Plus d’un demi-million d’Américains en âge de voter vivent au Canada. Pour eux, le 3 novembre, c’est maintenant : les bulletins de vote par la poste ont commencé à arriver. Des milliers d’autres regardent d’un œil parfois soulagé, parfois amer cette élection pour laquelle ils ne pourront voter, après avoir renoncé à leur citoyenneté, souvent pour des raisons financières.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

« Les gens sont fébriles. Il y en a qui m’envoient un message en me disant : ‟ça y est, mon vote est à la poste”, ils sont tellement excités », raconte Randi Weitzner, présidente de la section montréalaise de Democrats Abroad.

Depuis des mois, l’énergique démocrate multiplie les appels et courriels à ses compatriotes pour les informer des procédures de vote de l’étranger et les convaincre de voter pour son candidat. Pour répondre aux inquiétudes, aussi, alors que le vote par la poste est remis en question par le président américain.

Democrats Abroad, avec ses comités présents dans 44 pays, fait partie de la structure du Parti démocrate et jouit même d’une représentation de 8 membres votants au Comité national démocrate. Dans une élection polarisante où chaque bulletin pourrait faire une différence, ses membres espèrent « faire sortir le vote » – par la poste, distance oblige.

« Au Michigan, en 2016, l’élection s’est jouée par 11 000 voix », rappelle Dianna English, du service des communications de l’organisation au Canada.

Avec quelque 516 300 Américains au Canada en âge de voter, selon les chiffres de 2018 du Federal Voting Assistance Program, c’est ici que l’on retrouve le plus d’expatriés des États-Unis. Leur poids pourrait avoir une importance.

Mais vivre à l’étranger offre aussi son lot d’inconvénients, et des milliers d’Américains renoncent chaque année à leur citoyenneté, même si leur passeport fait l’envie dans de nombreux pays.

Renonciation

Laura, retraitée vivant en Ontario, suit la campagne avec amertume. « Aucun des candidats ne s’est penché sur la situation des gens avec une double citoyenneté », dit la septuagénaire, qui ne veut pas révéler son nom de famille, mal à l’aise face au gouvernement américain.

Elle a renoncé à sa citoyenneté américaine en 2017, même si la décision l’a déchirée. « Ça fait partie de mon identité, c’est dans mon âme », explique celle qui a déménagé au Canada dans les années 70, mais pour qui l’appartenance restera toujours double.

Des milliers d’expatriés font comme elle, chaque année, souvent pour des raisons fiscales : le gouvernement américain exige une déclaration de revenus, sujette à impôts, à tous ses citoyens ou résidents étrangers, peu importe où ils habitent. Selon leur revenu et le système d’imposition en vigueur dans leur pays de résidence, ils ne doivent pas toujours verser de l’argent à l’Oncle Sam, mais le système comporte ses éléments irritants, disent ceux qui le dénoncent. « Des fois, tu ne dois rien, mais c’est tellement compliqué, tu dois embaucher des comptables et ça, ça coûte cher », souligne Laura.

La firme Moodys Tax a fait de la renonciation à la citoyenneté une spécialité. Le week-end dernier, ses spécialistes ont tenu un webinaire au Canada. « Je dirais qu’on aide de 400 à 700 personnes chaque année », dit Alex Marino, directeur, volet loi fiscale américaine.

Le début de l’année 2020 a fracassé des records de renonciations, dit-il.

Les abandons de citoyenneté américaine sont publiés chaque trimestre par le gouvernement américain. Selon les chiffres compilés par La Presse, on comptait 5313 renonciations à la citoyenneté américaine pour les six premiers mois de 2020, partout dans le monde. En 2019, ils étaient 2071. À la dernière année électorale, en 2016, le nombre s’élevait à 5409 pour les 12 mois.

Plateformes différentes

Moodys Tax se défend de faire de la politique. « Ce n’est pas de mes affaires pour qui les gens votent, précise M. Marino. L’important est de s’assurer que, peu importe l’issue de l’élection, en mettant les émotions de côté, la personne est à l’aise. »

L’Américain résidant à Calgary admet par contre ne jamais avoir vu « une aussi grande différence » entre les plateformes des deux grands partis en ce qui a trait à l’imposition. Le programme républicain est plus avantageux que les propositions démocrates pour les expatriés, juge-t-il.

« Je pense que si on regarde l’économie et les finances des gens, la plupart des gens peuvent conclure que la présidence de [Joe] Biden serait mieux [pour l’économie] pour tout le monde », défend Mme English.

Le président de Republicans Overseas au Canada, John Richardson, n’adhère pas lui non plus à l’idée d’une renonciation. L’organisme représente le Parti républicain à l’étranger, mais est beaucoup plus petit et ne compte pas sur la même structure que celui des démocrates. « Je passe du temps à tenter de faire changer la loi fiscale, dit-il. Je ne pense pas que les gens devraient faire du marketing sur la question de la renonciation. »

M. Richardson travaille lui-même dans le domaine, comme avocat ; il a accompagné des citoyens dans leurs démarches de renonciation. Mais il préfère continuer à se battre pour faire changer les lois de l’intérieur, afin que les Américains à l’étranger puissent conserver certains avantages liés à leur statut sans trop de désavantages.

Comme ses homologues démocrates, il espérait un envoi massif de bulletins de vote. « Il ne faut pas être des spectateurs, note-t-il. Le vote à l’étranger compte. »

Un débat présidentiel qui suscite l’exode ?

Déjà présenté par plusieurs observateurs comme le pire débat présidentiel de l’histoire des États-Unis, le premier affrontement entre Donald Trump et Joe Biden semble inciter des Américains à envisager de s’installer au Canada. C’est du moins ce qu’on constate à la vue des plus récentes tendances révélées par Google, qui note un pic important de recherches intitulées « Comment demander la citoyenneté canadienne » depuis mardi soir. Peu après 21 h, alors que le débat présidentiel était en ondes, les graphiques que le géant américain rend disponibles sur Google Trends montrent en effet des hausses de 70 points pour cette recherche en particulier, le tout par rapport à la région où elle est le plus utilisée (soit une valeur de 100). Jeudi, en matinée, cet indice se situait presque à son maximum, aux alentours de 99. C’est dans l’État du Massachussetts que les recherches pour l’obtention de la citoyenneté canadienne sont les plus fréquentes, selon l’entreprise. Suivent ensuite Washington, New York, le Michigan et la Pennsylvanie.

— Henri Ouellet-Vézina, La Presse

Quand un correspondant de Fox s’emporte contre les suprémacistes blancs

Chose rare : John Roberts, correspondant en chef de Fox News à la Maison-Blanche, s’en est pris en direct aux suprémacistes blancs qui le « harcèlent » sur Twitter. En effet, en conférence de presse jeudi, le journaliste a demandé à la porte-parole de la Maison-Blanche, Kayleigh McEnany si elle condamnait en tant que porte-parole du président les suprémacistes blancs. Ce à quoi elle a répondu que le président avait déjà été questionné de nombreuses fois à ce sujet et qu’il les avait toujours condamnés. John Roberts a défendu la légitimé de sa question et a terminé son intervention sur Fox News avec cette injonction : « Arrêtez de blâmer les médias. »