Politisés et férus de débats, les Indiens chérissent autant leur démocratie que leur liberté d'expression. Mais une série de tentatives de censure survenues ces derniers mois peuvent laisser croire qu'il est périlleux de critiquer le pouvoir dans la plus grande démocratie du monde. Est-ce vraiment le cas? Quatre mots pour comprendre l'état de la liberté d'expression en Inde.

Sédition

L'accusation de «sédition», plutôt tombée en désuétude, condamne l'usage illégal de la force comme moyen d'opérer un changement de gouvernement. Dimanche, un jeune caricaturiste indien, Aseem Trivedi, qui a comparé le Parlement à un pot de chambre, a été accusé de sédition. Hier, le Times of India a réclamé l'abrogation de cette loi «archaïque et coloniale» qui est utilisée comme «moyen d'intimidation moderne». La loi a été invoquée en 1860 par les Britanniques en Inde pour écraser les mouvements indépendantistes. «Les Freedom Fighters, incluant Gandhi, ont été accusés de sédition», rappelle Karine Bates, coordonnatrice du pôle de recherche sur l'Inde et l'Asie du Sud au CÉRIUM.

Traître

«Si dire la vérité fait de moi un traître, alors j'en suis un», a déclaré devant le tribunal Aseem Trivedi. Le gouvernement, dit le journal Indian Express, «a déployé la bombe H pour attaquer un lapin». Les dessins de M. Trivedi «ne sont pas particulièrement brillants, mais même les caricaturistes moyens devraient avoir le droit de dessiner et publier ce qu'ils veulent sans crainte».

Insulte

Le cas Trivedi s'ajoute à une longue liste d'accusations aux relents de censure. En mai dernier, le Parlement indien a retiré un manuel scolaire dans lequel était reproduite une caricature célèbre de 1949. Le héros des «intouchables», Ambedkar, y était représenté dans une situation jugée «insultante» par les députés. La décision a été qualifiée par les médias de manoeuvre électorale pour s'assurer le vote des intouchables. Dernièrement, le gouvernement indien a bloqué des contenus sur l'internet, dont des comptes Twitter, afin, disait-il, de calmer les tensions ethniques à Bangalore.

Nehru

«Ne m'épargne pas, Shankar!», avait pourtant lancé le premier premier ministre de l'Inde, Nehru, au populaire caricaturiste auteur de l'oeuvre publiée dans le manuel. La liberté d'expression est-elle en péril en Inde? Non, dit Mme Bates. Il faudrait plutôt voir dans certains cas une tentative désespérée pour étouffer des affaires de corruption. «Mais ça engendre l'effet contraire», dit-elle. La croissance économique ne profite pas à tous les Indiens, et empêcher les gens de s'exprimer librement «ne fait que mettre de l'huile sur le feu». Les Indiens, visiblement, ne sont pas prêts à se taire.

-Avec l'AFP