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Vers un «coup d'État de velours» au Pakistan?

Des partisans d'Imran Khan manifestent devant le Parlement... (PHOTO AAMIR QURESHI, ARCHIVES AFP)

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Des partisans d'Imran Khan manifestent devant le Parlement pakistanais dans la «zone rouge», à Islamabad, le 21 août.

PHOTO AAMIR QURESHI, ARCHIVES AFP

Guillaume LAVALLÉE
Agence France-Presse
ISLAMABAD

Le Pakistan s'est enfoncé dans la crise cette semaine avec la fronde antigouvernementale menée par l'opposant Imran Khan, les yeux étant désormais rivés sur l'armée qui pourrait dénouer l'impasse à la faveur d'un «coup d'État de velours».

L'ex-vedette du cricket au look de playboy rebelle Imran Khan avait surfé il y a trois ans sur une immense vague de popularité grâce à son aura et ses discours passionnés contre un gouvernement à bout de souffle.

Mais il n'avait pas réussi à se maintenir à ce niveau pour remporter les élections législatives de mai 2013, qui ont porté au pouvoir Nawaz Sharif, un industriel terne doté de forts appuis dans son fief du Penjab, la plus peuplée du Pakistan.

Imran Khan et son acolyte Tahir ul-Qadri, un imam ayant vécu sept ans au Canada, qui est la tête d'un réseau d'écoles et de mosquées au Pakistan, ont ainsi repris leur bâton de pèlerin la semaine dernière pour exiger la démission de M. Sharif, dont ils estiment l'élection truffée de fraudes.

Les deux opposants avaient promis un «tsunami» d'un million de manifestants pour leur marche de la «révolution» pour Qadri, de la «liberté» pour Khan, sur la capitale Islamabad.

Si MM. Khan et Qadri ne sont pas parvenus à réunir ce million, ils ont néanmoins réussi à maintenir des milliers de manifestants à leurs côtés, voire à déplacer la contestation dans la «zone rouge», secteur hyper-sécurisé où sont situés le Parlement, les ambassades et la résidence du premier ministre.

Et alors que des pourparlers avaient timidement débuté entre les opposants et le gouvernement, Imran Khan a, dans un énième coup d'éclat, retiré ses billes et appelé ses partisans de la province à rejoindre la capitale.

Vendredi matin, ils étaient des milliers à camper sous de grandes tentes plantées devant le Parlement devant des soldats et policiers, fatigués.

La puissante armée, à l'origine de trois coups d'État depuis l'indépendance du pays en 1947, appelle pour le moment au dialogue, mais pourrait intervenir si l'impasse persiste.

Selon certains commentateurs, Imran Khan et Tahir ul-Qadri jouent le jeu de l'armée, ou du moins d'une partie des services de renseignement, afin d'accroître la pression sur le pouvoir civil et ainsi réduire l'autorité de Nawaz Sharif.

«Ils (Khan et Qadri) tentent de pousser l'armée à intervenir, mais elle est très réticente malgré ses désaccords avec Nawaz Sharif», soutient auprès de l'AFP Hamid Gul, ancien chef des services de renseignement pakistanais (ISI).

Car Nawaz Sharif, élu premier ministre pour la troisième fois lors des élections législatives de mai 2013, entretient des relations houleuses avec l'armée.

En 1999, lors de son deuxième mandat, il avait été renversé par Pervez Musharraf, aujourd'hui accusé de «haute trahison» par un tribunal mis sur pied par son gouvernement, une première dans l'histoire du pays pour un ex-général.

Outre l'affaire Musharraf, l'armée demeure réticente à un rapprochement avec l'Inde et reprocherait à «Nawaz» d'avoir trop attendu pour lancer, à la mi-juin, une offensive contre les fiefs talibans dans la zone frontalière de l'Afghanistan.

Si Nawaz Sharif veut rester au pouvoir, «il n'a pas d'autre choix» que d'écouter l'armée, souligne M. Gul.

L'International Crisis Group, un centre de recherche sur les zones de conflit, évoque la «possibilité d'un coup d'État de velours», lors duquel les «militaires dirigeraient en secret» après avoir imposé un compromis aux deux parties.

Car si une intervention militaire directe, scénario rejeté par les bailleurs occidentaux du Pakistan, demeure «improbable», une intervention indirecte, pour imposer une solution à la crise, demeure «fort probable», estime Talat Masood, un ancien général à la retraite.

«J'ai le sentiment que l'armée ne restera pas un spectateur silencieux si la situation tourne à l'anarchie et qu'il est fort probable qu'elle fasse pression sur les deux camps pour former un gouvernement d'union nationale, mais que le vrai pouvoir, lui, sera dans les mains des militaires», dit-il.

Le gouvernement joue de son côté la carte de la patience comptant sur de solides appuis au sein de l'opinion publique, hors du centre de la contestation, pour tenter de sortir de cette saga sans trop de dégâts.




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