Le président tunisien et le chef de la diplomatie allemande ont lancé mercredi des appels à négocier à l'adresse de l'opposition, qui réclame la démission du gouvernement, afin d'éviter que la crise politique se mue en scénario sanglant à l'égyptienne.

Mis à jour le 14 août 2013
AGENCE FRANCE-PRESSE

Depuis l'assassinat le 25 juillet du député Mohamed Brahmi, les détracteurs du parti islamiste au pouvoir Ennahda ont exclu toute négociation tant que le cabinet actuel n'aura pas été remplacé par des indépendants et l'Assemblée nationale constituante, élue en octobre 2011, dissoute.

Le président Moncef Marzouki a estimé dans un communiqué que «ce qui se passe en Égypte montre la nécessité pour tous les partis politiques en Tunisie de s'assoir à la table des négociations en s'attachant à la légitimité et à la démocratie (...) et s'abstenir de la rhétorique incitant les Tunisiens à la confrontation».

Dans l'après-midi, le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle, venu à Tunis pour tenter une médiation entre pouvoir et opposition, a repris ce même argument.

«Bien sûr la Tunisie n'est pas l'Égypte et l'Égypte n'est pas la Tunisie, mais ce qu'il se passe en Égypte actuellement ne doit pas avoir lieu en Tunisie, c'est pourquoi il est important de bâtir des ponts» entre les deux camps, a-t-il jugé à l'issue d'une rencontre avec le président Marzouki.

«Nous estimons que toutes les forces de la Tunisie doivent se retrouver pour trouver une solution commune aux problèmes. Le processus (de rédaction) de la Constitution doit se poursuivre», a ajouté M. Westerwelle qui doit encore rencontrer le premier ministre Ali Larayedh, les dirigeants du puissant syndicat UGTT et des partis d'opposition.

Au moins 149 personnes ont été tuées mercredi en Égypte dans la dispersion sanglante au Caire des manifestations réclamant depuis plus d'un mois le retour du président islamiste Mohamed Morsi destitué par l'armée.

Des représentants d'Ennahda, qui dirige le gouvernement, accusent régulièrement leurs détracteurs de vouloir fomenter un «coup d'État» en prenant exemple sur le renversement de Mohamed Morsi.

Ennahda a rejeté dès lors tous les appels à quitter le pouvoir et proposé en retour des pourparlers sur la formation d'un gouvernement d'union nationale et des élections en décembre.

Les opposants, revigorés après avoir mobilisé une vaste manifestation mardi, près de trois semaines après le début de la crise politique, ont durci leur position.

Ils ont annoncé mardi le début d'une campagne «dégage» - mot d'ordre de la révolution de 2011 - visant les autorités locales et qui doit culminer avec la chute du gouvernement la semaine du 24 août.

Le gouvernement leur a adressé en retour une vive mise en garde.

«Le conseil des ministres met en garde contre la gravité des appels à l'agression contre les institutions de l'État, contre les biens publics et privés sous le prétexte du changement et de l'opposition au gouvernement», a déclaré mercredi à la presse Nourredine Bhiri, numéro deux de l'équipe gouvernementale.

«Le dialogue est la seule issue pour résoudre les problèmes. (...) Il n'y a aucune autre voie pour arriver au pouvoir que celle des urnes», a-t-il encore dit.

Le gouvernement actuel est accusé d'avoir failli sur le plan sécuritaire, l'essor de la mouvance salafiste déstabilisant régulièrement le pays depuis la révolution de janvier 2011. Un premier cabinet dirigé par Ennahda avait déjà dû démissionner après l'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd en février.