(Islamabad) Frontaliers de la Chine et de l’Iran, où les décès liés au nouveau coronavirus ont été les plus nombreux, l’Afghanistan et le Pakistan, aux systèmes de santé défaillants, tentent de se prémunir contre une épidémie de COVID-19.

David STOUT à Islamabad, Maaz KHAN à Taftan
Agence France-Presse

Mercredi, le Pakistan a annoncé avoir détecté ses deux premiers cas. Ils ont été « pris en charge selon des protocoles cliniques standard et sont stables », a indiqué un conseiller du premier ministre.  

Si ces deux pays avaient réussi à éviter toute contamination sur leur territoire depuis la Chine, où la maladie est apparue en décembre, faisant depuis lors plus de 2700 morts et quelque 78 000 infectés, ils paraissent bien plus vulnérables alors que le virus a atteint l’Iran.

Tant l’Afghanistan que le Pakistan disposent en effet chacun de plus de 900 km de frontières avec la République islamique, connues pour être extrêmement poreuses et où les trafics en tous genres sont florissants.

Les deux pays partagent en outre 2400 km de frontière commune, où Islamabad s’emploie à construire une barrière militarisée pour limiter les traversées d’extrémistes depuis l’Afghanistan.

Difficile dès lors pour Afghanistan et Pakistan de sécuriser leur territoire face à une maladie qui a fait en une semaine 15 morts et 95 infectés chez le voisin iranien, dont son vice-ministre de la Santé.

D’autant qu’un député de Qom, une ville sainte du chiisme, où les premières infections ont été rapportées en Iran, a accusé les autorités de « ne pas dire la vérité » sur l’ampleur de l’épidémie qui aurait selon lui fait « 50 morts » uniquement dans sa ville.

Des allégations reprises mardi par le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, quand les autorités iraniennes ont plaidé la « transparence ».

« Prier »

Dimanche, le Pakistan a donc fermé sa frontière avec l’Iran. L’Afghanistan a, lui aussi, interdit le même jour « tout voyage » depuis ou vers l’Iran, où vivent des millions d’Afghans en quête d’une vie meilleure.

Lundi, Kaboul annonçait un premier cas de COVID-19 parmi trois pèlerins revenant de Qom.

« Nous sommes inquiets. Nous n’avons pas de système de santé fonctionnant correctement, déplore Ihsanul Haq, un fonctionnaire afghan. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre des mesures préventives et prier pour que Dieu nous aide ».

Après quatre décennies de conflit, les trop rares centres de santé afghans sont plutôt dédiés à la médecine de guerre et sont dépourvus face à une éventuelle épidémie.

« Ce pourrait être un désastre si le virus se développait partout dans le pays », reconnaît le docteur Wali, un spécialiste des infections virales basé à Kaboul, qui comme de nombreux Afghans n’utilise qu’un seul nom.

Si de premières campagnes de prévention du virus sont diffusées à la radio et la télévision afghanes, causant la multiplication par 10 du prix des masques médicaux en magasin, 57 % population est analphabète, selon des chiffres de l’ONU de 2018.

La prise de conscience sur le COVID-19 s’avère dès lors très hypothétique, dans un pays où le salut entre deux hommes passe souvent par une accolade. « Les gens sont illettrés. Le message ne rentre pas chez eux », estime le docteur Wali.

Les craintes face au nouveau coronavirus sont tout aussi fortes au Pakistan, un des trois pays au monde –avec l’Afghanistan– où la poliomyélite est encore endémique. Malgré des années d’investissements massifs, elle y progresse à nouveau ces 18 derniers mois.

Système de santé surchargé

« Si une telle maladie contagieuse entrait dans le pays, on ne peut qu’imaginer les conséquences qu’elle aurait sur un système de santé déjà surchargé et sous-financé », pouvait-on lire récemment dans un éditorial paru dans Dawn, le principal quotidien anglophone du pays.

Certains étudiants pakistanais piégés dans la ville chinoise de Wuhan-berceau du COVID-19-ont récemment déclaré à l’AFP craindre retourner dans leur pays si Islamabad devait les y évacuer.

Dans le système de soins pakistanais, « le concept de prévention est limité », déplore Arshad Altaf, un expert en santé publique interrogé par l’AFP, qui dit « craindre » que le Pakistan « ne soit pas du tout bien préparé à une urgence sanitaire ».

Malgré ses ressources limitées, Islamabad a toutefois placé en quarantaine cette semaine 270 de ses concitoyens revenant d’un pèlerinage en Iran.

Si le lieu de quarantaine, situé au poste-frontière de Taftan, a été interdit d’accès aux médias, l’AFP a pu constater de longues files de camions interdits d’entrée au Pakistan depuis quatre jours.

Fonctionnaires et habitants de Taftan portaient des masques médicaux. Mais « il n’y a aucun partage d’information », déplore Khuda Baksh, un habitant de la zone. « Il y a de la panique dans le public. Nos affaires et nos vies sont en danger », se lamente-t-il.

D’après Ziaullah Langove, le ministre de l’Intérieur du Baloutchistan, la province sous-développée et très instable qui borde l’Iran côté pakistanais, il reste près de 10 000 Pakistanais en Iran, principalement des étudiants et des pèlerins.

Les autorités iraniennes prévoient de les renvoyer chez eux par petits groupes, a-t-il ajouté.