(Pékin) De nombreux pays d’Asie ont renforcé mardi leurs contrôles face à la propagation du nouveau virus semblable au SRAS, qui a déjà provoqué la mort de six personnes en Chine et fait craindre une crise sanitaire mondiale.  

Sébastien RICCI à Pékin avec Stéphane DELFOUR à Bangkok
Agence France-Presse

De Bangkok à Hong Kong, de Singapour à Sydney, les autorités procèdent à des contrôles systématiques à l’arrivée des vols en provenance des zones à risques, après que Pékin a confirmé que ce nouveau coronavirus était transmissible entre humains.

La Russie, où se rendent chaque année un million et demi de Chinois, a elle aussi annoncé un renforcement de ses contrôles. A l’aéroport de Cheremetiévo, le plus grand de Russie, la température des passagers venus de Chine est désormais contrôlée dans les avions à l’aide de caméras thermiques.

La Chine a recensé mardi 77 nouveaux cas, portant le total à près de 300, alors que la maladie a fait trois nouvelles victimes à Wuhan (centre), l’épicentre de l’épidémie qui a contaminé plusieurs autres personnes au Japon, en Corée du Sud et en Thaïlande. Un premier cas a été annoncé mardi à Taïwan.

PHOTO JASON LEE, REUTERS

Des passagers qui attendent le train de Wuhan pour Pékin portent des masques.

Et 922 patients restaient en observation dans les hôpitaux chinois, selon les chiffres communiqués par les autorités sanitaires. Wang Guangfa, un des médecins de la Commission nationale de la Santé chinoise enquêtant sur l’épidémie, a annoncé mardi sur une télévision de Hong Kong qu’il était infecté par le virus.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) se réunira mercredi pour déterminer s’il convient de déclarer une « urgence de santé publique de portée internationale ».

Les autorités thaïlandaises ont mis en place des détections thermiques obligatoires dans les aéroports de Bangkok, Chiang Mai, Phuket et Krabi, pour les passagers en provenance des zones chinoises à risques.

La surveillance sanitaire a aussi été renforcée dans des aéroports en Australie, au Bangladesh, au Népal, à Singapour, en Malaisie, au Vietnam, en Inde et aux États-Unis.

Dans un communiqué, le ministre thaïlandais de la Santé, Anutin Charnvirakul, a annoncé que ces passagers étaient contrôlés « sans exception », et placés en observation en quarantaine pendant 24 heures s’ils présentent des signes de fièvre.

«Alerte maximale»

La Thaïlande accueille à elle seule un quart des vols internationaux au départ de Wuhan, ville de 11 millions d’habitants où la maladie a été détectée pour la première fois en décembre sur un marché.

À l’occasion du Nouvel An chinois, qui commence ce week-end, autour de 1300 passagers devraient emprunter chaque jour ce trajet et le royaume tient à éviter tout risque d’épidémie alors que la saison touristique bat son plein.  

À Hong Kong, les autorités se disent elles aussi en « alerte maximale », alors que le souvenir de l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui y avait fait plusieurs centaines de morts en 2002-2003 hante toujours les esprits.

« Nous sommes prêts pour le pire. Nous n’avons pas baissé la garde », a déclaré à la presse Matthew Cheung, numéro deux de l’exécutif hongkongais.

L’aéroport de la ville, l’un des plus fréquentés du monde, procède déjà en temps normal au contrôle thermique de tous les passagers. Ceux qui arrivent de Wuhan doivent également remplir un formulaire. Ils s’exposent à des sanctions pouvant aller jusqu’à 6 mois de prison en cas de mensonge.

Les vastes frontières terrestres de la Chine font également l’objet d’un examen minutieux.  

Au Vietnam, le ministère de la Santé a proclamé un « risque d’infection élevé » et ordonné des contrôles renforcés à sa frontière nord, intense lieu de passage entre les deux pays.

La souche incriminée est un nouveau type de coronavirus, une famille comptant un grand nombre de virus.  Ils peuvent provoquer des maladies bénignes chez l’homme (comme un rhume) mais aussi d’autres plus graves comme le SRAS.

Contagion entre humains

Zhong Nanshan, un scientifique chinois de la Commission nationale de la santé, a déclaré lundi soir que la transmission par contagion entre personnes était « avérée ». C’était la première fois qu’une telle affirmation était faite publiquement.

L’OMS estime pour sa part que l’animal semble être « la source primaire la plus vraisemblable », avec « une transmission limitée d’humain à humain par contact étroit ».

Sur 8096 cas, le virus du SRAS avait fait 774 morts dans le monde, dont 349 en Chine continentale et 299 à Hong Kong, selon l’OMS. L’organisation internationale avait à l’époque vivement critiqué Pékin pour avoir tardé à donner l’alerte et tenté de dissimuler l’ampleur de l’épidémie.

PHOTO NICOLAS ASFOURI, AFP

Le virus semble être un nouveau type de coronavirus, famille comptant un grand nombre de virus.

Ce que l’on sait

Helen ROXBURGH
Agence France-Presse

Un nouveau virus semblable au SRAS a provoqué la mort de six personnes en Chine, avec près de 300 cas d’infection, alimentant la peur d’une propagation à la faveur de la grande migration du Nouvel An chinois.

Des cas sont également apparus au Japon, en Corée du Sud, en Thaïlande et à Taïwan. Plusieurs pays d’Asie et les États-Unis ont mis en place des contrôles dans les aéroports pour les passagers venus de la ville chinoise de Wuhan qui compte 11 millions d’habitants, épicentre de l’épidémie. Voici ce que l’on sait à propos de ce virus :

Il est nouveau

Le virus semble être un nouveau type de coronavirus, famille comptant un grand nombre de virus. Ils peuvent provoquer des maladies bénignes chez l’homme, comme un rhume, mais aussi d’autres plus graves comme le SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère).

Ce virus est proche de celui qui avait provoqué l’épidémie de SRAS en 2002-2003. Elle avait fait 774 morts dans le monde (dont 349 en Chine continentale et 299 à Hong Kong) sur 8096 cas, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Du point de vue génétique, il y a « 80 % de similarités » entre les deux virus, a expliqué à l’AFP le professeur Arnaud Fontanet, responsable de l’unité d’épidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur à Paris. Tous deux entraînent des pneumopathies (maladies respiratoires).

La Chine a déjà partagé avec la communauté scientifique internationale le séquençage génomique du nouveau coronavirus pour le moment intitulé « 2019-nCoV ».

Il se transmet entre humains

L’OMS a estimé lundi qu’un animal semble être « la source primaire la plus vraisemblable » de l’épidémie, avec « une transmission limitée d’humain à humain par contact étroit ».

Le virus a été repéré en décembre à Wuhan (centre de la Chine) chez des patients travaillant dans un marché de gros de fruits de mer et de poissons, fermé le 1er janvier.

La Chine a confirmé lundi que le virus se transmettait entre humains, par la voix de Zhong Nanshan, un scientifique chinois renommé membre de la Commission nationale de la santé.

Pour la docteure Nathalie MacDermott du King’s College de Londres, il est vraisemblable que le virus se répande via des gouttelettes dans l’air lors d’éternuements ou de quintes de toux.

Des médecins de l’Université de Hong Kong ont publié mardi une étude sur la propagation du virus, estimant à 1343 le nombre probable de cas à Wuhan, un chiffre comparable aux 1700 cas estimés la semaine dernière par l’Imperial College de Londres. Ces deux estimations dépassent les données officielles qui font état de près de 300 cas, avec 922 patients en observation dans les hôpitaux chinois.

Il semble moins dangereux que le SRAS

Comparés à ceux du SRAS, les symptômes semblent moins agressifs. « La gravité semble plus faible que le SRAS », juge le Pr Fontanet.

Selon les autorités de Wuhan au moins 25 patients parmi les 200 personnes infectées dans la ville sont déjà sortis de l’hôpital.

« Il est difficile de comparer cette maladie avec le SRAS », estime le scientifique Zhong Nanshan qui avait aidé à évaluer l’ampleur de l’épidémie de SRAS en 2003. « C’est léger », et les poumons « ne sont pas comme avec le SRAS ».

Mais cela est « paradoxalement plus inquiétant », déclare à l’AFP le Pr Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé global à l’Université de Genève, car les gens pourront ainsi voyager avant que leurs symptômes soient détectés.

Des centaines de millions de personnes vont voyager en Chine pour aller voir leur famille à l’occasion du Nouvel An qui débute samedi.

« Wuhan est un centre majeur et le niveau de vigilance doit rester élevé alors que les voyages font partie intégrante du Nouvel An chinois qui approche », estime le Dr Jeremy Farrar, directeur de la fondation britannique Wellcome Trust.

Une urgence de santé mondiale ?

L’OMS tiendra une réunion d’urgence mercredi pour déterminer s’il convient de déclarer une « urgence de santé publique de portée internationale », qualification introduite après le SRAS et qui n’est utilisée que pour les épidémies les plus graves.

L’OMS n’a jusqu’ici utilisé cette qualification que pour de rares cas d’épidémies nécessitant une réaction internationale vigoureuse, dont la grippe porcine H1N1 en 2009, le virus Zika en 2016 et la fièvre Ebola, qui a ravagé une partie de l’Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016 et la RDC depuis 2018.

Pour sa part, Pékin a annoncé mardi qu’il classait l’épidémie dans la même catégorie que le SRAS. L’isolement devient ainsi obligatoire pour les personnes chez qui la maladie a été diagnostiquée. Des mesures de quarantaine peuvent être décrétées.