L'ex-directeur du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn (DSK), qui a vu sa carrière politique torpillée par ses démêlés ultramédiatisés avec une femme de chambre new-yorkaise, doit de nouveau rendre des comptes dans une affaire de moeurs.

Mis à jour le 22 févr. 2012
Marc Thibodeau LA PRESSE

L'ancien héraut de la gauche répond depuis mardi aux questions des juges chargés de «l'affaire du Carlton», du nom de l'hôtel de luxe à Lille, dans le nord de la France, d'où opérait un important réseau de proxénétisme.

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Le nom de M. Strauss-Kahn a surgi à plusieurs reprises dans le cadre de l'enquête, qui a mené à ce jour à la mise en examen de huit personnes.

Deux des accusés, David Roquet et Fabrice Paszkowski, sont soupçonnés d'avoir organisé au profit de l'ex-administrateur du FMI des rencontres libertines auxquelles participaient des prostituées.

L'ancien ministre des Finances, qui a longtemps été pressenti comme le candidat socialiste pour l'élection présidentielle d'avril 2012, est arrivé mardi matin à Lille en présence de son avocate française pour être entendu.

Il risque d'être mis en examen pour «complicité de proxénétisme» et «recel d'abus de biens sociaux» à l'issue de sa garde à vue, prévue pour 48 heures.

«Prestations» rémunérées

Les enquêteurs cherchent à déterminer si M. Strauss-Kahn était conscient du fait que les femmes participant aux rencontres libertines, tenues dans des hôtels à Paris et à Washington en 2010 et en 2011, étaient payées. Ils veulent aussi déterminer s'il savait que ces coûts étaient remboursés par la firme de M. Roquet, qui dirigeait une filiale du géant Eiffage, ou celle de M. Paszkowski, propriétaire d'une société médicale à Lens.

Les deux entrepreneurs ont déclaré, lors d'interrogatoires, que M. Strauss-Kahn ignorait que les femmes en question se prostituaient.

Les médias français ont cependant fait état de messages téléphoniques envoyés par l'ex-directeur du FMI dans lesquels il demande à M. Paszkowski de le rejoindre avec une «demoiselle» ou du «matériel». Une des prostituées a déclaré par ailleurs que «l'ensemble des personnes présentes ne pouvait pas ignorer» que sa «prestation serait rémunérée».

L'avocat du principal intéressé, Henri Leclerc, a déclaré en décembre que son client «pouvait facilement ignorer» que les femmes présentes étaient payées. «Dans ces soirées, on n'est pas forcément habillé. Et je vous défie de distinguer une prostituée nue d'une femme du monde nue», a-t-il souligné.

Poursuite américaine

Les plus récents développements dans l'affaire du Carlton sont suivis de près aux États-Unis par les avocats de la femme de chambre du Sofitel, Nafissatou Diallo, qui a porté plainte pour viol contre Dominique Strauss-Kahn en mai.

La justice américaine a finalement abandonné les poursuites durant l'été sur la base d'incohérences dans son témoignage. La poursuite civile suit cependant son cours. Le juge chargé du dossier doit déterminer à la fin du mois de février si l'ex-directeur du FMI est protégé par l'immunité diplomatique dont il disposait dans le cadre de ses fonctions.

Les avocats de Mme Diallo affirment avoir identifié «plusieurs femmes» prétendument victimes de sévices en France qui sont disposées à aller déposer contre l'ex-ministre des Finances. Ils espèrent aussi recevoir le soutien de l'écrivaine Tristane Banon, qui a porté plainte pour tentative de viol contre M. Strauss-Kahn l'année dernière. La justice française a classé l'affaire à l'automne en soulignant que les faits en cause étaient prescrits.

L'ex-candidat socialiste, qui dispose d'un luxueux appartement à la place des Vosges, au coeur de Paris, reste discret depuis. Il a brièvement attiré l'attention des médias en décembre en se rendant en Chine pour participer à un forum économique.

Le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon, a précisé qu'il n'agissait pas à titre d'envoyé pour la formation de gauche. M. Strauss-Kahn, a-t-il rappelé, «n'est plus un acteur de la vie politique nationale».

La femme de M. Strauss-Kahn, la journaliste Anne Sinclair, a récemment pris la direction de la section française du Huffington Post. Le site traitait mardi en manchette des dernières tribulations juridiques de l'ancien directeur du FMI.