électeurs de cet État désertique.

Et si le dépouillement semble fastidieux, la tension est élevée à cause des manifestations qui ont eu lieu mercredi soir devant le centre, explique Joe Gloria, responsable du comté de Clark, qui englobe Las Vegas.  

« Je peux vous dire que ma femme et ma mère sont très inquiètes pour moi, mais nous sommes en sécurité », témoigne-t-il.

« Je me sens en sécurité, ça va aller et on va continuer à compter les bulletins de vote », affirme-t-il. « On ne permettra à personne de nous empêcher de faire notre devoir ».