La vaccination infantile s’est effondrée aux États-Unis avec la COVID-19. Depuis la mi-mars, le nombre de bébés qui reçoivent le vaccin de la rougeole est deux fois moins important que la normale, et la chute est dix fois plus importante chez les enfants de 2 ans et plus. Une situation « terriblement inquiétante », dénonce l’Académie américaine de pédiatrie.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Il n’y a pas encore de chiffres à ce sujet pour le Canada, mais à la fin d’avril, la Société canadienne de pédiatrie s’inquiétait d’une telle possibilité, en « encourageant vivement les parents et les dispensateurs de soins à maintenir le calendrier de vaccination systématique des enfants et des adolescents du Canada malgré la pandémie de COVID-19 ».

La présidente du Collège québécois des médecins de famille, Caroline Laberge, a eu certains échos de problèmes de ce genre, mais pas à l’extérieur de la métropole. « J’ai entendu parler de certains retards dans la région de Laval, mais dans la ville de Québec, la vaccination pédiatrique continue comme d’habitude », dit la Dre Laberge.

« Oui, il y a diminution, mais pas [assez importante] pour dire que c’est un effondrement comme aux États-Unis, à l’exception de la vaccination scolaire, bien sûr, car il n’y a pas d’école », dit la Dre Maryse Guay, spécialiste de la vaccination à l’Université de Sherbrooke.

« Au Québec, on a les données sur les doses administrées enregistrées au registre de vaccination qui montrent une diminution, mais il avait été recommandé en mars de retarder la vaccination des nourrissons au besoin si les ressources n’étaient pas disponibles, poursuit-elle. Avec le retour en CPE et le déconfinement, il devient impératif que la vaccination des nourrissons reprenne dans les plus brefs délais, tout en respectant les règles de distanciation et de sécurité en prévention de la transmission de la COVID-19. »

« C’est un énorme problème potentiel pour le Canada », a dit en entrevue la responsable du dossier à la Société canadienne de pédiatrie, Joan Robinson, de l’Université de l’Alberta.

Nous n’avons pas de registre central d’immunisation, et la plupart des infirmières et des médecins de santé publique sont complètement submergés par la réponse à la COVID-19.

Joan Robinson

« Il nous faudra quelques mois pour comparer les données de ce printemps avec celles de l’an dernier. »

La CBC a récemment rapporté qu’à Toronto, une clinique de médecine familiale avait mis sur pied une clinique de vaccination à l’auto parce que les parents avaient peur de se présenter à la clinique avec leur enfant.

Les données américaines dévoilées vendredi par les Centres de contrôle et de prévention des maladies des États-Unis (CDC), qui portent sur un programme de vaccination gratuite, montrent que le nombre de vaccins contre la rougeole, la rubéole et les oreillons donnés à des enfants de 2 ans et moins a baissé de 2500 par semaine à 2000 par semaine entre la mi-janvier et le début de mars, puis à moins de 1000 à la fin de mars, avant de remonter légèrement à 1200 par semaine à la mi-avril.

Pour ce qui est des rappels après deux ans, le taux est passé de 2500 doses par semaine à une centaine par semaine au début de mars, sans augmentation notable depuis.

Les prévisions sont encore pires : les commandes de doses de vaccins infantiles aux États-Unis sont inférieures de 6 millions cette année, par rapport au total de doses commandées entre janvier et avril 2019.

Le problème de la rougeole

La rougeole est redevenue un problème de santé publique en Occident. En juin dernier, la revue Pediatrics a affirmé que les personnes avec un bébé de 6 mois et moins n’étant pas encore protégé par la vaccination antirougeole devaient éviter de voyager en France et en Italie, où une proportion importante de parents ne font pas vacciner leur enfant.

Le nombre de cas de rougeole est normalement inférieur à 5 par année au Québec, mais l’an dernier, une éclosion dans la communauté hassidique de Kiryas Tosh, à Boisbriand, avait porté ce total à 49.

Avant le début de la vaccination au Québec, plus de 100 000 enfants contractaient la rougeole chaque année. La dernière épidémie a eu lieu en 1989, avec 10 000 cas, qui ont entraîné 656 hospitalisations et 7 morts. En 2015, une éclosion a touché 159 personnes dans Lanaudière, pour la plupart des membres de la Mission de l’Esprit-Saint, secte opposée à la vaccination. 

La maladie avait été importée par un voyageur de Californie, où sévissait alors une épidémie dans des communautés opposées à la vaccination pour des raisons philosophiques. En 2011, 725 Québécois, dont 29 bébés de 1 an et moins, avaient été infectés par des voyageurs ayant contracté la rougeole en France.

En bref

De l’espoir en un antiviral anti-VIH

Deux antiviraux utilisés contre le VIH peuvent accélérer la guérison de patients atteints de la COVID-19, selon une nouvelle étude publiée dans la revue The Lancet. Le lopinavir et le ritonavir, qui étaient aussi testés pour un autre coronavirus touchant les humains, responsable du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), entravent l’activité de la quinzaine de gènes du virus impliqués dans le « complexe de réplication », à la source de la multiplication du virus à l’intérieur de la cellule infectée. Ils avaient fait l’objet de verdicts positifs et négatifs lors d’essais cliniques sans groupe témoin. Toutefois, les résultats du Lancet, obtenus auprès de 166 patients de Hong Kong, montrent qu’il faut donner les médicaments dans la semaine suivant l’apparition des symptômes, et les deux antiviraux anti-VIH avaient été accompagnés d’un autre médicament visant le système immunitaire, un interféron.

Tensions sino-américaines en recherche

Une importante étude sur les coronavirus des chauves-souris n’a pas été reconduite par les Instituts nationaux de la santé des États-Unis (NIH). L’étude, menée par une ONG de recherche américaine, EcoHealth Alliance, était faite depuis cinq ans en collaboration avec le laboratoire de virologie qui a été la cible cette semaine de l’administration Trump, qui la soupçonne être à la source du SARS-CoV-2. En éditorial, la revue Science dénonce la fin du financement de ces importantes recherches. « On nous demande de croire que cet éminent projet a été interrompu parce qu’il n’était pas “aligné” sur les priorités de recherches des NIH, alors même que l’objectif était de prévenir la prochaine pandémie humaine provenant d’un coronavirus des chauves-souris en Chine », déplore Science.