(Québec) La compagnie américaine 3M affirme que l’administration Trump a exigé qu’elle cesse d’exporter des masques N95 vers le Canada, dans un communiqué émis vendredi matin par l’entreprise.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« L’administration a exigé que 3M cesse d’exporter des respirateurs que nous fabriquons aux États-Unis vers les marchés canadien et latino-américain », révèle le communiqué.

« Il y a cependant des implications humanitaires importantes à cesser l’exportation de respirateurs aux travailleurs de la santé au Canada et en Amérique latine, où nous sommes un fournisseur critique de respirateurs », s’inquiète cependant l’entreprise.

À noter que 3M appelle ses masques N95 des « respirateurs ». Il s’agit de la même chose, soit d’un masque qui filtre des particules extrêmement fines. Il est particulièrement utile dans la lutte contre la COVID-19. Les deux mots sont interchangeables.

La réponse de 3M survient au lendemain d’une sortie du président Donald Trump. Sur Twitter, il s’en est pris à l’entreprise jeudi soir : « Nous avons frappé 3M durement après avoir vu ce qu’ils faisaient avec leurs masques », a écrit le président des États-Unis.

Celui-ci indiquait aussi que l’entreprise avait été frappée par le « P Act ». Il s’agit du Defense Production Act (DPA), une loi qui remonte à la Guerre de Corée. Elle permet à l’administration d’imposer certaines choses aux manufacturiers, par exemple le type de produits qu’ils fabriquent en priorité.

Les États-Unis ont par exemple demandé que 3M importe davantage de masques N95 de ses usines à l’étranger. « Cette semaine, nous avons garanti de la Chine l’exportation vers les États-Unis de 10 millions de respirateurs N95 fabriqués par 3M en Chine », indique 3M dans son communiqué.

3M met Washington en garde

Dans son communiqué, 3M se montre très réticente à l’idée de cesser ses livraisons au Canada. Mais l’entreprise peut-elle résister à l’ordre de Washington ?

Un mémo de la Maison-Blanche publié jeudi soir laisse entendre que l’entreprise a les mains liées. Le secrétaire à la Sécurité intérieure « doit utiliser toute l’autorité prévue sous l’Acte pour acquérir, de tout subsidiaire ou affilié de 3M, le nombre de respirateurs N95 jugé approprié », peut-on lire dans le document signé par Donald Trump.

Mais l’entreprise met en garde Washington. Agir de la sorte pourrait engendrer une réplique des autres pays.

« Cesser l’exportation de respirateurs produits aux États-Unis pousserait probablement d’autres pays à répliquer et à faire la même chose, écrit sans détour 3M dans son communiqué. Certains ont déjà commencé à le faire. »

« Si cela se produisait, le nombre de respirateurs disponibles aux États-Unis serait réduit en vérité. C’est l’inverse de ce que nous et l’Administration, pour le compte du peuple américain, recherchons. »