Alors que les yeux du monde sont tournés vers l'Égypte, la guerre civile fait toujours rage en Syrie, obligeant des millions de personnes à fuir les zones de combat. Le Kurdistan irakien a décidé hier de limiter à 3000 le nombre de réfugiés syriens qui auront le droit d'entrer quotidiennement au pays. La semaine dernière, plus 30 000 Kurdes syriens sont entrés en Irak, fuyant les combats entre les forces kurdes et les rebelles islamistes en Syrie.

Mis à jour le 21 août 2013
Éric-Pierre Champagne LA PRESSE

Les autorités irakiennes avaient déjà fermé la frontière en mai dernier, craignant de voir le conflit syrien dégénérer de leur côté. Ces restrictions avaient cependant été levées le mois dernier, permettant à nouveau aux Kurdes syriens de trouver refuge dans le nord de l'Irak.

Selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) de l'ONU, plus de 1,9 million de Syriens ont fui leur pays jusqu'à présent. L'organisme estime que le bilan pourrait grimper à 3,4 millions de réfugiés d'ici la fin de l'année. Selon Kyle Matthews, directeur de l'Institut montréalais sur les génocides et les droits humains, la situation pourrait empirer si la guerre civile atteignait la capitale, Damas.

Et le pire, c'est que c'est justement ce que prévoit Kyle Matthews. «Je ne vois pas d'espoir en ce moment. Il n'est pas question de retourner ces réfugiés dans leur pays et pour l'instant, je ne vois pas de solution à la guerre civile.» Selon M. Matthews, la situation est fragile dans toute la région. «S'il fallait en plus qu'une guerre civile ne commence en Égypte...»

Les organismes sur le terrain se préparent donc à une crise humanitaire qui pourrait durer des années. Mais faute de fonds suffisants, apporter de l'aide à tous ces réfugiés pourrait s'avérer impossible. Avant même le déclenchement de la crise égyptienne, l'ONU déplorait déjà le manque de fonds internationaux pour l'aide humanitaire aux réfugiés, soulignant avoir reçu seulement la moitié des 12,9 milliards de dollars attendus pour l'année 2013.

Pendant ce temps, plus de 6000 personnes par jour quittent la Syrie, selon le HCR. Et aucune solution ne semble poindre à l'horizon pour ces réfugiés, estime Kyle Matthews. «Si nous ne les retournons pas dans leur pays, il faut alors envisager de les envoyer dans un autre pays. Le problème, c'est que personne n'en veut.»

Où vont les réfugiés syriens?

Liban

696 195 réfugiés

Le Haut commissariat aux réfugiés estime que ce nombre pourrait atteindre 1 million de personnes d'ici la fin de l'année, alors que le Liban compte 4,3 millions d'habitants.

Jordanie

516 990 réfugiés

L'un des deux camps de réfugiés du pays est l'équivalent de la quatrième ville en importance en Jordanie, avec plus de 123 000 réfugiés. La majorité des Syriens n'a cependant pas trouvé refuge dans un camp officiel du HCR.

Turquie

440 757 réfugiés

La Turquie a elle aussi limité le nombre de réfugiés pouvant entrer au pays, une décision dénoncée par la communauté internationale. On trouve une vingtaine de camps de réfugiés le long de la frontière entre la Syrie et la Turquie.

Irak

154 935 réfugiés

Le plus important camp se trouve à Dohuk, dans le nord du pays, où près de 97 000 personnes ont trouvé refuge. La frontière vient d'être rouverte aux réfugiés syriens, mais pour combien de temps?

Égypte

109 563 réfugiés

Selon Kyle Matthews, les Syriens qui trouvent refuge en Égypte sont généralement ceux qui ont les moyens de se payer un billet d'avion puisque le pays n'est pas limitrophe à la Syrie. «Mais si la crise perdure en Égypte, on risque de voir moins de Syriens s'y réfugier», affirme-t-il.

Source: Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU