(Shanghai) Inquiets pour le « bien-être » des citoyens américains, les États-Unis ont annoncé mardi avoir ordonné aux employés non essentiels de leur consulat de quitter Shanghai, sur fond de flambée épidémique et de strict confinement dans la capitale économique chinoise.

Mis à jour le 12 avril
Agence France-Presse

La métropole affronte sa plus forte poussée de COVID-19 depuis le début de la pandémie.  Pour y faire face, les autorités confinent à domicile la quasi-totalité des 25 millions d’habitants.  

Mais la mesure a entraîné des accrocs logistiques, avec certains Shanghaïens qui éprouvent des difficultés à se ravitailler en nourriture.

Autre mesure controversée : les personnes testées positives au coronavirus, même asymptomatiques, sont placées à l’isolement dans des centres de quarantaine improvisés-au confort et à l’hygiène parfois rudimentaires.

C’est dans ce contexte que Washington a « ordonné » le départ de Shanghai de son personnel non essentiel « en raison de l’épidémie de COVID-19 en cours », a indiqué mardi dans un communiqué un porte-parole de l’ambassade des États-Unis.

Le nombre de personnes concernées par cette décision n’est pas connu et il n’était pas clair si un départ de Shanghai signifiait une sortie du territoire chinois.

« Les États-Unis n’ont pas de priorité plus élevée que la sûreté et la sécurité des citoyens américains à l’étranger, y compris du personnel de la Mission Chine et de leurs familles », précise le texte.

L’ambassade précise que les diplomates américains ont informé les autorités chinoises « de leurs préoccupations concernant la sécurité et le bien-être des citoyens américains ».  

« Risque croissant »

La décision d’évacuer ou non une partie du personnel américain du consulat de Shanghai relève du seul ressort de Washington, a estimé mardi Pékin, regrettant toutefois la publicité faite à cette mesure.

La Chine est « fort mécontente et s’oppose fermement à toute instumentalisation et politisation » de cette évacuation, a fustigé devant la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian.

La semaine dernière, l’ambassade des États-Unis avait déjà « autorisé » les employés non essentiels du consulat à quitter Shanghai. Elle jugeait que les citoyens américains risquaient d’être confrontés à une « application arbitraire » des restrictions anti-COVID-19.

Le ministère de la Santé a fait état mardi de plus de 23 000 nouveaux cas positifs dans la ville. Des chiffres très élevés pour la Chine, un des derniers pays au monde à appliquer une stratégie zéro COVID-19.

Celle-ci consiste en plusieurs mesures : confinements dès l’apparition de quelques cas, séparation des personnes testées positives avec le reste de la population, visas délivrés au compte-goutte, quarantaine à l’arrivée sur le territoire ou encore traçage des déplacements.

La plupart des habitants de Shanghai étaient toujours confinés mardi, même si les résidents de certains quartiers à « faible risque » ont pu sortir de chez eux, sous réserve qu’aucun nouveau cas ne soit détecté dans leur zone.

Le confinement de la métropole perturbe l’économie chinoise et menace les chaînes d’approvisionnement mondiales.  

Dans une lettre transmise au pouvoir chinois et consultée par l’AFP, la Chambre de commerce de l’Union européenne avertit que les mesures drastiques contre le virus « érodent la confiance des investisseurs étrangers ».

Les analystes de la banque Nomura s’inquiètent par ailleurs d’un « risque croissant de récession » en Chine, au moment où plus d’un quart de la population est confinée à des degrés divers, ce qui représente 40 % du PIB du pays, selon leurs estimations.

Centres d’exposition

L’épidémie à Shanghai a surpris ses habitants, persuadés qu’aucune flambée épidémique d’ampleur ne pouvait arriver dans la ville la plus développée du pays.  

Afin d’assurer l’isolement des personnes testées positives du reste de la population, les autorités ont installé des dizaines de milliers de lits dans des centres d’exposition ou des structures préfabriquées.

Sur internet, de nombreux habitants se plaignent d’avoir des difficultés à se faire livrer de la nourriture, notamment en raison d’un manque de personnes pour acheminer les produits.  

Des vidéos, non vérifiées, de chiens battus à mort car suspectés de pouvoir transmettre le virus ont par ailleurs provoqué un tollé sur les réseaux sociaux.

Après des critiques, les autorités ont toutefois assoupli une politique, très controversée, consistant à séparer les enfants positifs au coronavirus de leurs parents testés négatifs. Les moins de sept ans peuvent désormais a priori être accompagnés.

Face à la demande, les principales plateformes en ligne de livraison de repas et produits frais ont par ailleurs déclaré qu’elles allaient renforcer leurs stocks et recruter des milliers de livreurs supplémentaires.