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Corée du Sud: le pape va béatifier des martyrs

Minoritaire, la communauté catholique de Corée du Sud... (Photo Ed Jones, Archives AFP)

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Minoritaire, la communauté catholique de Corée du Sud n'en demeure pas moins aujourd'hui l'une des plus influentes et dynamiques d'Asie.

Photo Ed Jones, Archives AFP

Giles HEWITT
Agence France-Presse
SÉOUL

Le pape va béatifier lors de son premier voyage en Asie un noble coréen du XVIIIe siècle, décapité pour avoir embrassé sa foi catholique, avec 124 autres martyrs: le début de l'histoire d'une Église minoritaire, mais dynamique et politiquement influente.

Jusqu'à un million de fidèles devraient assister à la messe de béatification célébrée par François samedi 16 août sur la place Gwanghwamun de Séoul, point d'orgue du séjour papal en Corée du Sud.

Le catholicisme fut introduit en Corée du Sud en 1784 par des laïcs lettrés pétris d'écritures saintes en chinois: ce sont eux qui évangélisent, au péril de leur vie, jusqu'à l'arrivée des premiers missionnaires français un demi-siècle plus tard.

Premier martyr catholique de la Corée confucéenne, Paul Yun Ji-Chung est exécuté en 1791, année marquant le début de persécutions qui feront 10 000 victimes en un siècle.

Né dans une famille aristocratique du conté de Geumsan (sud-ouest), il est initié au catholicisme par son cousin, Kwon Sang-Yeon, et baptisé en 1787.

Il convertit son frère et sa mère. À la mort de celle-ci, Yun lui offre des funérailles chrétiennes et va jusqu'à détruire les tablettes de bois sur lesquelles figurent les noms de ses ancêtres.

L'écho du sacrilège parvient à la cour royale à Séoul. Yun et son cousin sont arrêtés. Soumis à la torture pour les contraindre à l'apostasie, ils résistent.

«Bien que les corps de Yun Ji-Chung et Kwon Sang-Yeon fussent couverts de sang, on ne les entendit guère geindre», consigne le gouverneur local dans un rapport à la cour. Les deux hommes sont décapités.

À Séoul, les martyrs étaient promenés de la place Gwanghwamun à la porte Seosomun où officiait le bourreau.

Le pape fera le chemin inverse samedi pour «symboliser l'annulation de la condamnation des martyrs et leur réhabilitation», explique Joseph Lee Joon-Seong, le prêtre en charge du monument des martyrs à Seosomun.

En 1984, Jean Paul II avait déjà canonisé 103 martyrs (postérieurs aux martyrs béatifiés par François), faisant de la Corée du Sud le 4e pays au monde pour le nombre de saints après l'Italie, l'Espagne et la France.

Parmi ces premiers canonisés, André Kim Tae-Gon, premier prêtre de Corée, décapité en 1846 à l'âge de 25 ans. Saint patron de Corée, il est une figure centrale du catholicisme sud-coréen.

«L'Église des riches»

Minoritaire, la communauté catholique de Corée du Sud n'en demeure pas moins aujourd'hui l'une des plus influentes et dynamiques d'Asie.

Dans le dernier recensement incluant les pratiques religieuses (2005), près de 30% des Sud-Coréens se déclaraient chrétiens.

La majorité est protestante, mais la communauté catholique est celle qui croît le plus vite: elle compte actuellement 5,3 millions de fidèles, soit un peu plus de 10% de la population.

C'est aussi celle dont l'influence dépasse le plus son poids démographique, au point d'apparaître parfois comme «l'Église des riches».

Pas moins de 20% des parlementaires se disent catholiques et sur les six présidents élus depuis les premières élections libres en 1987, trois étaient des chrétiens pratiquants, dont un, Kim Dae-Jung, était catholique.

Deux autres, Roh Moo-Hyun et la présidente actuelle, Park Geun-Hye, sont baptisés catholiques, mais non pratiquants.

L'essor du christianisme a coïncidé avec l'urbanisation galopante du pays après la guerre de Corée (1950-53).

Dépossédés des structures séculaires, arrachés à leurs campagnes, les nouveaux citadins étaient en quête d'amarres sociales, et beaucoup les ont trouvées dans l'Église.

Les paroisses ont également bénéficié du concile Vatican II qui permit de dire la messe en coréen, et non plus seulement en latin.

Mais ce fut surtout le rôle actif de l'Église catholique dans l'opposition au régime militaire dans les années 1970 et 1980 qui lui conféra son statut.

«Il ne fait aucun doute que cela a aidé à conforter l'image de l'Église et à attirer de nouveaux fidèles», analyse Don Baker, directeur du centre d'études coréennes à l'université canadienne de Colombie britannique.

«Elle est apparue comme une Église coréenne, préoccupée par les affaires coréennes», estime-t-il.




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