La Chine a suspendu samedi ses échanges militaires avec les Etats-Unis pour protester contre de nouvelles ventes d'armes américaines à Taïwan, un dossier ultra-sensible de nature à tendre des relations déjà éprouvées par l'affaire Google.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Pékin a en outre demandé à Washington d'annuler ce nouveau contrat, dans une protestation officielle urgente adressée à l'ambassadeur des Etats-Unis, Jon Huntsman, par le vice-ministre chinois des Affaires étrangères He Yafei, ont dit à l'AFP des responsables chinois.

L'exécution de ce contrat «nuirait inévitablement aux relations entre la Chine et les Etats-Unis (...) entraînant des conséquences que les deux parties ne veulent pas», a fait valoir M. He.

Le contrat constitue «une ingérence grossière dans les affaires intérieures chinoises qui met gravement en danger la sécurité nationale de la Chine et nuit à la réunification pacifique de la Chine» - Pékin considérant que Taïwan est une province chinoise -, a mis en garde le vice-ministre.

Dans un communiqué, le ministère chinois des Affaires étrangères annonce également le gel des discussions à un haut niveau sur la sécurité et la mise en oeuvre des «sanctions appropriées envers les compagnies américaines impliquées dans les ventes d'armes à Taïwan».

«La coopération entre la Chine et les Etats-Unis sur des problèmes-clés internationaux et régionaux sera aussi inévitablement affectée», souligne par ailleurs le ministère.

Cité par l'agence officielle Chine Nouvelle, le porte-parole du ministère chinois de la Défense Huang Xueping a jugé que les mesures prises reflétaient «le préjudice sévère» causé à Pékin par cette vente d'armes, qui «va à l'encontre des principes du communiqué commun publié pendant la visite du président américain Barack Obama en Chine en novembre».

Ce ministère a en outre convoqué samedi l'attaché militaire américain pour lui notifier que les relations militaires avec Washington avaient été suspendues, selon Chine Nouvelle.

Le Pentagone a fait état vendredi de la vente à Taïwan de 114 missiles Patriot (2,81 milliards de dollars), de 60 hélicoptères Black Hawk (3,1 milliards), d'équipements de communication pour les chasseurs F-16 taïwanais et de navires chasseurs de mines sous-marines, pour un montant global de 6,4 milliards de dollars.

«Nous regrettons que la partie chinoise ait réduit les échanges militaires», a commenté samedi le porte-parole du ministère américain de la défense, Geoff Morrell. «Nous regrettons aussi les mesures prises par la Chine contre les entreprises américaines qui transfèrent des équipements défensifs à Taïwan», a-t-il ajouté.

«La décision de vendre des armes à Taïwan (...) contribue à maintenir la sécurité et la stabilité entre les deux rives du détroit de Formose», a, pour sa part, déclaré samedi à l'AFP une porte-parole de la diplomatie américaine, Laura Tischler.

Les fournitures d'armes à Taïwan par les Etats-Unis provoquent régulièrement la colère de la Chine. Taïwan objecte que 1.500 missiles chinois sont pointés sur son territoire et que le renforcement de l'arsenal chinois ne faiblit pas.

Pékin avait interrompu ses relations militaires avec les Etats-Unis pendant plus d'un an après la précédente livraison d'armes américaines à Taïwan en octobre 2008.

Les Etats-Unis ont reconnu la Chine communiste en 1979, cessant du même coup de reconnaître Taïwan, mais une loi votée par le Congrès américain la même année a autorisé les Etats-Unis à vendre à cette île des armes défensives.

Malgré un net réchauffement des relations sino-taïwanaises, les communistes chinois, qui ont chassé le gouvernement nationaliste du Kuomintang vers Taïwan en 1949, considèrent toujours l'île rebelle comme faisant partie de la Chine et menacent d'y intervenir militairement si elle proclame son indépendance.

Le président taïwanais Ma Ying-jeou, qui revenait d'une visite d'Etat en Amérique centrale, a estimé que les nouvelles ventes d'armes aideraient son pays à davantage développer ses relations avec la Chine.

«Cela rendra Taïwan plus confiant et plus sécurisé, de telle façon que nous pourrons avoir plus d'interactions avec la Chine», a dit M. Ma, cité par l'Agence centrale d'information de Taïwan.

Les relations diplomatiques sino-américaines sont entrées dans une zone de turbulences depuis la dénonciation par le géant américain de l'internet Google de cyberattaques massives venant de Chine et de la censure dans ce pays, qui ont poussé Washington à demander des explications à Pékin.

De nombreux autres sujets de friction demeurent, qu'il s'agisse du changement climatique, de différends commerciaux et de la valeur du yuan, que les Occidentaux jugent sous-évalué.

Des analystes considèrent que la Chine pourrait, en guise de représailles, aller cette fois jusqu'à refuser de soutenir l'adoption de sanctions internationales contre l'Iran, une priorité du gouvernement américain.