A peine posé sur le pont, l'hélicoptère ouvre ses portes aux secouristes: très vite, ils sortent un Haïtien blessé sur une civière. Puis deux. Puis trois. Puis quatre. Depuis son arrivée, le navire-hôpital américain Comfort est en ébullition.

Daphné Benoit AGENCE FRANCE-PRESSE

Multiples fractures, traumatismes crâniens, plaies béantes... Dans la principale salle de soins de l'immense navire arrivé mardi soir, les corps allongés portent les douloureuses traces du séisme du 12 janvier, qui a fait au moins 110 000 morts et 190 000 blessés.

Une petite fille, une jambe dans le plâtre et le bras gauche dans une attelle, est alitée, hagarde, à côté d'un renard en peluche. A côté d'elle, une dizaine de médecins s'affairent autour d'une femme pour l'aider à respirer.

Deux lits plus loin, les pieds d'un jeune garçon dépassent des couvertures. Soigné par un médecin, il hurle de douleur.

«Le Comfort a déjà accueilli 221 patients», des enfants pour près de la moitié, explique le porte-parole du navire, le lieutenant Bashon Mann.

Et ce n'est qu'un début pour l'immense bâtiment blanc orné de croix rouges, venu de Baltimore (Maryland, est des Etats-Unis) à la rescousse des hôpitaux débordés de la capitale haïtienne.

Le ministère haïtien de la Santé choisit les cas les plus graves qui bénéficieront de soins de pointe à bord du navire-hôpital.

«Nous recevons une quantité énorme de gens. Ca ne s'arrête jamais, heure après heure. Et on s'attend à ce que ça dure des semaines, voire des mois», explique à l'AFP le commandant William Todd, pédiatre-orthopédiste aux traits fatigués.

La Marine américaine offre aux familles des patients de loger à bord, mais «beaucoup viennent seuls, car tellement de gens sont morts».

Le Comfort, qui dispose de 1 000 lits, de six salles d'opération et d'équipements dernier cri, peut répondre à une grande variété de situations, de la blessure légère aux opérations chirurgicales complexes.

«Beaucoup d'entre eux viennent ici parce que leurs blessures se sont infectées», forçant parfois à amputer pour éviter la gangrène, confie le médecin.

Mais «ce qui est extraordinaire avec les enfants, c'est qu'ils s'adaptent vite, comme s'il ne s'était rien passé», dit-il, avant de s'interrompre pour examiner une patiente qui vient d'arriver sous perfusion.

«On prend en charge les pires blessés. Quand on fait ça, on sait que certains vont mourir».

Dehors, depuis une heure, le ballet des évacuations n'a pas cessé. A peine délesté d'une nouvelle victime, boiteuse et le bras en écharpe, un hélicoptère SeaHawk redécolle pour laisser la place à un nouvel appareil.

En milieu d'après-midi, 40 avaient déjà atterri ce vendredi sur le pont du Comfort, entouré d'une demi-douzaine d'imposants navires américains participant à la mission humanitaire.

Devant l'ampleur de la tâche, les Etat-Unis envisagent de dépêcher un autre hôpital flottant, le Mercy, au large de Port-au-Prince, selon le capitaine du navire, Robert Holley.