(New York) Du début à la fin de leur convention, Joe Biden et les démocrates n’ont pas pipé mot sur les violences qui accompagnent les manifestations contre la brutalité policière dans certaines villes américaines, dont Portland.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

Pendant leur grand-messe, Donald Trump et les républicains ont tout fait pour reléguer au second plan la pandémie de coronavirus, allant même jusqu’à bafouer les règles sur le port du masque et la distanciation physique.

Chaque camp a ainsi révélé une vulnérabilité que l’autre a tenté d’exploiter pendant sa convention et qui devrait alimenter ses attaques les plus soutenues d’ici à l’élection du 3 novembre.

La question est de savoir à quel argument les électeurs accorderont le plus d’importance. À celui de Joe Biden sur l’indifférence et l’incompétence de Donald Trump face à la COVID-19. Ou à celui de Donald Trump sur le chaos qui guette les États-Unis si son rival est élu.

Selon les sondages, les Américains se sont déjà formé une opinion largement négative sur la façon dont Donald Trump a géré la pandémie, qui a fait plus de 180 000 victimes et contribué à la perte de millions d’emplois aux États-Unis.

Mais le discours du président sur la « loi et l’ordre » pourrait convaincre des électeurs, et notamment ceux qui sont sensibles à l’argument de la peur et du racisme. Argument formulé de manière crue à la convention républicaine par Mark et Patricia McCloskey, couple de St. Louis célèbre pour avoir mis en joue des manifestants du mouvement Black Lives Matter.

« Ils veulent abolir complètement les banlieues en mettant fin au voisinage de maisons unifamiliales », a déclaré la femme en dénonçant des politiques démocrates en matière de logement qui « amèneraient la criminalité, l’anarchie et des appartements de mauvaise qualité dans des quartiers de banlieue prospères ».

« Ne vous y trompez pas : peu importe où vous vivez, votre famille ne sera pas en sécurité dans l’Amérique des démocrates radicaux. »

Un mort à Portland

Joe Biden est conscient du danger que représente le discours de Donald Trump pour ses chances de remporter l’élection présidentielle. Aussi a-t-il publié dimanche une déclaration condamnant « toute forme de violence de la part de quiconque, que ce soit à gauche ou à droite ».

« Et je mets au défi Donald Trump de faire de même », a-t-il ajouté en accusant le président d’« attiser les flammes de la haine » et d’« encourager imprudemment la violence ».

Le candidat démocrate réagissait à la mort par balle d’un homme affilié à un groupe d’extrême droite samedi soir à Portland. La victime a été atteinte à la poitrine au cours d’une soirée d’affrontements entre des manifestants contre la brutalité policière et des centaines de partisans de Donald Trump qui ont défilé dans les rues de cette ville d’Oregon à bord de camions ornés de drapeaux.

« Nous ne devons pas devenir un pays en guerre avec lui-même », a déclaré Joe Biden, qui devrait reprendre ce thème lundi à l’occasion d’un déplacement en Pennsylvanie au cours duquel il reprochera notamment à son rival d’agiter le spectre du chaos pour faire oublier sa gestion de la COVID-19.

Le discours du président sur la « loi et l’ordre » comporte des risques. Certains de ses critiques ont déjà établi un lien entre sa rhétorique et les événements de Portland ainsi que ceux de Kenosha, au Wisconsin, théâtre de l’affaire Jacob Blake, où Kyle Rittenhouse, un partisan de Donald Trump, a été inculpé de meurtre la semaine dernière.

Dimanche matin, le président a suscité la controverse en retweetant le gazouillis d’un youtubeur qui a invoqué les actions de Rittenhouse pour justifier son appui à Donald Trump. Dans un de ses propres tweets, il a par ailleurs qualifié ses partisans présents à Portland de « grands patriotes ».

C’est dans ce climat de hautes tensions que le président doit visiter mardi Kenosha pour rencontrer des membres des forces de l’ordre locaux et constater les dégâts causés par les émeutes de la semaine dernière. Dans une lettre rendue publique dimanche, le gouverneur démocrate du Wisconsin, Tony Evers, l’a prié d’annuler cette visite qui ne pourrait selon lui « que nuire à notre guérison ».

> Lisez la lettre de Tony Evens à Donald Trump

États-clés, débats et surprises

Les déplacements de Joe Biden et Donald Trump marqueront une nouvelle phase de la campagne présidentielle. Une phase qui se déroulera sur un champ de bataille plus vaste que celui de 2016. Les deux camps consacreront une bonne partie de leur temps et de leur argent dans six États-clés qui ont préféré Donald Trump à Hillary Clinton par des marges infimes ou relativement faibles : Arizona, Floride, Caroline du Nord, Pennsylvanie, Wisconsin et Michigan.

Joe Biden tentera cependant d’étendre ce champ de bataille à quatre États que la candidate de son parti a ni plus ni moins cédés à son rival en 2016, soit la Géorgie, le Texas, l’Iowa et l’Ohio, alors que Donald Trump tentera de ravir aux démocrates le Minnesota, le New Hampshire et le Maine.

Les traditionnels débats entre les candidats à la présidence et à la vice-présidence constitueront des moments charnières de cette nouvelle phase de la campagne. Le premier des trois duels présidentiels se tiendra le 29 septembre à Cleveland, en Ohio. Il sera suivi le 7 octobre par l’unique débat entre Mike Pence et Kamala Harris, qui aura lieu à Salt Lake City, en Utah.

Et, comme dans toutes les bonnes campagnes, il y aura des surprises. Donald Trump pourrait annoncer la découverte d’un nouveau vaccin contre la COVID-19, un rebondissement que ses stratèges appellent de tous leurs vœux. Son fidèle allié à la Justice, William Barr, pourrait de son côté rendre public un rapport sur les origines de l’enquête russe susceptible de l’aider.

Dans les deux cas, Joe Biden et les démocrates pourraient avoir de bonnes raisons d’émettre des doutes sur la crédibilité ou le bien-fondé de ces surprises. Mais un fait est indéniable : Donald Trump et son entourage ont à leur disposition des moyens qui expliquent pourquoi il n’est pas facile de déloger un président en exercice.