La nappe de pétrole du golfe du Mexique a commencé vendredi à souiller les côtes de Louisiane, laissant présager l'une des pires marées noires de l'histoire des Etats-Unis, où elle a été déclarée «catastrophe nationale».

Allen Johnson AGENCE FRANCE-PRESSE

Avec 800 000 litres de pétrole s'échappant chaque jour du puits foré sous la plateforme qui a sombré le 22 avril, la catastrophe pourrait dépasser en ampleur celle de l'Exxon Valdez, la pire de l'histoire américaine, en 1989 au large de l'Alaska.

La superficie de la nappe était évaluée à plus de 1500 km2, soit la taille d'une grande agglomération comme celle de Londres.

Poussées par de forts vents de sud-est, les premières plaques de pétrole libérées par le naufrage de la plateforme Deepwater Horizon avaient touché dès jeudi soir des marais proches de l'embouchure du Mississippi.

«Pour les oiseaux, c'est le pire moment: c'est la période de reproduction et de nidification», a observé Melanie Driscoll, de l'association écologiste Audubon Society. Les marais côtiers de Louisiane constituent un sanctuaire pour la faune et des barrages flottants ont été déployés sur près de 50 km pour tenter d'endiguer la nappe de pétrole.

Une partie des eaux du Mississippi, le plus grand fleuve du pays, était détournée en direction des marais afin de repousser la marée noire, a indiqué Wilma Subra, de l'organisation écologiste Louisiana Environmental Action Network.

État d'urgence

Bobby Jindal, le gouverneur de la Louisiane déjà sinistrée par le passage en 2005 de l'ouragan Katrina, a décrété jeudi l'état d'urgence et demandé l'envoi de 6000 réservistes de la Garde nationale. Le Pentagone a autorisé vendredi soir le déploiement de la garde nationale de Louisiane.

M. Jindal a également annoncé que des prisonniers seraient enrôlés pour nettoyer les côtes.

Le gouvernement américain a décrété la marée noire «catastrophe nationale», ce qui permet l'utilisation de moyens venant de tout le pays.

A la demande du président Barack Obama, une réunion de plus d'une heure s'est tenue entre ses principaux ministres et responsables de l'environnement, dont la secrétaire à la Sécurité intérieure Janet Napolitano et le secrétaire à la Défense Robert Gates, «pour faire en sorte que les ressources fédérales soient complètement intégrées à la réponse» à la catastrophe, a-t-on appris auprès de la Maison Blanche.

La nappe de pétrole menace aussi le Mississippi, l'Alabama et la Floride, où l'état d'urgence a été proclamé vendredi. Le gouverneur de Floride, Charlie Crist, a annoncé un risque «de catastrophe de grande envergure» dans cet Etat très axé sur le tourisme.

Plaintes déposées

La plateforme pétrolière, exploitée par le groupe britannique BP à 70 km des côtes, a coulé après une explosion et un incendie survenus deux jours plus tôt. Onze personnes sont portées disparues.

Au moins huit plaintes avaient été déposées vendredi devant des tribunaux des régions menacées, essentiellement par des professionnels de la mer qui accusent BP de «négligence».

BP «assume toute la responsabilité de la marée noire et la nettoiera», a indiqué vendredi une porte-parole du groupe, précisant que le Britannique paierait des dommages et intérêts.

Mais Janet Napolitano a appelé vendredi BP à en faire davantage, lors d'un déplacement sur place. La Maison Blanche a fait savoir que M. Obama lui-même n'excluait pas de se rendre dans les régions menacées.

M. Obama a demandé à son administration de lui remettre dans les 30 jours un rapport d'enquête sur les circonstances de l'accident et les mesures éventuelles à prendre pour éviter qu'une telle catastrophe se reproduise et a rappelé que l'exploitation pétrolière devait se faire «de façon responsable».

Le président avait troublé les écologistes en annonçant en mars la fin d'un moratoire sur l'exploitation pétrolière en mer, dans l'espoir de rallier des soutiens à une loi de réduction des émissions de gaz à effet de serre.