(Rangoun) Des centaines de manifestants sont encerclés depuis la tombée de la nuit lundi par les forces de sécurité dans un quartier de Rangoun, la capitale économique de la Birmanie, a alerté l’ONU, tandis que trois manifestants opposés à la junte ont été tués dans les heures qui ont précédé.

Agence France-Presse

Vers 22 h heure locale, la police a commencé à tirer et à procéder à des arrestations, a déploré le Haut commissariat aux droits de l’homme de l’ONU sur Twitter.

Des détonations ont été entendues à plusieurs reprises par des journalistes de l’AFP.  

Les contestataires sont acculés dans le quartier de Sanchaung, où de nombreux rassemblements ont eu lieu ces derniers jours.  

« Je viens juste de m’échapper de Sanchaung. De nombreux jeunes sont toujours bloqués par la police et l’armée », a raconté Maung Saungkha, l’une des têtes d’affiche de la contestation, appelant « à l’aide » la communauté internationale.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a de son côté exhorté à « la retenue maximale » et à « la libération » des « centaines de manifestants barricadés dans des complexes d’appartements d’habitation », « sans violences ni arrestations », a déclaré son porte-parole.

Parmi eux figurent de nombreuses Birmanes qui « entendaient manifester pacifiquement pour célébrer la Journée internationale des femmes », a précisé Stéphane Dujarric.

Selon les informations dont dispose le Haut Commissariat aux droits de l’homme, des habitants de Rangoun étaient en train de se diriger vers le quartier de Sanchaung pour faire pression sur la police et la forcer à laisser tout le monde quitter l’endroit.

Ils ont défié le couvre-feu et scandé : « Libérez les étudiants de Sanchaung ! », ont confirmé des journalistes de l’AFP.

La représentation de l’Union européenne en Birmanie a elle aussi demandé aux forces de sécurité d’autoriser les manifestants à « rentrer chez eux en sécurité », tout comme les ambassades des États-Unis et du Royaume-Uni, l’ancienne puissance coloniale.

Trois manifestants tués

Plus tôt dans la journée, trois manifestants ont été tués et plusieurs blessés.

Des images diffusées de Myitkyina (centre) sur les réseaux sociaux ont montré des contestataires inanimés et couverts de sang, l’un d’entre eux gisant face contre terre, une partie du crâne arrachée.

Une religieuse catholique en habit blanc s’est mise à genoux dans la rue, suppliant la police de ne pas tirer.  

Les médias sont en outre de plus en plus ciblés. Les forces de sécurité ont effectué un raid contre l’agence de presse Birmanie Now, emportant des ordinateurs, des serveurs de données et une imprimante, a déclaré à l’AFP son rédacteur en chef Swe Win.

« Nous sommes la première salle de rédaction attaquée par le régime. Nous travaillons dans la peur, mais la descente dans notre bureau confirme que la junte n’aura aucune tolérance pour les reportages sur ses crimes », a-t-il dit.  

La licence de publication de ce média a ensuite été révoquée sur ordre du ministère de l’Information qui a fait de même pour d’autres organes de presse indépendants (Mizzima, DVB, Khit Thit et 7 Day), a annoncé la chaîne de télévision d’État MRTV.

Fonctionnaires, agriculteurs et salariés du privé sont descendus en nombre lundi dans les rues, en réponse à l’appel des principaux syndicats à intensifier la grève générale pour paralyser la Birmanie.

Des usines de textile, un secteur en plein essor avant le coup d’État du 1er février, des magasins et les banques sont restés fermés.

La junte a pour sa part mis en garde les fonctionnaires : ceux qui n’auront pas repris le travail à partir de lundi seront licenciés.

Les appels à la grève, lancés dès les premières heures qui ont suivi le putsch, ont déjà eu un impact important sur une série de secteurs économiques avec des bureaux ministériels vides et des banques dans l’incapacité de fonctionner.

De nombreuses Birmanes ont rejoint les défilés, agitant des longyis (vêtements traditionnels féminins), à l’occasion de la journée internationale des femmes.

Raids nocturnes

Les forces de sécurité ont été déployées dimanche soir dans Rangoun et ont mené des opérations pour prendre le contrôle de plusieurs hôpitaux publics de la ville.

L’ONG Physicians for Human Rights (Médecins pour les droits de l’homme) a condamné l’occupation de ces établissements, se disant « consternée par cette dernière vague de violences ».

Les médias d’État ont confirmé la prise en main de ces hôpitaux par les militaires.  

Plus de 50 manifestants ont été tués depuis le putsch qui a renversé la lauréate du prix Nobel de la paix 1991, a fait savoir l’ONU la semaine dernière.

Responsables locaux, journalistes, militants, artistes, des centaines de personnes ont par ailleurs été interpellées depuis le putsch.

Les généraux font la sourde oreille face au concert de protestations de la communauté internationale, divisée sur la réponse à apporter.

Le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas réussi vendredi à se mettre d’accord sur une déclaration commune et des négociations doivent se poursuivre cette semaine.