(Lahore) Le Pakistan recherche des dizaines de milliers de fidèles ayant participé à un rassemblement géant tablighi, un mouvement rigoriste musulman, avant de s’éparpiller dans et hors du pays et de propager le nouveau coronavirus, a-t-on appris samedi auprès des autorités.

Agence France-Presse

« Les autorités de tous les districts (du pays) tentent de retrouver les personnes qui ont assisté à l’évènement », a indiqué à l’AFP le bureau du chef de l’administration de Lahore, capitale de l’Est pakistanais, près de laquelle s’est tenue du 10 au 12 mars une itjema, un rassemblement tablighi auquel « environ 100 000 personnes » ont participé.

Quelque 7 à 8000 participants ont jusqu’ici été placés en quarantaine dans la province du Pendjab, dont Lahore est la capitale, parmi lesquels plus de 900 étrangers-Chinois, Nigérians, Afghans ou encore Turcs-, a-t-il indiqué.

Un membre du gouvernement de la province voisine du Sindh (Sud) a fait état de « 300 à 400 pèlerins (tablighis) s’y baladant » et de quelques centaines de confinés. Il a déploré la non-interdiction du rassemblement tablighi, quand celui-ci était appelé à devenir « une source majeure de propagation de l’infection ».

Au moins 154 tablighis ont jusqu’ici été testés positifs à la COVID-19 dans le Pendjab et le Sindh, dont au moins deux sont morts après avoir participé à l’itjema, selon les autorités.

Les deux premiers cas officiellement déclarés de coronavirus dans l’enclave palestinienne de la bande de Gaza avaient participé au rassemblement pakistanais, selon la représentation palestinienne à Islamabad.

Le ministre de la Science Fawad Chaudhry, interrogé par l’AFP, s’est emporté contre « l’entêtement du clergé », notamment tablighi. « Chaque groupe qui n’adhèrera pas aux recommandations du gouvernement et poursuivra ses activités deviendra un danger pour les autres », a-t-il tonné.

Le rassemblement de mars, auquel assistaient des pèlerins venus de 70 pays, avait été interrompu après deux jours, quand il devait en durer cinq, a répondu un cadre du mouvement tablighi, un mouvement international et rigoriste de missionnaires musulmans.

Rendre les tablighis responsables de la pandémie relève de l’« ignorance » et de l’« irresponsabilité », a de son côté dénoncé un prêcheur tablighi renommé, Naeem Butt, interrogé par l’AFP.

« Des matchs de cricket se sont tenus dans des stades après notre rassemblement. Pourquoi personne ne s’en prend à eux ? », a-t-il questionné.

En Inde, un rassemblement tablighi à New Delhi, le siège de la congrégation, auquel des milliers de fidèles avaient participé, a provoqué une traque de ses participants, après qu’au moins dix tablighis indiens sont morts de la COVID-19.

Les enquêtes sanitaires relient a posteriori de nombreux cas à travers toute l’Inde au siège du mouvement, situé dans une enclave pauvre entourée de quartiers riches de la capitale.

Un autre rassemblement en mars à Kuala Lumpur avait également abouti à des centaines de contaminations dans une demi-douzaine de pays, dont la Malaisie.

« L’ADN du mouvement tabligh, depuis toujours, c’est le rassemblement et les missions » d’évangélisation, a décrypté pour l’AFP Moussa Khedimellah, sociologue français spécialiste du des tablighis.

« Comme tout mouvement charismatique, ils sont dans une vision mystique. Ils font passer leur foi avant la science », a-t-il ajouté.

Au moins 41 personnes sont mortes du nouveau coronavirus au Pakistan, pays de 200 millions d’habitants dont le système de santé est en déshérence.