Les forces de sécurité ont déclenché une opération jeudi contre les islamistes ayant pris des otages à Bombay, affirmant avoir pratiquement libéré un des deux hôtels occupés, au lendemain d'attaques qui ont fait au moins 125 morts dans la capitale économique de l'Inde.

Phil Hazlewood AGENCE FRANCE-PRESSE

Un haut responsable militaire indien a affirmé que les assaillants étaient venus du Pakistan, souvent accusé par l'Inde de soutenir des activistes musulmans à l'origine d'attentats sur son sol. Islamabad a aussitôt rejeté ces accusations.

Le premier ministre indien Manmohan Singh avait peu avant accusé un groupe basé «en dehors» du pays d'être responsable de ces attaques coordonnées, dans une allusion voilée au Pakistan.

En outre, deux navires de commerce pakistanais ont été arraisonnés au large des côtes de l'État indien du Gujerat, au nord de Bombay, à la suite des violences dans cette ville, a annoncé l'agence indienne PTI, citant des sources au ministère de l'Intérieur.

La marine indienne avait fait état de soupçons selon lesquels les auteurs des attaques étaient arrivés à bord d'une vedette rapide elle-même en provenance d'un bateau de plus fort tonnage.

Désormais puissances nucléaires, l'Inde et le Pakistan, rivaux depuis leur fondation en 1947, notamment à propos de la souveraineté sur la région himalayenne du Cachemire, ont amorcé en 2004 un difficile processus de paix.

Jeudi soir, un haut responsable indien a annoncé que l'opération des forces de sécurité à l'hôtel Taj Mahal, était pratiquement terminée et qu'il n'y restait plus qu'un islamiste blessé.

D'autres sources affirmaient que tous les preneurs d'otages y avaient été tués et que policiers et commandos de l'armée continuaient de progresser à l'Oberoi/Trident, autre prestigieux établissement hôtelier pris d'assaut mercredi par des hommes armés.

Des tirs et explosions ont été entendus tout au long de la journée aux abords des deux hôtels.

Un incendie s'est déclaré à l'Oberoi, où étaient encore bloquées dans la journée près de 200 personnes, dont quinze à vingt-cinq Français (selon le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner), dix à vingt Israéliens, voire plus (selon l'ambassade d'Israël à New Delhi), sept Italiens, parmi lesquels un bébé (selon le ministère italien des Affaires étrangères) et sept membres d'équipage de South African Airways (SAA).

D'après le chef de la garde nationale, deux islamistes se trouvaient toujours au 8e étage de cet hôtel.

La police de Bombay a déclaré jeudi soir qu'il n'y avait en revanche plus aucun otage au Taj Mahal.

La mégalopole de l'Ouest de l'Inde, centre financier de la dixième puissance économique mondiale, a été le théâtre mercredi d'une série d'attaques spectaculaires provoquées par des hommes armés de fusils d'assaut et de grenades, qui ont visé, outre les deux hôtels, huit autres cibles, dont la gare centrale et un hôpital.

Des personnes, dont un rabbin, ont également été prises en otages dans un complexe de logements et de bureaux abritant un centre juif, le Nariman House. Sept d'entre elles ont été libérées, a affirmé un responsable de la sécurité.

Des témoins ont souligné que les assaillants avaient pris en priorité en otages des Britanniques et des Américains.

Ces actions ont été revendiquées au nom d'un groupe islamiste se présentant comme les Moujahidine du Deccan, le plateau qui couvre une grande partie du centre et du sud de l'Inde.

Au moins 125 personnes sont mortes, d'après la police, dans les attaques et les échanges de tirs. Près de 300 personnes ont en outre été blessées.

Une dizaine d'étrangers figurent parmi les personnes tuées, dont un Japonais, un Australien, un Britannique, un Italien et un Allemand. Deux Canadiens ont en outre été blessés, a annoncé le ministre des Affaires étrangères Lawrence Cannon.

L'un des islamistes retranchés dans l'Oberoi/Trident a fait savoir au téléphone à la télévision indienne que le groupe réclamait la fin des «persécutions» à l'encontre des musulmans d'Inde et la libération des islamistes détenus dans ce pays.

Un client britannique du Taj Mahal, Rakesh Patel, a raconté à la télévision que les assaillants étaient «très jeunes, comme des enfants».

Depuis trois ans, l'Inde est frappée environ tous les trois mois par un attentat. Le rythme des attentats semble toutefois s'être accéléré après novembre 2007.

À Bombay, il s'agit de la troisième série d'attaques revendiquées par des islamistes indiens. La première avait fait 24 morts le 13 septembre à New Delhi, la capitale, la deuxième 80 morts le 30 octobre dans l'État de l'Assam.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, a estimé jeudi que les dernières violences à Bombay portaient «certaines empreintes» d'Al-Qaeda. Son homologue français Bernard Kouchner lui a emboîté le pas, considérant que les preneurs d'otages sont soupçonnés de faire partie de la «nébuleuse» de ce réseau terroriste international.