(Nations unies) L’ONU a reçu deux lettres « contradictoires » sur qui représente diplomatiquement la Birmanie au siège de l’Organisation à New York depuis la prise de distance spectaculaire vendredi de l’ambassadeur birman avec la junte militaire, suivie de son limogeage.

Philippe RATER
Agence France-Presse

Lors d’une réunion spéciale de l’Assemblée générale de l’ONU, Kyaw Moe Tun avait rompu avec les militaires dans un discours empreint d’émotion réclamant la fin du coup d’État. Il avait achevé son plaidoyer envers le peuple birman dans sa langue avec trois doigts levés, symbole de la protestation en Birmanie.

Le lendemain, il avait été démis de ses fonctions par la junte, mais il a adressé lundi une lettre au président de l’Assemblée générale de l’ONU, avec copie au secrétaire général de l’Organisation, pour affirmer être toujours le représentant de son pays.

« Les auteurs du coup d’État illégal contre le gouvernement démocratique de Birmanie n’ont aucune autorité pour annuler l’autorité légitime du président de mon pays », souligne dans cette missive obtenue par l’AFP Kyaw Moe Tun, qui rappelle sa nomination par le président civil birman et la cheffe de la diplomatie Aung San Suu Kyi renversée.

« Je tiens donc à vous confirmer que je reste le représentant permanent de la Birmanie auprès de l’Organisation des Nations unies », ajoute le diplomate qui a reçu un soutien appuyé mardi lors de rencontres séparées avec l’ambassadrice américaine à l’ONU et l’ensemble de ses homologues de l’Union européenne.

L’Américaine Linda Thomas-Greenfield « a rencontré virtuellement l’ambassadeur Kyaw Moe Tun, représentant permanent de la Birmanie à l’ONU », a affirmé dans un communiqué la mission américaine. Elle l’a « félicité pour sa déclaration courageuse et pleine de compassion » vendredi et « exprimé le soutien des États-Unis au peuple birman et au rétablissement du gouvernement démocratiquement élu », a ajouté la mission diplomatique.  

Mardi, le ministère birman des Affaires étrangères a adressé pour sa part une note verbale à l’ONU, également obtenue par l’AFP, signifiant la fin de mission de Kyaw Moe Tun.

« Le ministère des Affaires étrangères […] a l’honneur d’informer que le Conseil d’administration de la République de l’Union de la Birmanie a mis fin aux fonctions et responsabilités de l’ambassadeur Kyaw Moe Tun, représentant permanent de Birmanie accrédité auprès des Nations unies avec résidence à New York le 27 février 2021 », indique cette note.

« Dans le vide »

« À l’heure actuelle, Tin Maung Naing, ambassadeur représentant permanent adjoint, a été désigné comme chargé d’affaires par intérim de la mission permanente » de Birmanie auprès de l’ONU, ajoute cette missive.

« Nous avons reçu deux lettres contradictoires, et nous allons les étudier, voir d’où elles viennent et ce que nous allons faire », a déclaré lors de son point-presse quotidien le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, dont l’embarras était perceptible en raison de la rareté d’une telle situation.

Le comité d’accréditation de l’ONU va se pencher sur la question et ensuite en référer à l’Assemblée générale pour entériner une décision qui peut passer par un vote à majorité simple, selon l’Organisation.  

Le porte-parole a précisé que l’émissaire de l’ONU pour la Birmanie, la Suissesse Christine Schraner Burgener, actuellement à Berne, « continuait ses conversations avec différentes parties sur la situation actuelle ».

Interrogé par l’AFP pour savoir si elle avait eu depuis son discours virulent vendredi devant l’Assemblée générale de l’ONU un nouveau contact avec le chef d’état-major adjoint de l’armée birmane, son interlocuteur depuis le coup d’État du 1er février, Stéphane Dujarric a répondu qu’il n’était « pas au courant d’un contact depuis vendredi ».

Lors de son discours, l’émissaire avait appelé l’Assemblée générale de l’ONU à ne pas reconnaître le nouveau pouvoir birman.

« Il est important que la communauté internationale ne donne pas de légitimité ou de reconnaissance à ce régime », avait souligné Christine Schraner Burgener.

Après une telle déclaration, il y a un risque que le téléphone sonne désormais « dans le vide », indique à l’AFP un responsable de l’ONU sous couvert d’anonymat.