(Nations unies) Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni en urgence mardi à huis clos à l’initiative du Royaume-Uni pour examiner les suites du coup d’État militaire en Birmanie, sans pouvoir à ce stade se mettre d’accord sur un texte commun, mais les négociations vont se poursuivre, selon des diplomates.

Philippe RATER
Agence France-Presse

« La Chine et la Russie ont demandé plus de temps » a indiqué à l’issue de la réunion qui a duré un peu plus de deux heures un diplomate requérant l’anonymat. « Une déclaration est toujours en cours de discussion », a confirmé un autre diplomate, également sous couvert d’anonymat.

Selon un projet de texte obtenu par l’AFP, qui ne parle pas de sanctions, le Conseil exprimerait sa « profonde inquiétude », condamnerait « le coup d’État militaire » et demanderait une « libération immédiate » des personnes détenues illégalement. Le Conseil réclamerait aussi la levée de l’état d’urgence proclamé pour un an.

La Chine a exigé que la réunion ne soit pas publique

Avant le début des négociations, la Chine, premier soutien de la Birmanie et pays clé pour un consensus au Conseil de sécurité, doté d’un droit de veto, avait obtenu que la réunion ne soit pas publique, a indiqué à l’AFP un diplomate sous couvert d’anonymat.

Lors de la crise des Rohingyas, victimes à partir de 2017 d’un « génocide » selon l’ONU, Pékin avait contrecarré toute initiative au Conseil de sécurité, empêchant des déclarations communes et même des réunions, estimant que le conflit avec la minorité musulmane relevait des seules affaires intérieures birmanes.  

Lundi, le ministère chinois des Affaires étrangères a réagi au coup d’État en appelant les Birmans à « régler leurs différends dans le cadre de la Constitution et des lois », rejoignant une position de l’ONU. Mardi, le même ministère a cependant demandé d’« éviter d’intensifier le conflit et de compliquer davantage la situation ».

Lors de leur réunion, tenue sous forme de visioconférence, le Conseil a eu un exposé de l’émissaire de l’ONU pour la Birmanie, la Suissesse Christine Schraner Burgener, qui se trouve en Europe et non dans le pays. Cette dernière « a condamné fermement les dernières décisions prises par les militaires », selon le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric.

« Elle a exhorté les membres du Conseil à envoyer collectivement un message clair de soutien à la démocratie en Birmanie », a-t-il ajouté.

Message clair espéré

L’ambassadrice britannique à l’ONU, Barbara Woodward, présidente en exercice en février du Conseil de sécurité, s’est exprimée à l’issue de la réunion « à titre national » pour « espérer » que le Conseil sera « en mesure de parler d’une seule voix » sur la situation en Birmanie. Les militaires « doivent respecter l’État de droit et relâcher tous ceux qui ont été arrêtés arbitrairement avec un effet immédiat », a-t-elle dit à quelques journalistes.

« Les discussions vont se poursuivre entre les membres du Conseil », a précisé la diplomate britannique.

Dans des communiqués, Amnistie internationale et Human Rights Watch avaient demandé mardi que le Conseil de sécurité prenne une position ferme.

« Si le Conseil de sécurité avait agi de manière résolue dès le premier jour, nous ne serions peut-être pas dans une situation où la vie et la liberté des habitants de Birmanie sont encore plus risquées aujourd’hui », a souligné Sherine Tadros d’Amnistie.

Il « doit imposer des sanctions financières ciblées » contre les chefs militaires birmans et « imposer un embargo global sur les armes en Birmanie », a-t-elle réclamé.

Pour Louis Charbonneau de HRW, ce « moment critique » exige « une action immédiate du Conseil de sécurité ». Il doit organiser une réunion publique sur la Birmanie et condamner sans équivoque les arrestations et violations des droits humains dans ce pays, a-t-il estimé.

Les militaires birmans ont justifié leur prise de pouvoir par les « énormes irrégularités » qui ont eu lieu, selon eux, lors de législatives en novembre. Le scrutin a été remporté massivement par le parti la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi, qui figure parmi les personnes détenues ou assignées à résidence.

La dernière réunion du Conseil de sécurité sur la Birmanie remonte à septembre et s’était déjà déroulée à huis clos. Sa dernière déclaration commune sur la Birmanie avait été adoptée en 2018 après une visite dans la région.