Le Sri Lanka a voté mardi pour le premier scrutin présidentiel d'après-guerre dans un climat tendu, après une campagne émaillée de violences qui a pris la forme d'un duel entre les deux principaux candidats, anciens alliés dans le conflit contre la rébellion tamoule.

Amal Jayasinghe AGENCE FRANCE-PRESSE

Auréolés de la victoire contre les Tigres de libération de l'Eelam Tamoul (LTTE), le président Mahinda Rajapakse et son ancien chef des Armées, l'ex général Sarath Fonseka, se sont livré une bataille acharnée pour obtenir la majorité des voix des 14,8 millions d'électeurs. Quelques heures avant le début du scrutin, qui oppose 22 candidats, au moins deux bombes ont visé le domicile d'un responsable local du parti au pouvoir, sans faire de victime. Quatre autres explosions ont été recensées dans la péninsule de Jaffna, à 400 km au nord de la capitale, bastion de la minorité tamoule.

Les bureaux de vote ont fermé à 16H00 locales. Les premiers résultats devraient être connus tard mardi et les résultats définitifs mercredi.

Le Sri Lanka a proclamé en mai 2009 sa victoire contre les LTTE, considérés comme un groupe terroriste par le Sri Lanka et les pays occidentaux, après un conflit de près de 40 ans qui a fait entre 80.000 et 100.000 morts.

Mahinda Rajapakse, un nationaliste acharné issu de la majorité cinghalaise, a convoqué la présidentielle deux ans avant le terme de son mandat pour profiter de la vague de soutien qu'il avait reçue après la victoire contre les rebelles.

Mais l'ex-général Fonseka, lui aussi considéré dans l'île comme l'artisan de la victoire, a ruiné ses plans en se présentant dans l'opposition après avoir démissionné de l'armée cet automne, accusant M. Rajapakse de l'avoir soupçonné d'un coup d'État.

«Nous aurons une grande victoire», a prédit le chef de l'État après avoir voté dans sa circonscription de Mulkirigala, au sud de l'île.

Fonseka a pour sa part affirmé à l'AFP n'avoir pu voter en raison d'un problème administratif, son nom ne figurant pas sur le registre électoral datant de 2008.

Selon lui, le commissaire des élections, Dayananda Dissanayake, a accepté sa candidature et il n'y a aucun obstacle légal pour qu'il accède à la présidence en cas de victoire, contrairement aux informations parues dans les médias détenus par l'État.

Au moins quatre militants ont été tués et près de 1 000 incidents recensés pendant la campagne électorale. Quelque 64 autres incidents violents se sont produits mardi, comme des coups de feu tirés près de bureaux de vote.

Fonseka accuse le gouvernement de vouloir truquer les résultats et d'user de la violence pour intimider les électeurs. Selon lui, l'armée, la télévision d'État et la police ont été préparées à un coup d'État pour maintenir M. Rajapakse au pouvoir.

Le ministre des Affaires étrangères Rohitha Bogollagama a pour sa part évoqué lundi la préoccupation du gouvernement concernant les déserteurs de l'armée qui auraient rejoint l'opposition.

Dans un curieux retournement des événements, la minorité tamoule, au nom de laquelle les rebelles ont multiplié assassinats et attentats suicide, pourrait finalement être l'arbitre de cette élection si les votes de la majorité cinghalaise se répartissent équitablement entre les deux candidats.

Sur les deux hommes planent les mêmes allégations de crimes de guerre et de violations des droits de l'Homme.

Quel que soit le gagnant, il aura à affronter la pression des Nations unies et des pays occidentaux qui réclament une enquête indépendante et ont sévèrement critiqué Colombo pour avoir parqué dans des camps jusqu'en décembre quelque 300 000 civils tamouls.