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Birmanie: Kyaw Thu, acteur et fossoyeur des pauvres

L'acteur Kyaw Thu a laissé le cinéma pour... (Photo Soe Zeya Run, archives Reuters)

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L'acteur Kyaw Thu a laissé le cinéma pour se lancer dans une entreprise de crémation funéraire gratuite pour les pauvres.

Photo Soe Zeya Run, archives Reuters

Guillaume Pajot

Collaboration spéciale

La Presse

(Rangoun) C'est l'histoire d'une star de cinéma qui a délaissé les plateaux de tournage pour les cimetières. En Birmanie, l'acteur Kyaw Thu a créé un service funéraire destiné aux plus pauvres. Cette initiative a bouleversé sa vie. Il a tendu la main aux moins nantis, mais la junte militaire, hostile au projet, a mis fin à sa brillante carrière.

Le corps est enroulé dans une couverture au milieu des déchets. La veille, Soe Myint U est tombé du pont, une chute mortelle. Ses frères ont contacté le Free Funeral Service Society (FFSS) de Rangoun, dont les bénévoles viennent d'arriver sur les lieux. Ils soulèvent le corps grâce à la couverture avant de le placer délicatement dans un cercueil de métal. Le corbillard file ensuite vers le crématorium où attendent les proches du défunt, réunis pour une brève cérémonie d'adieu.

En Birmanie, organiser des funérailles n'a pas toujours été aussi simple, surtout pour les plus démunis, incapables de payer les 30 000 kyats (33$ CAN) requis entre autres pour le cercueil et le transport.

La tradition bouddhiste veut que les proches viennent saluer le défunt une dernière fois avant la mise en terre ou la crémation. Prières et chants accompagnent ce moment émouvant. Mais en l'absence d'aide de l'État, beaucoup renonçaient à toute cérémonie.

«Régulièrement, des dizaines de cadavres abandonnés étaient rassemblés et brûlés à Rangoun, se souvient Kyaw Thu, le président du Free Funeral Service Society. En dehors des villes, les familles les plus pauvres n'avaient pas le choix. Elles enterraient leurs proches à la nuit tombée dans les champs.»

Créé à Rangoun, la capitale économique du pays, en 2001, le FFSS organise des funérailles gratuites avec l'aide de bénévoles. Kyaw Thu, son fondateur, est une célébrité. Cette star du cinéma a joué dans plus de 200 films et décroché deux Myanmar Awards, l'équivalent local des Oscars.

À 54 ans, l'homme continue de porter beau, barbe finement ciselée et bijou à l'oreille. Il reçoit pieds nus dans son bureau aux murs couverts d'images et de souvenirs. Kyaw Thu n'a plus tourné depuis sept ans. Son service funéraire lui a coûté sa carrière.

Opposition de la junte militaire

Dès la naissance du projet, l'acteur s'est heurté à la junte militaire, soucieuse de ne pas exposer ses faiblesses. Les autorités l'ont d'abord obligé à bâtir ses locaux sur une décharge à ciel ouvert, recouverte de débris plastiques. Puis, en 2007, alors que la population et les moines manifestent contre la hausse des prix, Kyaw Thu est arrêté et brièvement détenu. Accusé d'avoir soutenu la «révolution de safran», le fondateur du FFSS est banni de l'industrie du cinéma.

Malgré les intimidations, Kyaw Thu a tenu son nouveau rôle jusqu'au bout, obtenant des progrès spectaculaires. «À Rangoun, les funérailles sauvages ont disparu», constate Ayeyar Mg Mg, l'administratrice du FFSS, qui supervise quotidiennement près de 50 inhumations et crémations, toutes financées grâce à des dons. Des Birmans aisés recourent notamment aux services de l'association moyennant paiement, aidant ainsi à subvenir aux obsèques des plus démunis.

Engagement

Depuis l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement civil en 2011, la junte militaire a officiellement été dissoute. Les réformes se multiplient sans parvenir à améliorer le quotidien des plus pauvres. «Le peuple attend des résultats, mais le gouvernement n'est pas encore au niveau», déplore Kyaw Thu, proche d'Aung San Suu Kyi, l'opposante devenue députée dont la photo trône dans le hall d'entrée du FFSS. Mais l'acteur souhaite détacher son engagement de la politique. «Quelle que soit la personne qui dirige le pays, je continue, assure-t-il. Mais j'aimerais arrêter. Car ce jour-là, cela voudra dire que le pays va mieux.»




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