(Pékin) « Le peuple chinois s’est levé » et sa « renaissance » après plus d’un siècle de sous-développement et d’invasions est « irréversible » : le président Xi Jinping a usé de forts accents patriotiques jeudi lors du centenaire du Parti communiste.

Patrick BAERT Agence France-Presse

Le temps où les Chinois « pouvaient être foulés aux pieds, où ils souffraient et étaient opprimés est à jamais révolu », a-t-il lancé depuis la porte Tiananmen à Pékin, d’où son lointain prédécesseur Mao Tsé-toung proclama la République populaire en 1949.

Après des allusions aux guerres de l’Opium, au colonialisme occidental et à l’invasion japonaise (1931-1945), Xi Jinping a loué le Parti communiste chinois (PCC) pour avoir permis l’augmentation du niveau de vie et restauré la fierté nationale.

« Le peuple chinois ne permettra jamais à des forces étrangères de l’intimider, de l’opprimer ou de l’asservir. Quiconque s’y risquerait sera anéanti devant une Grande muraille d’acier édifiée par 1,4 milliard de Chinois », a-t-il mis en garde.

Devant une foule de jeunes et de membres du Parti réunis sur la place Tiananmen, il a célébré la sortie de centaines de millions de personnes de l’extrême pauvreté.

« La grande renaissance de la nation chinoise est entrée dans un processus historique irréversible », s’est-il félicité, adressant un signal à Washington, qui décrit régulièrement Pékin comme un rival politique et économique.

« La Chine se mue progressivement en superpuissance. Xi Jinping envoie un message fort à l’Occident : toute tentative de juguler la Chine est vouée à l’échec », estime Willy Lam, professeur à l’Université chinoise de Hong Kong.

Fondé par une poignée de militants en juillet 1921 dans un Shanghai encore divisé en concessions étrangères, le PCC dirige sans partage la Chine, qu’il entend continuer à imposer sur la scène internationale.

Jeudi matin, 100 coups de canon ont été tirés depuis la place Tiananmen pour marquer le centenaire. La patrouille acrobatique de l’armée de l’air a survolé Pékin, traçant des gerbes rouges, jaunes et bleues.

« Tout est mieux »

« C’est grâce au Parti qu’on a une telle société et que (le pays) a pu se développer rapidement. On doit le remercier », a affirmé à l’AFP un étudiant de 19 ans, Li Luhao, présent sur la place Tiananmen.

« Quand j’étais petit, il y avait des coupures de courant chaque nuit », a déclaré M. Wang, un Pékinois. « Nourriture, vêtements, éducation, transports… Tout est mieux aujourd’hui », détaille-t-il, mettant cela au crédit du PCC.

Le centenaire du Parti fait l’objet depuis des mois d’une intense campagne de propagande, qui insiste notamment sur la maîtrise de la COVID-19, quasiment éradiquée en Chine dès le printemps 2020.

Les médias officiels mettent cette victoire contre l’épidémie sur le compte du système autoritaire en vigueur, par contraste avec le chaos épidémique des démocraties occidentales.

Rares sont les voix qui s’élèvent pour contester le bilan du régime, lequel a accru sa répression de la dissidence sous Xi Jinping, arrivé fin 2012 à la tête du Parti — et donc du pays.

Le PCC « cherche à lier sa survie à celle de la Chine et du peuple chinois, afin d’établir sa légitimité historique au profit des futurs dirigeants » du pays, estime Wu Qiang, ex-professeur de science politique à l’Université Tsinghua de Pékin, démis après avoir soutenu la contestation à Hong Kong.

Image dégradée

Sans surprise, les dizaines de millions de morts des campagnes hasardeuses de Mao, du Grand bond en avant (1958) à la Révolution culturelle (1966), ne sont pas abordés à l’occasion du centenaire.

Fort d’une croissance phénoménale durant les 40 dernières années, le PCC peut s’enorgueillir d’avoir tiré le pays du sous-développement. Mais les dirigeants doivent faire face au ralentissement économique mondial, aux défis climatiques et au vieillissement de la population.

À l’international, entre COVID-19, traitement des Ouïghours et menaces contre Taïwan, l’image de la Chine s’est dégradée dans nombre de pays occidentaux, selon une étude publiée mercredi par le centre de recherche américain Pew.

Les célébrations du centenaire surviennent aussi un an tout juste après l’imposition par Pékin d’une loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, laquelle a considérablement réduit l’opposition politique dans l’ex-colonie britannique.  

La semaine dernière, le principal organe pro-démocratie hongkongais, le quotidien Apple Daily, a été contraint de fermer après le gel de ses actifs.

Jeudi marque également le 24e anniversaire de la rétrocession du territoire à la Chine — une date qui fait habituellement l’objet de manifestations anti-Pékin.  

La police hongkongaise a interdit cette année tout rassemblement de plus de quatre personnes au nom de la COVID-19. Elle mobilise plus de 10 000 officiers, soit un tiers de ses effectifs, pour faire respecter l’interdiction.  

Mais le calme régnait jeudi, la seule manifestation visible étant un groupe de quatre militants d’un parti pro-démocratie, rassemblés à proximité de la cérémonie officielle organisée en honneur de la rétrocession.