(Wuhan) La Mongolie ferme sa frontière et l’Allemagne déconseille les voyages dans toute la Chine : l’angoisse mondiale monte lundi autour de l’épidémie de pneumonie virale, plusieurs pays préparant l’évacuation de leurs ressortissants.

Sébastien RICCI avec Eva XIAO à Pékin
Agence France-Presse

Le nombre de victimes a bondi à 81 morts, soit 25 de plus en l’espace de 24 heures, tandis que 2744 cas ont été confirmés officiellement dans le pays, dont celui d’un bébé de neuf mois, contre près de 2000 la veille.  

À Wuhan, au cœur de l’épidémie, une ambiance de ville morte plane sur la métropole de 11 millions d’habitants coupée du monde depuis jeudi. La plupart des commerces sont fermés et la circulation interdite aux véhicules non essentiels, a constaté une équipe de l’AFP.  

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Le personnel de l’hôpital de la Croix-Rouge de Wuhan porte des combinaisons pour se protéger du coronavirus.

« Chaque jour je m’inquiète davantage », a avoué un étudiant vietnamien, Do Quang Duy, 32 ans.

Comme pour mettre du baume au cœur des habitants, un gratte-ciel proclamait lundi soir en grands caractères roses la phrase « Allez Wuhan ! ».

La crise fait craindre une fragilisation supplémentaire de l’économie chinoise, voire mondiale, entraînant lundi une baisse de plus de 2 % des places boursières au Japon et en Europe.

La Bourse de Shanghai, fermée pour cause de congés du Nouvel An chinois, a décidé d’étendre de trois jours sa fermeture, jusqu’au 2 février inclus, selon des médias.

Alors qu’une dizaine de pays sont touchés par le virus, plusieurs déconseillent à leurs ressortissants de se rendre dans le Hubei, la province dont Wuhan est la capitale, dont l’accès est de toute façon devenu très difficile.

Mais l’Allemagne a franchi un cap lundi en déconseillant carrément de rendre en Chine.

« Les voyageurs devraient réfléchir à repousser ou annuler des voyages non indispensables en Chine », a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas.

D’autres pays, comme la France et les États-Unis, préparent des actions de rapatriement de leurs ressortissants dans cette ville. Un avion américain doit partir mardi, selon Washington, Paris envisageant de faire de même « en milieu de semaine », selon le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Une mise en quarantaine de 14 jours leur serait appliquée à leur retour en France.

Internautes en colère

Voisine de la Chine, la Mongolie a également franchi un cap en fermant sa frontière au trafic routier avec ce pays, son principal partenaire commercial.  

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Oulan-Bator, qui n’a pas enregistré de cas de contamination, ferme en outre écoles et universités jusqu’au 2 mars.

La Malaisie a pour sa part décidé de suspendre toutes les autorisations de visa pour les Chinois originaires de la province du Hubei.

Blouse bleue et masque de protection, le premier ministre chinois Li Keqiang est arrivé lundi dans la zone interdite, devenant ainsi le premier haut responsable du régime communiste à se rendre sur place depuis le début de l’épidémie en décembre.

Sur des photographies diffusées par le gouvernement, le premier ministre apparaît habillé d’une blouse de plastique bleu, le visage recouvert par un masque de même couleur, examinant sur un écran un patient alité.

Des responsables de la province du Hubei font cependant l’objet de vives critiques sur les réseaux sociaux, où ils sont taxés d’incompétence ou tournés en dérision.

Ces commentaires sont un rare exemple de colère exprimée publiquement en Chine, où les récriminations à l’encontre des autorités sont généralement censurées.

Le patron de l’OMS à Pékin

Le patron de l’Organisation mondiale de la Santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, était de son côté attendu dans la journée à Pékin. L’OMS a renoncé la semaine dernière à proclamer une « urgence internationale ».

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Le directeur de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus

À Hong Kong, des chercheurs ont estimé que les gouvernements doivent prendre des mesures « draconiennes » pour restreindre les déplacements de population s’ils veulent endiguer la propagation du virus.

Selon eux, le nombre d’infections pourrait doubler tous les six jours, pour atteindre un pic en avril et mai dans les zones déjà confrontées à une épidémie. Le nombre de cas y serait selon eux déjà supérieur à 40 000.

Pékin a décidé de prolonger de trois jours, jusqu’au 2 février, les très longs congés du Nouvel An chinois (sept jours fériés), afin de retarder les retours massifs vers les villes de centaines de millions de travailleurs migrants rentrés passer les fêtes dans leur famille, et réduire ainsi les risques de propagation de l’épidémie.

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Un scanneur a été installé à l’aéroport de Hong Kong afin de surveiller la température corporelle des passagers.

Le maire de Wuhan a déclaré dimanche que 5 millions de personnes avaient quitté la ville avant le Nouvel An chinois, tombé cette année le 25 janvier.

Un chiffre de nature à accroître la peur d’une diffusion de l’épidémie, d’autant que, selon des responsables sanitaires chinois, le virus peut se transmettre avant même l’apparition de symptômes.

Plusieurs grandes villes ont déjà annoncé la suspension des lignes d’autocars longue distance qui les relient au reste du pays.  

Cocktails Molotov

Dans les hôpitaux de Wuhan, la situation s’avère parfois chaotique : les patients doivent attendre des heures avant de voir un médecin. La construction de deux sites supplémentaires pouvant accueillir chacun plus de mille lits doit être achevée sous quinze jours.

« La capacité de propagation du virus s’est renforcée », ont déclaré dimanche de hauts responsables sanitaires chinois, même s’il ne s’avère pas « aussi puissant que le SRAS », un précédent coronavirus qui avait fait des centaines de morts au début des années 2000.

À Hong Kong, des manifestants ont incendié dimanche soir à coups de cocktails Molotov un bâtiment inoccupé qui avait été choisi comme zone de quarantaine pour des personnes pouvant être porteuses du virus.