Un président Biden devrait composer avec un Sénat républicain, ce qui est loin d’être idéal pour lui.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Remporter la Maison-Blanche est une chose ; gouverner en est une autre.

Avec 48 sièges au Sénat jusqu’ici, les démocrates, en voie de garder leur majorité à la Chambre des représentants, ne semblent pas se diriger vers le contrôle du Sénat.

Quel impact cela aurait-il sur un président Biden si le Sénat devait lui échapper ?

« C’est toujours difficile quand le gouvernement est divisé, et surtout dans l’environnement politique actuel », explique en entrevue téléphonique Jaime A. Regalado, analyste politique et professeur émérite de sciences politiques à la California State University.

Remporter la Maison-Blanche et défaire Donald Trump, ce serait bien sûr une victoire importante pour les démocrates. Cela dit, les républicains au Sénat ainsi que la Cour suprême pourraient mettre un frein à plusieurs des grands projets d’un futur président Biden.

Ce serait également un combat pour faire approuver tout juge choisi par Joe Biden, note M. Regalado. « Dans ce scénario, les démocrates auraient tout de même la Chambre des représentants et la Maison-Blanche. Ils pourraient faire certaines choses, mais sans le Congrès au complet de leur côté, leurs pouvoirs sont limités, aucun doute là-dessus. »

Mercredi soir, l’Associated Press donnait 48 sièges de sénateur aux démocrates et 48 aux républicains, alors qu’au moins une course en Géorgie devra faire l’objet d’un deuxième tour en janvier.

Au Sénat, les démocrates ont engrangé un gain dans l’Arizona, où l’ancien astronaute Mark Kelly a chassé la sénatrice républicaine sortante Martha McSally. Ils ont aussi gagné au Colorado.

Mercredi soir, le démocrate Gary Peters a quant à lui remporté une course serrée contre son opposant John James, conservant de justesse son siège au Michigan.

Il faut 50 sièges pour qu’un parti puisse avoir le contrôle du Sénat : dans ce scénario, le vice-président des États-Unis vote pour briser l’impasse.

Opposition en bloc

Surtout depuis le second mandat de Barack Obama, les républicains au Congrès ont trouvé un avantage politique à s’opposer en bloc à tout ce que proposent les démocrates, et connaissent du succès auprès de leurs électeurs lorsqu’ils mettent ces tactiques en place, note Jaime A. Regalado.

Sous un président Biden, les républicains pourraient très bien être tentés de reproduire ce modèle, et de faire une opposition totale et absolue. Depuis l’élection de Trump, en 2016, les sénateurs se sont montrés prêts à le suivre dans tout ce qu’il entreprend, qu’il soit question de sélectionner un juge ou bien de bloquer une législation que Trump n’aime pas. Ce sont les républicains du Sénat qui ont fait la différence dans sa présidence.

Toutefois, un futur président Joe Biden pourrait exercer son pouvoir différemment. Il pourrait gouverner en utilisant le décret présidentiel, soit une directive signée de la main du président qui n’a pas à être entérinée par le Congrès. Barack Obama a utilisé cette technique durant sa présidence, et Donald Trump a signé plus de 140 décrets présidentiels depuis son arrivée au pouvoir, il y a bientôt quatre ans.

Les décrets présidentiels ont force de loi, mais sont considérés comme moins prestigieux que les lois adoptées par les élus au Congrès.

Joe Biden pourrait aussi s’occuper de la politique étrangère des États-Unis et accomplir certaines de ses promesses électorales, comme réintégrer l’Accord de Paris sur le climat. « Il faut attendre de voir ce qu’il fera, mais il serait certainement disposé à le faire », dit M. Regalado.